‹ Histoire de la Confédération suisse (volume 2)Chapitre 156 sur 173 · LIVRE m. CHAPr II · texte numérisé non relu

LIVRE m. CHAPr II

pour les biens et les fieft qu'ils possédaient ailleurs ''^^ ; ils estimaient qu'un homme libre communiquait à son bien la prérogative de la liberté ^ tandis qu'il n'appar* tient pas à la terre ^ moins noble que l'homme , de ré-* duire un de leurs libres concitoyens à une condition en quelque sorte servile. Si l'un d'entr'eux avait commis une iajui^ce hors de leur pays, ils dédaignaient également lés tribunaux des seigneurs ; ils ne consentaient à être jugés que par celui- qu'ils avaient élu pour cela; par un compatriote appenzellois'^^. Selon les chartes, ils avaient tort; mais ces hommes courageux, dans la plénitude du sentiment des droits innés , avaient peu de considération pour les serviteurs des jurinces : l'orgueil de la liberté est naturel * ; malheur à FEurope si ja* mais un prince doit renoncer à son honneur et un peuple à sa nationalité ** ! '

Les Suisses, en qualité d'hommes libres et d'amis'^^^^ pouvaient seuls engager les Appenzellois à se^mumettre au droit généralement reconnu. Les Suisses n'étaient pas moins ardens qu'eux pour les prérogatives et pour

^^ U livtes fenniog de contribution impériale des biens de leurs corn» botti|;eois qui appartenaient ans métairies du Hbeinthal; ils ne Toalaien^ pas y recevoir les fiefs. Zurich leur donna tort en cela.z^ Le magistrat de la ville deSaint-Gall, dans une lettre au pape Jean XXIII, les accusa de vexations graves; voy. ZeUwégcr, Hist, du peuple appenzellois , t. I, p. S99, et documens, n"* GGXIV. G. M.

'^^ Ibid. Â cet égard aussi Zurich se prononça cbntre en% ; les affaires féodales ressortissent essentiellement an seigneur et d ses hommes,

* C'est même une qualité indispensable à 'tout homme libre, surtout à des magistrats républicains, dès qu'ils traitent avec les envoyés des roi»; leur simplicité doit être relevée par Ténergie, pour que ces diplomates soient remis à leur place. D. L. II.

*• n s'agît probablement des Prusias et des Allales européens, el da leur méprisable administration. D. L. H.

7" Ck n. 736 et 748.

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rhonneur de la ]|bertë; mais comme leur feu belliqueux avait eu. le temps de s'amortir, leur jugement était plus rassis. Même dans leur premier enthousiasme, les Suisses avaient laissé intacts tous les droits des seigneurs étrangers^ et s'étaient bornés à en réprimer les abus; cette différence entre les Cantons a sa source dans la diversité de leur caractère et-» de leurs relatioDS. Les bourgeoisies citadines ne sont pas les seules qui ordinairement suivent une marche régulière ; dans quelques cantons forestiers règne aussi un esprit chimie. On trouve en général les hommes les pliis vifs da^us. les pays de montagnes ouverts, comme Appenzell, du coté du Nord ''^*, et où l'âpreté des vçnts r^nd les corps sains et vigoureux ''^^^.

Ni le devoir ni la raiscm ne permettaient à l'abbé de SainMjall d'abandonner les antiques et légitimes droits de son monastère. Il ne demandait aux Âppenzellois d^autres prestations que celles que remplissaient dans toute l'Europe les hommes qui relevaient de quelques seigneurs pour des fiefs ou des servitudes ; il se fondait sur nm coutume séculaire, sur des chartes impériales inattaquables''^^, sur les lettres des anciens propriétaires du sol et des seigneurs justiciers ''^^'''. Il se pouvait que les baillis eussent quelquefois gouverné dure-

'»* Ainsi l*Entlibuch , roberhasli , la Grnjère.

"* Sî qaelqu'un a des doutes à cet égard, Iju'il aiUe lutter avec Antoni Brun et Colas Tysler d'Entlibach , ou qu'il mesure ses forces avec le vigoureux Ba$chi de G^iss cjans le canton d'Appenzell , qui arrête par la queue un cheval au galop, et, les mains liées derrière le dos, ^' fonce les portes avec sa tête; « nec unus pluribus împar. »

'" P. e. ci-dessus, p. 81, n. 550. Je les appelle inatUquables, parce que les lois qui limitent maintenant Tautorité impériale en pareille matière n'existaient pas encore.

