‹ Histoire de la Confédération suisse (volume 2)Chapitre 159 sur 173 · LIVRE m. CHAP. II · texte numérisé non relu

LIVRE m. CHAP. II

que leurs troupeaux leur donnaient du lait et de la laine, et qu'aux jours de fête, comme Abraham dans sa cabane , ils pouvaient apprêter un veau délicat. S'ils apprenaient qu'un gentilhomme ou un roturier avait manifesté pour eux de la haine ou du mépris, ils descendaient rapidement de leurs hauteurs, ravageaient, pillaient, fustigeaient, massacraient, puis, chargés de butin, poussant des cris de victoire, et contens, ils remontaient dans leur pays ; ils disaient de leur patrie «< qu'elle serait leur cimetière ; qu'au-dedans de ses li- » mites ils défendraient leur liberté contre le monde » entier, ou mourraient indomptés. » L'abbé de Saint* Gall s*esquiva du pays et s'enfuit dans la FoFêt-Noire. L'évèque au6si ressentit leur vengeance ; sur toutes les villes et sur tous les seigneurs des environs pesait de nouveau la terreur du nom des Appenzellois.

Ils étcîent redevables de leur prospérité à la simplicité de leurs mœurs et à l'intrépidité de leur caractère. Comme ils avaient peu de besoins , les montagnes et les troupeaux leur fournissaient tout. Aux foudres de l'Église, ils opposaient le bon sens. On-^e connaît pas exactement leurs opinions religieuses * j mais il est cer-

* Gomme le fait observer M. ZeUwéger, 1 1, p. 546-548 , les Appenzellois n'avaient nulle idée des doctrines fondamentales dn christianisme, que l'homme est enfant de Dieu , frère de Christ, et qu'il doit observer ses commandemens par amour. Ib tenaiont rigoureusement à ce qu'on leur dit la messe , inais du reste on ne trouve pas vestige de véritable Teligiosilé , de respect pour les autres institutions de l'Église, ou de considération pour le clergé. Le meurtre, l'incendie, le pillage^ la vengeance , la violation du serment sont des faits ordinaires et qui sûrement ne dénotent pas un esprit religieux. — Le clergé n'était pas moins étranger aux principes chrétiens. Les Saint-Gallois , ne sachant comment se comporter à l'égard des Appenzellois mis en interdit, consultèrent le vicaire-général de Constance. Ce prélat leur permit de les

tain que dans tous les temps une àme indëpendante possède une incroyable puissance. Pour le bonheur de la vie privée , pour une bonne direction de la vie puUi-> que, ne crois rien^ ou crois fermement ^^.

L'abbé de Saint-Gall, Henri de Mangistorf ^ mourut tristement à Fribourg en Brisgau ^^. On lui donna pour successeur Egloff ^ moine du couvrit de Saint-Biaise y de Tancienne et noble maison des Blaarer de Wartensée; ses biens patrimoniaux confinaient aux limites d'Appenzell^ et le défunt abbé t'avait jugé singulièrement capable de rétablir les a!fiaires de Tabbaye.

Il se chargea d'une administration qui ne pouvait opposer à ses ennemis ni un peuple dévoué , ni des alliés courageux, ni de l'argent, ni des 'soldats, pas même, comme jadis, les terreurs spirituelles avec quelque espérance de succès. Il ne lui restait que d'inté^ resser de puissans seigneurs à sa cause , en Iwr montrant que c'était la leur, et d'épier avec vigilance toutes les circonstances favorables.

firéqnenter, poarru qœ ce fût dans llntention de les convertir ou d» temr nuire. U leur défendit de payer les dettes contractées envers des Appen* sellois et de servir de témoins dans leurs causes, à moins qae ce ne fût à charge. Une ordonnante dn conseil de Constance de t880 donne une idée des mœurs da clergé : il y est défendn à quiconque a reçu la consécration» chanoine, chapelain, curé, prêtre, diacre, sons-diaoe, acolythe, moine ou écolier, d'avoir un commerce criminel avec ks femmes, les filles, Içs mères et les cousines de leurs comboaigeois, de commencer avec ceux-ci une querelle ou une guerre, ou de se venger eux-mêmes des suites fâcheuses qui pourraient en résulter. G. M.

^^^ Ce langage blessera peut-être quelques personnes, mais» fondé sur la nature et sur l'expérience , c'est celui de l'Évangile : « Plût à Dien » que tu fusses froid ou bouillant ! mais parce que tu es tiède et que ta > n'es ni froid ni bouillant , je te vomirai de ma bouche* » — « Jusque» » à quSind clocherez- vous des deux côtés? »

'*^ 1426, le ik septembre.

