‹ Histoire de la Confédération suisse (volume 2)Chapitre 136 sur 173 · LIVRE m. CHAP. II · texte numérisé non relu

LIVRE m. CHAP. II

geols de Baie, et, comme Thibaut ne s'attendait pas à une ardeur si guerrière , en trois jours furent conquis tous les châteaux et les domaines hypothéqués par l'avant-demier évêque à ce seigneur, son neveu ^^^. Ainsi que la plupart des guerres particulières, celle qui suivit ces hostilités fut signalée dans les commencemens par Tabsence de toute discipline et par des ravages : quelques soldats i>alois , postés à Florimont près d'un retranchement de la frontière, se prirent de dispute et retournèrent chacun dans sa cabane* Le sire Thibaut de Neuchâtel se jeta sur Hésingen, propriété du bourgmestre, et y mit le feu. La garnisonde Florimont commit envers les femmes des outrages que les maris vengèrent en introduisant l'ennemi dans la ville. Baie décréta que toute personne qui possédait 2000 florins entretiendrait un cheval, et celles qui en possédaient 3000 un cheval et un homme ^^^« Le baron Rodolphe de Hallwyl, deux sires de Ramstein, Arnold de Bérenfels, Jean de Wessenberg le Sauvage, le Bâtard et huit autres gentilshommes recevaient une solde d*un florin du Rhin par jour***; moyennant cette somme chacun entretenait trois cavaliers. Ainsi préparés, ils se mirent en marche : Burkhard Ze Rhyne, chevalier, bourgmestre, capitaine de la bannière**^, l'infanterie et la cavalerie traversèrent, la première

*•* PVar$ti$eu ad 1428.

*** ïd, ad 1425, donne la liste des 40 membres et des 7 veuves de la chambre de la noblesse qui entretenaient un cheval et un homme.

^'* La liite de 1427 est dans Brukner, à peu près à la p. 1842 (je n'ai plus son livre sous les yeux ).

^'^ Les autres capitaines étaient t Conrad d*£ptingen, Hugues Zur Sonne, Ulmann Im Hof et Eberhard de Hiltalingen , surnommé Zirgler. fVurêtiêen, iAi7.

quëe à la Savoie. Les deux villes qui la rachetèrent convinrent de laisser subsister Tancienne oi^anisation civile *''• et d'pxercer en commun les droits de souveraineté *''''^.

La ville de Soleure, que la fortune de Berne instruisit trop tard', mettant à profit les circonstances malheureuses de Tévêché de Baie et une pénurie d'argent du chevalier Jean de Falkenstein , acheta de l'un la ville d'Olten^ à fa tète d'un pont important sur FAar *''•, du reste hypothéquée à Bâle, et de l'autre le bourg de Balstal^*^^^ qui consolida sa domination dans les défilés du Jura ^^^* Elle parut vouloir rivaliser aussi avec Berne par la construction de l'église des Cordeliers*'^ La magnificence d'un pareil temple, les sons imposans d'une grosse cloché ^•^y étaient un sujet d'orgueil pour leè villes.

Berne entre Kabbaye de Aftgisberg et les babitans deGnggisbei^ an sujet de la monnaie dans lacpelle ila doitent payer leur cens au prévôt ; il fat décidé que ce aérait la même avec laquelle ils payaient Graabourg; iW^ Rien n'atteste que l'alliance concloe en 1850 entre Guggbberg et Berne aubsistftt encore.

^'* « Appeler et jager solvant les contnnies transmises de toat temps. > Mous avons fait remarquer, L II » di« 5» à ToccasioB des franchUtê accordées i Berne par Charln IF en 1565, qu'elles sont la cause pour laquelle la justice criminelle de Grasbourg appartient exckisivement aux Bernois.

^'^ Conférence» de» deux ville» «« »iÊjet de €h*a»boërgt (9 septem. iWi St Barthél. 1424, concernant le cb&leau, ses dépendances, la seigneuries et les justices, etc.

^^" Achat pour 6,600 Oorins du Rhin, en 1426. Haffher,ll, 891.

*'* Ses propriétés en ce lieu et dans la contrée ; pour 200 flor. dfl Rhin, en 1420. Ibid. 559.

«•• Ib achetèrent aussi à Tdtingen, d'un Lombard, la moitié delà haute justice pour 82 flor. 1;2, en 1485. îbid. 588.

