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et sous laquelle nul ne rougissait de plier. Dès-lors son pouvoir fut affaibli par le partage de sa succession; çà et là, les communes s'allièrent peu à peu entr'elles ^'^. Dans cet état des chases, les grands se laissèrent éblouir par leur orgueil héréditaire ; la dureté les rendit odîeusr, Tinsolençe, méprisables.
Près du Rhin postérieur, entre Tusis et Splûgen, est la belle vallée de Schams^ fortifiée par la nature. Là, sur un rocher, se voyait Bœrenbourg, vaste château-fort; à Donat, chef-lieu de la vallée, s'élevait le manoir de Fardûn ; l'un et l'autre appartenaient au comte Henri de Werdenberg-Sargans , dont le père avait commandé en chef les Autrichiens à la bataille de Nœfels. De vieilles traditions recueillies peu de temps après par les chroniqueurs ^* rapportent que les châtelains du comte Henri outragèrent l'humanité, « qu'à Baerenbourg, afin de dompter par des humi- » Hâtions l'esprit de liberté qui se manifestait, ils » forcèrent les paysans à manger avec le bétail dans » l'auge des pourceaux ; que le châtelain de Fardun n envoya ses bestiaux brouter les moissons naissantes » des gens de la campagne , et que Jean Ghialdera^r ^^^ » ayant tué deux de ses chevaux pour se venger, il » le retint long-temps en prison; que le bailK de
s«7 Sortoat après les exemples rapportés ci-dessas, t. Il, ch. VU, p. 62 et 68.
&<* Nons racontons ces faits d'après Campel, anteur du xvi* siècle, qui écrivit avec le pins grand soin l'histoire de la Rhétie dans le style de Tite-Uve.
^** GuUr, p. 8a, compte des Caldera parmi la noblesse. Il est possible que celui-ci appartint à la même famille, puisque d'aMres gentilsbommes ne furent pas davantage épargnés par les oppresseurs. Hotiin» ger, HUt eccL de CHelviiie, t II, p. 327.
» Guardovall ^ près de la fontaine de Merla dans la j> Haute-Engadlne 5 fit sommer Adam de Gamogasch » de lui envoyer sa fille pour maîtresse ; que les gou- ^) verneurs joignaient à la luxure l'audace de la sa- » tisfaire sous les yeux des époux et des pères ^ en sorte » qu'aucun habitant n'avait de sécurité pour son hon- » lieur^ sa personne et ses biens. »
Ces désordres de Tadministration furent inutilement dénoncés aux seigneurs. Dans dos républiques corrompues et même sous des princes amis du bien^ mais qui n'écoutent pas eux-mêmes les plaintes de leurs sujets ^ ou les confopdent avec les suggestions de Tenvie ou avec la mutinerie^ les administrateurs pervers sont le plus grand fléau du peufJe. Ici , les outrages étaient d'autant plus sensibles que jusqu'à ce jour la chasteté des mœurs a été chez les Rbétieos en singulier honneur*
La justice ne pouvant se faire écouter du juge, le bras de l'opprimé sut lui frayer un chemin. Ce Gamogasch, dont la fille s'était parée par son ordre ^ sortit pour exciter quelques braves à punir le tyran* Ceuxci se divisèrent et se mirent, en embuscade* Lorsque le bailli aperçut dans l'éloignement le père et la fille, il descendit en hâte de sa forteresse au-devant de la jeune beauté, et paya de sa vie un embrassement ; les amis de Camogasch envahirent le château et tuèrent les gardes. Le châtelain de Fardûn, ayant obligé Chialderaer, après ce qui s'était passé précédemment entre eux , de le recevoir à sa table , n'eut pas honte de cracher dans la bouillie préparée pour sa famille; Ghiald4fcer l'humilia de son vigoureux poignet enk forçant à manger lui-même la bouillie , et souleva les
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habitan$ de la vallée ^ qui s'emparèrent des forter
resses *'^,
Ces grands 5 qui permettaient tout à leurs servi-pteurs^ troublaient aussi la paix du pays par des guerres opiniâtres. Sans décrire la querelle de vingt ans au sujet de l'héritage des seigneurs dé Haldenstein et de Lichtenstein ^'^^^ sans raconter comment enfin Pierre de GryfFensée ^'^^ conquit k sa u^aison ^'^^ leur châ-
«70 Fardûn et Baerenboiirg farent démolis. Une tradilîon ineerttîn^ porte que l#dernîer seigpear de Hohenréall, homme dur, étant i^siégé par 9es sujets, se précipita sur son cheval dans le Rhin , dn haut du ro-> cher perpendiculaire situé vis-à-vis de Tusis.
