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dace à sa rapidité , il jugea utile de combiner ses mesu-^ res avec celles que prendrait la .partie gibeline de la population. Il Tavait jusqu'alors dédaignée : souvent la meilleure milice essuie les mépris de celui qui ne juge }e militaire que sur Textérieur brillant ^ sans réfléchir au pouvoir de l'âme*. Jean Rusca , voisin de ces gens et omnaissant leur courage , empêcha Ficcinino de se priver de leur secours par un aveugle préjugé.
D'abord^ les habitans de Chiavenne *^^, au moyen de passages et de points de vue qui leur étaient connus^ dbservérent la disposition du camp de Gornaro. Stefano Quadrio de Fonte ^ d'une ancienne famille de héros, en possession lui*même d'une haute considération, parce qu'il avait rendu la lU^rté à la commune de Teglio en détruisant une forteresse ^^, arma les Yaltelinoia et convint du moment où du haut des montagnes il fondrait sur les derrières de l'ennemji attaqué dans la plaine ^^.
L'aurore parut. Cornaro crut ses adversaires atterrés» Mais Ficcinino, plein de confiance , soutenu qu il était par une si vaillante inilice , m^^rcha au combat. A la tète de son armée brillaient deux habitans de Chiavenne y Âatonio Nasale et Ai^tonio Brocchi , ainsi que deux héros du bourg de Pleurs. A cet aspect inattendu, C(H*naro perdit la ]»résence d'esprit, lorsque soudain
* Ainsi que les coatisés méprisèrent en i792 les gardes nationales de France; ainsi que les Français ont méprisé depuis celles d'Autriche» dTEspagne, du Tjrol, qui les ont châtiés à leur tour, D. L. H.
'** Aussi Glavenna, de là le nom allemand Cloffçn^
«62 Appartenant aux nobles Lazzaroni* Leu, XIV, 696; XVIII, Ai.
^'' Peter Candidus Deeembrli», dans son éloge dePiccinino, appelle à cause de ce fait la population t infedele e crudele. » Celait un temps de factions où les événemens se décidaient, non par les armes d'on peuple; mais par la puissance d'un parti.
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Quadrio tomba sur ses derrières. La bataille fut plus sëriease que ne Tétaient d'ordinaire celles qui se li-vraienten Italie^ où, soit par convention, soit par usage, les condottieri évitaient d'exterminer mutuellement leurs troupes. Obligé par le grand carnage des siens de renoncer à la victoire, Cornaro voulut du moins sauver sa vie; lui. César Martinengo, Tadéo £sten3ée , Auto* nio Martineschi , le terrible Taliano du Frioul et d'aq»tres chefs se rendirent. La dixième partie des troupes échappa à la destruction : trois cents cavaliers s'enfuirent par la montagne , dans le territoire dd Bei^mp , conquête des Vénitiens.
Il était évident que Venise ne pouvait avoir de sécu-* rite pour la possession des villes et des contrées de Bergamo et de Brescia , tant que les hautes vallées et les défilés des Alpes se trouvaient au pouvoir de$ Milanais. Aussi, à la première nouvelle de la défaite de Cornaro, le sénat donna ordre au général JeaiF- François Gonzaga de marcher avec de nombreuses troupes à la conquête de la Valteline. Piccinino s'était éloigné; Chia venue et Bormio demeurèrent intacts; la ValteKne, habitée par un grand nombre de Guelfes, était hors d'état d'opposer seule une heureuse résistance à une pareille armée. D'ailleurs, Tadministration vénitienne favorisait davantage le campagnard ^^^.
Cependant on conclut un armistice, et , Tannée suivante (1 433), la paix ; une des conditions de celle-ci fut qu'on rendrait au duc la Valteline, et des deux côtés les prisonniers. Lors de Texécution de ces conditions ^ les Milanais agirent avec perfidie et cruauté. Us pré-
*** Nons V0J0D8 dans Guioeiardini, eombien le people des campagnes lai^k dévoué.
468 HISTOIRE DE LA StTISSE.
textérent et jurèrent que Comaro était mort en prison, tandis qu*on le torturait dans son cachot pour lui arracher les projets , les intelligences et les principes du gouvernement vénitien ^^. Mais il soulfiit et se tut. Après plus dedix ans^ alors qu'on avait même cessé de le pleurer , il revint parmi les siens. Il avait courageusement expié les fautes commises peut-être prés de Délébio; il fut reçu avec joie^ selon le mérite de sa vertu ^^.
Du reste y les Gibelins déclinèrent ^^'^} des factions continuèrent de troubler les vallées ^^, et Ton voit qu'alors aussi la Valteline paraissait importante pour le repos de l'Italie.
Après le tableau des faits mémorables accomplis pendant ces dix- huit années dans les contrées extérieures ^^ et chez les voisins ^''^ de la Suisse , je vais
^** C'était ainsi « quia asperius in Philippam invectus esset » Can^ didut»
••• OiUer, XI, 185 et soîv, a le mieux raconté cette gnerre ; Spreelier , PalloÊf 1. III, ad iàH , l'a décrite d'après lui on d'après les mêmes sources, mais plus brièvement Les monumens sont s i* non loin de Délébio la chapelle de la Vierge ; 2*" l'exemption dq péage accordée aax habitans de Cbiavenne en récompense de leur courageuse fidélité. GuUr. Je compte en découvrir d'autres encore. fCela s'est réalisé en partie : voj. h IV avant le milieu du chap. V, où il est question de la Valteline et de Cbiavenne.)
