‹ Histoire de la Confédération suisse (volume 2)Chapitre 146 sur 173 · LIVRE m. CHAI», lî · texte numérisé non relu

LIVRE m. CHAI», lî

seigneurs à réquîté. Dans les derniers mois de Thiver, avant le temps où les bergers se rendent sur les mon-' tagnes y ils députèrent vers leurs seigneurs les hommes les plus considérés et les plus âgés^ pour leur décla-' rer la décision qu'ils avaient prise , et leur proposer d'établir de concert une constitution juste et libre.

L'abbé de Disentis.;^ issu de Tune des plus anciennes familleè du pays^< les écouta en homme dont l'amour de ia liberté était d'autant plus chaleureux que sa propre maison avait gémi sous l'oppression des grande

Trois jeunes frères, Jean, Henri et Ulrich Broun, baron de Razâns, apprenant cette résolution de leurs vassaux, de leurs gentilshommes, et des communes de Saffîen , de Tenna et d'Uebersax , informés d'ailleurs que l'abbé l'approuvait, hésitèrent d'autant moins à s'y ranger, que kur père et eux-mêmes avaient jugé prudent et sûr de faire des alliances avec les habitans de la campagne. Depuis le commencement du siècle , l'alliance perpétuelle avec Claris *** avait fait j^us d'une fois leur sûreté. Un riche sujet de leur seigneurie ^*, auquel ils devaient de l'argent, s'étant établi à Claris, par crainte de violence, les Clarônnais le protégèrent avec tant d'énergie et d'impartialité^^, que les barons eux-mêmes furent engagés à

••* Voy. ei-dessiifl p. 62.

^ imklm Clpt de Wallenspuit;

*" Ch. da prorumei, Glaris, lanA après Saint-Jean-Bapt i4iS, dans Tschndi. An nombre des arbitres se tronvaicnt le landammann Albert Vc^el, le riche Netstaler, Ulrich am Btel (voy. iS8S) , Rodolphe Schind- 1er, famille qui existe encore, le grand JostTschudî, etc. Jseklin renonce à ses réclamations contre les barons; ceux-ci ne l'inquiéteront pas dans la possession de ses biens; il voyagera en sûreté dans leurs juridictions, mms il n'y habitera pas. U n*est pas leur serf, mais il cessera aussi &éixc leur ennemi ; il donnera â(KI for. )pour ses prétentions*

lA

contracter avec eux les relations plus étroites de k combourgeoisie ^^*.

Les députés des communes se rendirent auprès du comte Jean de Sax^ né de Misox^ l'un des plus grands et j4es plus riches seigneurs de leurs montagnes, que nous avons vu dans la guerre de Bellinzone prendre parti contre les Suisses pour le duc de Milan ; il craignait le ressentiment des premiers, comptait peu sur le zèle du duc , et avait besoin , contre Févéque Jean et contre Henri de Werdenberg, des cœurs de son peuple; il vit la détermina^n de celui -d, en sentit la justice et se déclara disposé à tout.

Ce fut avec le même succès que les campagnards parlèrent au vieux comte Hugues de Werdenberg- Heiligénberg, de la bannière noire, frère de ce Rodolphe qui commanda les Appenzellois au Stoss; luimême avait joui de la confiance publique dans les différends intérieurs ^^^. Ma^s le comte Henri, de la bannière Manche de Werdenbei^, dont le père avait combattu à ses dépens, près de Nœfels, contre la liberté glaronnaise, et dont les châtelains faisaient, depuis long -temps, peser sur Schams une autorité insupportable, refusa d'écouter, pour quelque raison que ce fut, les habitans de la campagne, parce qu'il se fiait à des gouverneurs orgueilleux et intéressés ^ ou qu*il savait que sa domination était généralement détestée. Ses sujets, les libres habitans de Laax^^,

^^ Ch, Dimanche après N. Oaœe d'antomne 1419, d«n$ TêclunlL

«» Ch. n. 578.

*^ «Ils comnns dais libers.» Ils habitent les plateaux élevés de Fltms à llanz, si fai^orables à la liberté. Le bailliage passa a^ sire de Vax et aux Werdenbei^, ses héritiers; je ne sais pas si l'usurpation da roi Albert fut apnnlée e( s'ils reçiureiat de nouveau l'iAvestituri^ do ce

[a24] LivRB m. CHAP. II. 453

les communes de Schams et du Rheinwald , ne se découragèrent point; la cause du pays se fondait sur les droits de Fhumanité. Un même esprit régnait dans toutes ces montagnes , où les descendans des premiers Rhétiens habitent des demeures disséminées pour la plupart dans cent vallées^ entrelacées d'une manière^ bizarre.