'" Les nobles de Roschacb , p. e. Ibid.

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ment ; que Guno, son prédécesseur, se fût ccmduit a^^c peu de sagesse, et que le peuple eût pris avec raison les armes pour le punir et l'humilier; toutefois, on ne saurait soutenir que des fautes passagères et auxquelles on peut remédier annulent les droits souverains; avec une pareille rigueur, nulle constitution, même <iëmocratîque, ne pourrait subsister.

Cependant la guerre qui avait eu lieu au commencement du XV® siècle obscurcît de plus en plus la puissance (lu prince-abbé, jusqu'à ce qu'enfin le pays d'Appeuzell devint entièrement lilH^e. Il y a des circonstances et des époques où une constitution doit se modifier. . Les pays de la Suisse étaient alors mûrs pour la liberté, tout comme il peut venir un temps où ils n'en seront plus dignes. Alors la marche des constitutions n'était pas entravée par des armées permanentes; aujourd'hui, quelques-uns des^ plus grands États ont une existence factice qui , elle aussi, trouvera son terme. .

Henri de Mangistorf , devenu abbé de Sàint-Gall , avait enfin reçu l'hommage de la plupart des vassaux de l'abbaye domiciliés dans la plaine '^^^^ mais Appenzell refusait delui prêter serment, de se soumettre à ses baillis''^*®, à ses fonctionnaires ''^^^ et à ses juges ''^*, ainsi que de payer pli^s long-temps les tributs du servage ''^^,

'" Voy. ci-dessusn. 733.

^^' A qni l'ammann devait remettre la verge dans les jagmens capitaux. WaUer, 275. Cet usage était conforme aux anciens droits.

'•• Particulièrement à ceux de Hundwyl et d'Umœschen. fVaUer, 271.

'** Maîtres des rhodes et huissiers. Ibid. 27 h. Ces passages sont tirés d'une charte de la plainte de Tabbé, 1A20. Les huissiers étaient les premiers officiers de police; les maitres des rhodes, les préposés des arrondissemens dans lesquels le pajs était divisé.

'** La propriété était une contribution annuelle des serfs. Les corvées sont connues. Véchufe se payait à la mort. Ijadandon se composait de la,

490 HisrmRB dc la sitisse.

diverses redevaoces foncières*'®' et certaines contributions générales "^^^^ Les montagnards s'imaginaient que l'abbé Cuno avait perdu tous ces droits par sa tyrannie , et qu'eux les avaient conquis par l'argent et le sang dépensés dans leur grande guerre. Le parti des Âppenzellois se grossit de plusieurs communes dont les unes habitent dans les i4iodes extérieures "^^^ de leurs montegneset les autres "au pied de celles-ci ''^^. L'abbé aurait voulu porter le différend devant les villes et les^ seigneurs de Souabe ; il redoutait les Suisses, non par défiance de sa cause , mais parce qull ne connaissait pas leur équité. Les Appenzellois^ au contraire^ se montrèrent déterminés à ne pas accepter d'autre médiation que celle de leurs confédérés^ animés du senti-

moitié des biens mobiHers d'an homme mort sans enfans (le reste appartenait à la veuve). Les poule* de carnaval constituaient une redevance des métairies.

T'* Droit de mutation pour les successions ; Walser mande qu'ils s'élevaient de 5 à 15 */o. Reconnaissances de fief; Redevances des biens libres. Financée des Alpes pour l'usage des pâturages.

'** Les six maîtres des rhodes d'Appeniell donnaient annueilemeot i l'abbé 7S livres en argent et 2h fromages de lait de chèvre ; Trogen, environ 53 livres ; Gaiss, 4,^ en outre 17 livres de contribution ; Hérisao 11 et 8 pour la custodie ; la charte ne fixe rien à l'égard de Hundwyl» Tûfien et Umœschen. J'ignore si la contribution de mai et celle d'automne que les Appeniellois payaient sont comprises dans les 78 livres; ils devaiem certainement en payer encore 7 au maire comtue droit de bailliage. CA. dans Walser, 270, 371 , 273.

'•• Sonderamt et Hérîsau. Voy. ci-dessus, p. 80.

"' Gossan est expressément mentionné dans le Prononcé de lâ21, ensuite, dans Tschudi, Taegerscben et Bnrgau ; PValser y ajoute Tablât, à Bruggen , sur le Ilaken , Waldkirch , Wytlenbach , Strubenzell et Roschacbé Ainsi l'abbé aurait perdu au moins la moitié du territoire qui )<ii restait encore.

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