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Egloff n'osa pas ^ rendre à Saint-Gall : à peine arriré à Wyl , il parut méditer des projets. Le mystère dont il les entoura éveilla l'attention des Âppenzel^ lois ^^*. Grâce à sa coopération ^^^, l'évéqfue Otton de Constance obtint que la ligue des chevaliers du bouclier de Saint>Oeorge portât plainte à la diète d'Empire, réunie à Francfort , contre Taudace des Appenzellois. Les électeurs écrivirent^ soit aux Confédérés *^^, soit aux villes de Souabe ^^% alliées, les unes avec Ulm, les autres avec Constance , « que par reconnaissance envers Dieu » et dans l'attente de ses récompenses, en l'honneur et » à la gloire du saint père le pape ^t de tous les prin» » ces chrétiens^ ils aidassent la ligtlé des chevaliers » à réprimer la témérité des Appenzellois. » Cette lettre <ks électeurs fut lue avec le respect accoutumé ; mais comme aucune armée ne l'appuyait , les plaignans furent réduits à offrir aux Appenzellois une nouvelle procédure ^^^. Us la repoussèrent ®^^, sachant bien que leurs actions étaient imposantes, mais contraires aux formes. A Lichtenstaig les députés des Suisses tentèreiÂ

**' Protœ. miiBîc. de Zurich , 44Î7 , commencmiMiil de ttai i « Ltib • Appeocelloîs ont écrit, il j « bien des jours, que Tabbé et le seigneur » de Tettingeii semblent se préparer à la guerre. » Le dernier pouvçiit être son capitaine, peut-être Jean Ulrich de Tettîngen, qui vendît, quelques années après, la tour qu'il possédait h. SchalThouse, là' où depuis k été la balance féodale.

*^' n fit avec eux Toffre de la procédure, n. 812.

*^* Lettré des $ix éleetêurs (la Bohème, comme on sait, n'avait alors aucune part à ces délibérations), Francfort ^ samedi aVant Catber. (ainsi au mois de septepibre) 1427, dans r«cAa(/i. •• -

^^ Lettre des mêmei, même année , d l'étêqtte OUon. Ihidi -

'^' Leitre des Zuricois au comte de Tokenbourg, 1&37. L'^éTêque PiePlie cfAngaboorg y prît part an nom des électeurs (voj, la ch. n. 811) 6u \ cause des nobles chevaKers.

M' Cela résulte de la lettre, n. 819.

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avec tout Missi peu de succès une médiation sur h base de U sentience rendue sept ans et demi auparavant ^^*.

Dans ces mêmes jours s'éleva contre les Âppenzellois un ennemi non encore éprouvé , le comte Frédéric de Tokenbourg* )ja ^igoeurie dont il tirait son nom était située le lapg de leur frontière occidentale ; le Rheinthaï , sa seigneurie hypothécaire , confinait à leur territoire du côté d'orient* Le pays compris entre le lac de Zurich et le Tyrol lui obéissait. Il était bourgeois de Zurich et combourgeois de Schwyz. Autrefois, au temps de sa jeunegne, pendant la guerre d'Appenzell , le duc d'Autriche lui avait confié le commandement de ses troupes dans ce pays. Néanmoins il existait toujours entre ce comte et Appenzell une neutralité tacite ^^^, ][1 adopta probablement ce système, parce qu'il savait combien ses propres sujets étaient irritas contre son gouvernement tyrannique. Les Appenzellois n'en agissaient que plus librement contre d'autres ennemis. Leurs alliances et celles du comte avec quelques cantons de la Suisse contribuèrent sans doute essentiellement au maintien de la paix dans cette contrée.

La plus ancienne alliance du comte de Tokenbourg était son traité de çombour^eoisie avec Zurich , deux fois reitouvelé ^^^, sans lequel il ne serait peut-être

*** Arrêté diu Zuricais êur l'invitation de Tokenbourg, 21 novembre 1427. es Voy. snr toate l'histoire qui précède Zellwèger, 1 , 426-437. G. M.

**' Voy. ci-dessus, p. iid-iiS. Dès-lors il n'est plus question de lai dans leurs affaires.

•A< 1400, 20 septembre; 1405, 1*' juin; ce que Tschudi mentionne à la date du 28 mars 1415 est sans contredit le même fait dont j'ai sous les jeux la ek. datée du 31 mars I&16.

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