**' Antoine-François, fils de Niçodtoe, fht le dernier Gapitaneo qui jouit du pouvoir attaché à ce titre; il possédait le bel échiquier d'ivoire du grand Roland, soi-disant l'un de ses aïeux. Guter,
«s Antoine Beccaria , chevalier, avait en apparence terminé ce différend, gr&ce à l'héritière d'Antoine-François Gapitaneo; mais Stefano de Pondelasco , son rival, porta plainte contre lui auprès du capitaine-général. Celui-ci, Tonio di Raino, fut assassiné; lorsqu'il crut surprendre Beccaria. Guler*
<** Berne, ci-dessus p. A09.
•'• Le Valais ) lePaysde-Vaud, Genève > Gmyère, Neufebàtel^ VaU»-
LIVRB III* GUAP. ÎU 46^
retracer les choses arrivées sur ces entrefaites dans Tîntérieur du pays, et principalement ce qui prépai'a ^es grands événemens qui suivirent.
De l'intérieur des Waldstetten, Unterwalden, Uri et Schwyz , les chroniqueurs n'ont conservé d'autre souvenir que celui du renouvellement ^'^^ ou de la fixàti<m plus exacte ^''^ des anciennes limites dans les Âlpes^ du côté de Glaris» Ces vallées jouissent d'un bonheur ^ uniforme, que leur nom apparaît rarement dans l'histoire, à moins que des violences étrangères ou des acçir <lens de la nature ne troublent leur paix. Elles prouvent suffisamment que leur constitution démocratique n'est en elle-même ni si mauvaise que les historiens le prétendent ^'^^, ni aussi universellement désirable ^''^ que la dépeignent les philosophes- poéteç ^^y mais qu'elle est
gin. Soleure, Bêle, Schaffhouse, la Tbargovie, leRheinthal, la Rhétie et la Valteline font aujourd'hui partie de la Suisse ou lai appartiennent à certains égards; alors il n'en était pas de même. =» On connaît les nouveaux rapports établis depuis l'époque où M aller écrivit cette noie. G. M.
*'' Mie de délimitation, med. Aug. i/lS5, dans Tschudi, Le document essentiel en latin, produit alors par les faabitans d'Un, est sans doute celai de 1063 ou Y Acte de délimitation entre Uri e^larit de ii96.
•^* Sentence d^Ulrich der Frowen, habiumt de Schwyz, concernant Valpe Oylochi mardi après Sainte-Vérène 1421. Ibid. Fondée sur une enquête.
'^' Rarement les historiens ont beaucoup à dire de cette forme de gouvernement tant qu'elle est bonne. Voilà pourquoi Thocjdide , Xénophon, Guicciardini et d'autres en jugent si défavorablement
*^* La démocratie n'est pas universellement désirable, parce qu'elle est fragile , comme un grand nombre des choses les plus nobles et les plus précieuses , à moins qu'il ne se trouve exactement une réunion de circonstances physiques, économiques et morales, semblables à celles de nof petits cantons.
*^» Rousseau, Hehétius , Mably. Ils jugent d'après l'idéal et des principes abstraits.
excellente avec des mœurs pures, détestable arec des nKBurs corrotnpues ^^^.
Les Lucernois contmuérent ^'^ à profiter de la pénurie d'argent de la noblesse , pour agrandir leur territcnre : ils adietérent à cette époque les justices et les drcûts seigneuriaux des belles et fertiles contrées de Kriens^*^^, Gisîkon et Hofaeoau ®'^^* Ces droits s'exerçaiaat en partie ^vec une autorité illimitée ^*®.
Ils les acquirent légitimement. Mais toujours est-il que, pour qu'une république ait toute sa force, le même éspHt di^t en vivifia toutes les parties et que le campagnard doit jouir du sentiment de sa liberté. Il eût mieux valu abandonner ce que les anciens droits avaient d'oppressif, afin de ne faire de là ville et de la campa* gne qu'un Cûeur et qu'une âme ; des républicains
*^ La corraption dans la démocratie est la raiHe de l'égalité, ea Les démocraties helvétiques fnrent donc corrodipoes dès l'instant où elles ^otilurent régner, afvoir des sujets; or cettç corraption a commencé itoÎA siècles et demi avant 1798. D. L. H«
'^" Horb et Laogesand. Ils acquirent toutes ces juridictions en 1425 de Hemmann de Bûttikon et de sa femme Elisabeth d'ËrIach. Balthc' êar. Choses mémor, de Lui^ne 1, iii5. Lncerne acquit alors les droits seigneuriaux } elle avait conquis la souveraineté en même temps que Rotenbourg , et Henri de Wissenwxgen avait vendu à là vifle la basse ]u- ^ce en i4l6. Lea, Art
^^' Les jostices; àKleindietwyl la haute Justice, dlllrich de Moos, pour 60 jGbrins d'or, i422« Baithasar^ 1* c 214 et suiv.
^* • Les seigneurs jnSgôaient les cavses relatives à la propriété et à * rhéritage, les crîmes grands et petits, même les crimes capitaux; ils 1 ' étadènr seuls potiv cèia et ne devaient * obéfesaUce à personne « en sorte 1^' ^iU li'avaienf rien à démêler avec qui que ce fût. Acte de déiimiimiûm entre Zottg et Luceme 1426; Balthasar 215 et suiv. Ces droits passèrent dé Crati de Hftnenberg à un des Hertenslein et de celoi-ci en 1402 à 'Pierre de Moos , père dUIricb.