«•« îbid. 147 ad 1 426 et seq. ad 1456.

*** A Bienlie la grosse cloche de 1428 avec llnscription : • Menteoi

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Depuis prés de soixante-dix ans rien ne pouvait arrêter la décadence de Tévéché de Bâlé. L'évêque Humbert, de la maison dé Neuchâtel en Haute-Bourgogne, en acheva la ruine dans l*intérêt de ses amis *^^ et de ses parens. Hartmann Monch de M ônchenstein , malgré son économe vieillesse, rie put en relever les afFaires *•* , mais l'évêque Jean de Fleckenstein-Dachstuhl rendit à ce siège sa splendeur ***. Issu d*une ancienne et haute noblesse d^ Alsace, digne évéque et prince actif tout à la fois , il reçut la mitre dans des circonstances difficiles. Saint-Ursanne, petite ville formée durant le cours des siècles autour d'un ermitage dans Tétroite vallée que le Doubs arrose derrière Porrentruy; les Franches- Montagnes, le désert voisin de Montfaucon et de Muriaux***, dont le défrichement fut un titre d'honneur pour Imer de Ramstèin , ces contrées et beaucoup de châteaux formaient, comme hypothèques, les possessions du sire Thibaut'

> sancUim spontuneam ; honorem Deo ; patria Ulfei'ationem I O Rex glo« * rix Ghriste, veni nobis cnm pace. •

^" Il sera bientôt question de ses cousins. Henri Nër, qu'il aimait, reçut de lui beaucoup de domaines en faveur de Bellelay, dont il étail abbé. Leu, art Bellelay, p. 57. Afin de garantir toutes ces possessions, Sigismond plaça Bellelay sous ta protection de Soleure et de Bienne. Leurs relations de combourgeoisie ont subsisté aussi long-temps que Tancienne Confédération ; 18 florins de contribution annuelle, 2 quin* taux de fer pour contribution de guerre, un vase d'argent pesant 26 onces à l'élection, de chaque nouvel abbé , telles étaient les chaires, ou plutôt les marques d'une bienfaisante amitié. Comtitution ffrinUtive d$ Bienne ( Biel in teiner Uraniage ).

"^'^ Il fut évéque de 1418 à 1422; voy. Ff^ur$liien, Chron* de Bàle, p. 257, édiî. de 1765.

*'^ Voy. sur sa faitaille Schâpflin, AU. lUustr, U, 625 et suiv.

*'* Ils obéissaient au bailli de St. Ursanne; les conseillers et les juges étaient pris parmi eux.

roi Sigismond ^'^ n^en parvinrent que pbis facilement a terminer cette querelle armée par des voies juridiques. La guerre fondit sur Bâle d'un autre côté. Le prince de Châlons^^y afin de secourir le margrave , attaqua ^ dans la partie supérieure du Sundgau , le douaire de la duchesse Catherine ^ veuve de Léopold III ^ duc d'Autriche ^^; les Bâlois^ qui avaient tout récemment contribué à faire confirmer ce douaire ^*®^ jugèrent inconvenant et dangereux de souffrir une pareille attaque. Sur-le-champ Tancien bourgmestre, Jean Reich de Reichenstein , chevalier, se mit en marche avec Fartillerie et la bannière de Baie ; les troupes qui revenaient de Mûhlbourg montèrent avec lui jusqu'à Béfort ^^^ , et les villes suisses^ sollicitées par Hemmann d'Offenbourg, tinrent leurs contingens tout prêts ^^^..Tant de résolution engagea le prince à ne plus se mêler de cette afiaire ^^^.

L'humeur pacifique des Balois et leur promptitude à courir aux armes, qui empêchait de suspecter leur courage, prévinrent plus d^une guerre sanglante,

**^ Tbîerry, prîoce-électear de Cologne , Jean, évéque de Wûrtbouiig, et le comte Albert de Hohenlobe.

*** Non pas celui d'Orange, mais le dernier de la branche de Rocbefort et Gb&teaQbelîn. Le duc de Bourgogne lui aTait détruit Tonnerre, et le partemetit de Dôle lui avait enlevé Auxcrre en punition d*un rapU Dunod, t m.

*•• Voy. dans Sehâpfiin, 1. c. 507, la preuve diptonialique de farrangement qu'elle fit en 1420 avec Smasmann de Rappoltsteîn , sans contracter le mariage auquel elle sTétaît engagée.