L'an 1424 y au milieu du mois de mars^ s'assem-* Lièrent près de Trons, outre Pierre de Pontaningen^ abbé de Disentis, les trois frères de Razûns^ le comte Jean de Sax, Hugues de Werdenberg, les vassaux et les nobles» les communes et les habitans des métairies de Disentis, de Saffien, de Tenna, d'IIebersax, les bourgeois d'Uanz , les hommes libres d'In der Groub, et d'au-dessus du bois de Flims^ les habitans des vallées de Lugnetz^ de Vais et de Flims^ ceux de Trons et de Tamins ^ du Rheinwald ^ de Schams , de Tschapina, de l'antique Tusis^ et du Heinzenberg. A l'entrée du village, à la place où se voit la chapelle Sainte-Anne, sous le grand tilleul ^^"^^ se tenaient

bailliage immédiatement de l'Empire. Pen de mois après la formation de la ligue, samedi après la Saint* Jacques, i/ï24, le comte Rodolphe vendît tous ses droits sur Laax aux habitans pour 800 «ducatos aureos. > Sprecher^ Paita» I. VH, p. m. 296/

"7 j»2i vu cet arbre le 20 octobre 1787, et J'ai Jugé que c^élait un tilleul. Bridel parle d'un chêne; le docteur Ébel, d'un érable; après un si grand laps de temps il est difficile de bien discerner. (M. Louis Bridel nomme le fameux arbre un tilleul dans le Voyage que Moller Ta citer et dans le morceau intitulé Le Noyer de Jean-Jacques et le Tilleal de Trons, Conservateur suisse, 1. 1, p. 292^, G. M.) « Près du tilleul, on voit une

• petite église b&tie en souvenir du recouvrement ce la liberté ; sur le 9 c6té gauche de sa façade sont représentés les trois libérateurs jurant

• la première alliance : quoique grossièrement travaillé, ce tableau est

• trop intéressant pour ne pas mériter l'attention. Il sont représentés

• debout sons l'arbre qui se partage en trois branche^ au-dessus d'eux :

454 HISTOIRB DB LA SUISSB.

debout, suivant Tusage du pays^^^, les^eigneurs, les magistrats et les anciens, autour d'eux les hommeà les plus courageux et les meilleurs du peuple; ils se concertèrent ensemble, s'entendirent, levèrent les mains et jurèrent Talliance suivante, qui subsista encore •^^ :

a Ils veulent tous sans eis^ception demeurer éter-^ n nellement fidèles et bons amis et confédérés , s aider M mutuellement de leurs corps, de leurs biens, de

» Tabbé de Disentis, avec l*faabit de son ordre, la tête découverte, lève

• les (rois premiers doigts de la main ; manière dont encore aujoard'hni t les Grisons prêtent serment. Quelques paysans sans armes sont der-

• ipère InL A sa droite est le oomte de Saz, dont les cheveux blancs sont

• coupés aotour de la tête ; sa barbe est longue, sa physionomie noble»

• sa taille hante ; à sa large ceinture de cuir noir pend d'un c6lé une

• longue épée de bataille, et de l'autre le sac qui renferme son pain ; il « est en demi-bottes ; sa main gauche, s'appuie sur un bftton noueux , sa

• droite eii levée pour le serment; quatre guerriers armés iSe longues

• piques l'accompagnent, A gauche de l'abbé est le seigneur de Ra*

• lOns, plus jeune, mais habillé à peu près comme le précédent, dans

• la même attitude que lui : il est suivi de deux «oldats. Au milieu d'eux,

• asabsor une pierre, un enfant interrompt ses jeux pour donner toute

• son attention à cette scène remarquable. • L. Bridel, Lettrée tmr U$ Grisons, dans le Conservateur suisse, 1 1, p« 151. Non loin de là, dans le» fentes des rochers qui bordent la prairie de Tavanosa, on remarque les clous auxquels les préposés des communes suspendaient leurs sacs de voyage, quand assis près de la source ils mangeaient les provisions qu'ils av^aient apportées. ÉMg Manmet du vqyugeur» ?= Le docteur ÉM, observateur d'une conscience et d'une exactitude irréprochables , et natii* raliste distingué , persistç à appeler l'arbre de Trons un érable dans son Forage pittoresque dans te canton des Grispns en Suisse vers le toù Majeur ei te lue de Came, Zurich, 1827, p. SS et vignette du frooti* 8pice.C. BL

*^ Une ctuirte atteste qu'à Scharans • dans le Domleschg, le juge do village (« Guvig, caput vîci») et les vobins s'assemblèrent en 1405 sous le grand tilleul voisin du cimetière où l'on voit une imiige en bob du vieux Rbaetus. Lehmann, tes Grisons, t. L

«>» Vaete d'alliance Se lit dans Tschudi.

Page 1