^^^ Cette ancienne maison porte les deux noms dans Y Accommodement àt 18/^2 entre Ulrich, tanden et son neveu Haldenstein de Haldenstein^ fils de Berni^rd, et dans XsijCharte de réconeUiaiion de Bernard, d^ Ulrich le jeune et de Rodolphe avec la ville de Constance, 1354, dans Guler, 209 b» C'étaient aussi des noms de baptême. La branche masculine sKteignil avec le sire Lichtenstein de Haldenstein , frère des trois derniers; on dit qu'on le tua en lai jetant an schabugner (fromage fait avec des herbes des Alpes). Leur héritière Anne , fille d'Ulrich le jeune que nous venons de mentionner et qui périt à Naefels, mourut sans enfans avant 1404. Son époux, Christophe de Harlenek, qui lui survécut, s'imagina rester possesseur de Haldenstein , parce que les biens avaient été réunis. Mais le tribunal impérial du bailliage de Souabe le débouta de celte prétention, en décidant qu'on lui restituerait ses 600 livres; 1404* Walther de Hallwyl s'éleva contre les héritiers féminins, en vertu de la dot et du présent de noce de sa mère, dont le second mariage le rendit frèi;^ d'Anne. Voy. n. 573.
^'^ Le nom de Greifensée lui venait d'une tour située àFlums et que la commune convertit ensuite en hôtel-de- ville (Leu, art Greifensée) ; U était bailli à Sargans, ch, n. 574*
^^* Ursule, sa femme, était fille de Godefroi d'Ems et de Marguerite de Haldenstein. Si la seigneurie demeura dans la tige féminine, ce fut le résultat de la sentence arbitrale prononcée en 1419 par Rod. de Hallwyl, chevalier, Rod. de Baldegk, Jean de Siegbert et Louis Effînger, qui obligèrent Walther de Hallwyl (n. 671) à se contei^l^r de 400 florins. Déjà en 1415, Pierre acheta le droit de Gutta^ son unique belle-soaur, éponaç de Frédéric de Maltran, dit le Chasseur. Une part de l'héritage échut
teau, leurs alpes et leurs riches vassaux ^'^^^ nous parlerons de la lutte presque continuelle entre l'évêque et la ville de Coire et les seigneurs de Werdenberg , de Tokenbôurg et de Razùns.
Jean Habundi Naso^ de la noble famille des Mùnsinger de Frundek^ évêque de Coire ^'^^, appelé aux plus grandes affaires par son éloquence et son habileté politique ^'^^, gouvernait la Rhétie avec peu de gloire et de bonheur. Peut-être déploya-t-il un zèle plus impétueux que les circonstances ne le comportaient pour le rétablissement des droits minés de Tévéché. Il lut à cet effet les chartes; mais il ignorait les modifications successives amenées par le temps ^ ou il jugea inutile de s'y arrêter. Souvent un esprit qualifié pour les grandes choses est inhabile dans l'exercice d'un ^pouvoir faible et borné; tel homme^ admirable dans une crise qui exige des efforts^ est au-dessous de lui-même dans les événemens journaliers. Ce prélat, imprévoyant ou injuste, ou l'un et l'autre, se prit en inéme temps de querelle avec Ulrich, bailli de Metsch, échanson héréditaire de l'évêché, beau-frère des seigneurs de Tokenbôurg et de Razûns ^''', et avec Ro-
ânssi à Barkhard , fils de Rodolphe de Schauwenstein et d'une héritière de Haldenstein, et à sa fille Anne, femme d'ilal Planta. Ces droits furent achetés par Pierre de Creîfensée, en 1424. Dès ce moment il fut seul seigneur de Haldenstein. Voy. Guler, 209 a, qui a tiré tout sou récit des documens.
^^^ Jcte (tachai de 1424 > par lequel il donne en fief aux habitans de Pattanja sa terre de Séwils, Pattanja est un hameau dans la montagi)^ au-dessus de Haldenstein,
*'5 Élu en 1417,
»^« Déjà dans le temps du concile de Constance; d'ajnrès Hardi cité parHoiiinger, Hi$t* eccL de i'Helvéiie, II, 29S«
*" Bueetini PJiiriia,\d 1421j d'aprt-s la cA, de réeonciUatton,
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dolphe^ Hugues et Henri, comtes de Werdenberg- Sargans, de la bannière blanche ^'^^, petits-fils de rhéritière de Vaz ^"^^j l'un d'eux, Rodolphe, était prévôt du chapitre de Coire.