^*^ Ck de la médiation du margrave Rodolphe de Flocbberg. da bourgmestre et du conseil de Bftle entre Catherine et k duc Frédéric, i42S.

•" Frttr8Usen,H2h.

**' Proioc, munie, de Zurich, L c.

^* Il mourut Cette même annéc^ dernier rejeton de <a famille*

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comme il arriva lorsque Rodolphe de Neuenslein doûna ordre à ftorenberger, un de ses gens , et à huit autres d'attaquer, les Ramstein^ qui avaient été spec-» tateurs de la destruction de son manoir par les Bàlois^ Ces hoQunes construisirent des huttes dans des lieux solitaires sur les montagnes et s'y tinrent en embuscade jusqu'à ce qu'ils trouvèrent l'occasion d'assaillir les deux frères Cunzmann et Hemmann de Ramstein ^ bourgeois de Bàle^ qui passaient près d'eux à cheval* L'auteur de cet attentat fut saisi, mais il parut dan-^ gereux de le juger, parce qu'il s'était fait recevcar secrètement bourgeois de Soleure. Des amis communs s'interposèrent; dans une conférence qui eut lieu à Zofingue , les députés de Soleure se rendirent à l'hôtel de ceux de Baie, sollicitèrent en présence des média-^ teurs et obtinrent la liberté du prisonnier. Les Bàlois offrirent alors aux Soleurois une coupe remplie de vin et pu l'on avait mis tremper de» tranches de pain rôti saup(>udrées de sucre et de canelle ^^^. Le sire de Neuen-^ stein devint ensuite ami de la ville , lorsque la femme du duc Frédéric, dont il était Téchanson , eut intercédé pour lui. A cette époque la soldatesque indisciplinée montrait tant d'insolence, que Thomas Oberrott, homme-d'armes de Rodolphe de Wessenbwg, osa guei^ royer contre la ville de Bâle ; il était détenu dans un village bàlois pour cause de vol et pour avoir tué le chassair du sire Rodolphe^ de Ramstein. Il parvint à s'échapper après avoir mis le feu au village et posé sur un genévrier une lettre éjHgrammatique ^^^* Ce qui

**^ Cit. dans Brukner, p. i859, samedi avanl Jii,dica 1A21. ^'' « Entoarez vos villages de meilleares baies, afin que le gibier ne s*échappe pas comme aujourd'hui. »

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de la contrée environnante et de Baie vinrent les nobles dames , les chevaliers «t les bourgeois ; les Vieillards aussi , pour se comparer en silence avec les champions , et les jeunes gens , pour contempler un spiectacle dont le souvenir serait ineffaçable. Don Juan et le sîre Henri de Ramstein entrèrent respectueusement dans la lice. Le grand combat à la lance , à la hache d*armes et à Tépée ftit livré avec tant d'audace et d'habileté , avec un tel déploiement de vigueur juvénile et d'art, qu'on eût dit que ce jour allait fixer à jamais la prééminence et la gloire de la chevalerie espagnole ou allemande. L'issue fut semblable à celle de la lutte guerrière de Montécuculli contre Turenne ou de Lascy et de Laudon contre les héros prussiens : aucun des deux ne remporta un grand avantage sui^ l'autre, mais tous deux inspirèrent une admiration universelle. Afin dé rendlre cher à l'ëtrai^ér Son Jaan le souvenir de ce jour , le comte Jean de Thierstein descendit dans la lice et l'arma chevalier ^^^»

Tels étaient les divertissemens publics de la noblesse ; rares , ils produisaient une impression d'autant plus durable. Les gentilshommes passaient ordinairement la première heure de la matinée à la messe , la journée dans les soins de l'économie rurule et dans l'exercice des artnès, le soir dans la chambre où la noblesse buvait ensemble , ou dans une salle de bal. Les chevaliers ridies' s'habillaient de pourpre; leurs fettames et leurs filles partaient avec Une grande éSh gnité des robes ornées d'argent , d'or et de pierreries*

5** fVurttlsen^ a. 142 S. J'ignore sî et comment Don Juan était parent d'Albert de Merlo, seigneur de Teitingen ; celte circonstance expliquerait le choix qu'il fit de Bàle.pour théâtre de son exploit chevaleresque. Il est fati mentioD d'Albert dans Haffner, L II, p. S83, a. 1439.

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Ils ne fréquentaient absolument que des familles opu-^ lentes ou qui tenaient à la. magistrature. Il faut qu'il' y ait une certaine mesure aussi dans le méiange des classes , de peur que la multitude , incapable de mœurs él^antes, ne les altère par des habitudes vulgaires. La société des grands ne devrait être ouverte iqu'au mérite ou du moins à la bonne éducation. Du reste^ le genre de vie n'était ni austère ni relâché. Le droit naturel était la loi du Juge; le bon sens^ la loi de tous. On restait à table long -temps et on n'y était jamais disif ; là le cœur s'épanche ^ le vin apprend bien des chose*. L'on obéissait aussi à l'amour sans trop de scrupule; il donnait des grâces au commerce de la vie; et comme d'ailleiirs on était occupé, l'abus n'allait pas jusqu'à l'épuisement ^'.

Bàle était depuis long-temps réconcilié avec l'évéché lorsque les bourgeois renoncèrent à leur droit d'élire l'ammestre^^ ; la ville avait été mieux rebâtie à la suite du grand incendie ^^^ de toutes les maisons en bois* construites à la hâte ^^ après le tremblement de terre dont nous avons parlé; il y régnait le degré de propreté

^** Ce tableau est emprunté de la -lettre d'Énéas S^lvias, citée n. 86. n faut leVomparer avec ce que J. G, FistUn, dans sa Géographie, t. II, p. S6, rapporte des peintures et des observations que Benvenuto d'Imoia i^onta an Dante en 1374.

B*^ A rinstjgatipn de l'Ën^ereur, en iiii7. Wn^rttUetu, I. a.

^*^ Je lis dans le Protoe. municip. de Zurich, 1417, Ste. Margner. : « Au temps où nos bons amis de Bàle ont été aflQîgés par un grand » incendie, Frank, le coutelier, a déclaré devant le bourgmestre et le

• conseil , que le Pelit-Bâle avait brûlé ; que les riches avaient refusé » lenr secours. — Ceci est un mensonge ;. le feu a pris dans le Grandm B&le. C'est pourquoi Frank sera mis au carcan , et sa voix ne a^ni

• désormais ni utile ni nuisible à personne. • "

iM fruntitenêéihil.

succession ^^'^ ; celui qui se mariait dans les degrés défendus ^^ ou épousait une autre que sa fiancée payait seulement une amende de dix livres ^^'. Les lois étaient imparfaites , beaucoup n'étaient pas même écrites^ mais des symboles ou des circonstances frappantes les gravaient dans les âmes. Un centenaire qui ^ dans sa jeunesse^ avait été valet du château^ aida aux sires d'Eptingen à maintenir leur haute-justice à Prattelen par le souvenir que voici ^^® : « Un jour le comte Otton ^^ » de Thierstein vint avec un très-grand nombre de n seigneurs et de gens, et s'assit sous le grand tilleul » devant le village dans un vaste et magnifique fau- » teuil orné de boutons d'or, pour attendre au milieu » du cercle des siens , assis sur des cbaises , le sire de » Ramstein qui devait le provoquer à un combat sin- » gulier. Mais le sire Gotzmann d'Eptingen, tenant » son jeune fils par la main, vint le prier de ne 1» pas le troubler dans son village de Prattelen, et » de ne pas s'asseoir en ce lieu. Le comte répondit : (c Gotzmano^ ceci ne te causera aucun pr^udice. >i » Gotzmann répliqua : « Seigneur , il vient ici beau- » coup d'étrangers ; ils pourraient croire que vous avez » le droit de juger. » Le comte se levant reprit : « J'en » serais fâché; vends -moi de la paille, afin que nous }} allions siéger hors de ta juridiction. » «

Attendait-il ce Henri de Ramstein qui , avant l'époque où il mérita prés du saint ^pulcre la dignité de chevalier, l'an 4428, le dimanche avant Saiute-

^'7 Plus tard on ne paya plus qu'une amende de 100 lÎTres,

^** Sang, alliance ou compôrage.

^^* Sans préjudice de nos droits.

*'^ Enquête sur Um cep$ et le gibet à Prattelen, 1458. Brukner, p. 200«

^•* Ou son père Simon.

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