Depuis les anciens temps de la violence, de l'état sauvage et de la barbarie, beaucoup de droits seigneuriaux étaient demeurés indéterminés ^^^ ; un grand nombre d'autres , pendant les malheurs de la longue administration de l'évéque Hartmann de Werdenberg , avaient été hypothéqués ou envahis par ses cousins. On contesta à ces derniers la légitime possession du comté du Val de fichams, que le palais de Coire leur avait adjugé ^^^ On ne savait pas non plus si les dettes de l'évéque Hartmann, leur cousin, devaient être payées des biens de l'église, pour le service de laquelle il les avait contractées, ou des biens patrimoniaux de sa
^'* Sentence de l'assise de Lindau, jeudi avant Saint -Laurent , 1421, dans Tscfandi , n. 586 et 596.
'^' £t fils du comte Jean qui commandait à Naefelf; voy. sur leur puis* sance , ci-dessus p. 64 et suiv.
^^^ Ck, n. 578. Troisième plainte : Depuis une époque antérieure aux droits de propriété , aux fiefs et aux combonrgeoisies, les barons de Vaz possèdent dans le Domleschg le bâton et le gibet, des gens libres et des serfs. L'évéque se plaint de ce qu'ils ont forcé ses gens des arrondisse* mens de l'évéché et des hautes juridictions de Tumib , à les servir et à leur prêter serment. Sentence : Les comtes continueront de posséder ce qu'ils peuvent attester par serment leur avoir appartenu. Aucune des parties ne pouvait produire de titres.
^** Ibid. Première plainte : Sous l'épiscopat de leur cousin, le palais de Coire leur parut un tribunal compétent pour leur adjuger la seigneurie de Scharos. Lorsque le nouvel évéqne les accusa d'avoir diminué et altéré ce fief par des aliénations faites de leur propre autorité, ils déclinèrent la compétence du palais, préteqdant qu'il était juge dans sa propre cause. L'évéque déclara le palais impartial vu qu'il y siégeait un grand nombre de vassaux impartiaux. Sentence : Scbams sera préalablement rendu aux comtes, parce qu'il leur a été enlevé sans formes juridiques.
maison 9 qu'il avait hypothéqués aux créanciers ^*^. Beaucoup d'autres questions s'élevaient sur des taxes perçues pour le passage du bétail dans les montagnes ^^ et sur des droits incertains concernant des serfs ^**.
L'évèque crut sage de se faire du peuple un appui contre la puissance prépondérante des grands : il sut gagner les esprits des habitans de Scbams , exaspérés par la dureté de leurs seigneurs ^*^. Il ne fit rien d'important que de concert avec le chapitre, la ville de Coire et les vassaux de l'évéché ^^^; ils conclurent ensemble, avec Zuridi, pour cinquante et un ans^ une alliance défensive de combourgeoisie ^*''.
Mais ses nouveaux amis , les Zuricois, résolus de le
^** Ibid. Cinquième plainte. Sentence : Les deux parties paieront. Nicolas de Bingeu, de Brisach, avait avancé l'argent.
**^ Jbid, Sixième plainte : L*évêque possédait dans les Alpes de Feldis cinq pâturages distincts ; sur Talpe de Madrisch , voisine de celles-là, s'exerçaient autrefois des inimitiés entre les comtes et je ne sais qneb Lombards ; ceux-ci obtinrent enfin qu'on leur pay&t un droit de conduite; à cette heure ils l'exigeaient aussi des bergers de la Maisondien. Sentence : Que le serment décide de ses anciens droits.
^^* Ibid, Seconde plainte : L'évèque dit : Les étrangers Cadventitii) qui w sont établis dans ses juridictions dépendent de l'évêcbé. Sentence : Cuit s'ils ne dépendaient pas déjà des terres patrimoniales des comtes. L'évèque dit que son prédécesseur avait assigné une fondation sur les babi* tans de Lucienstaig (avait statué que Ton paierait de leurs impôts des messes, des aumônes et un dîner poiir le repos de son àme). Sentence s Ces gens continuentd'appartenir à l'évéché.
^'^ Ibid, Dam la sixième plainte, les comtes déclarent que les habilans de Schams ne peuvent pas témoigner contre eux, attendu qu'ils se sont soustraits à leur dépendance.
^^' Il demanda que le compromis, B. 578, fût confirmé par le chapitre, le conseil et les bourgeois de Coire, par <vaudens Planta, ammann de VEngadine au-dessus de Pontalt (la Uante-Engadine), les po* destats de Brégell, les députés de la commune d*Oberhalb$tein et le bailli de Fûrttenau. Voy. n. 596.
^^^ Lettre de combourgeeiiie, Marguer. 1419.