IV
» centô florins aux deux cantons ; leurs sujets êA^ )) (retiendront le passage; les deux cantons et leurs » protégés d'Urseren, de laLéventine et d'Abiasco ne » paieront pour leurs marchandises ni péage, ni droit » de douane ou de conduite. »
Les Suisses, dans leurs solitaires hameaux des Alpes, étaient des guerriers simples pour lesquels le moindre gain avait du prix , attendu que dans leur pays on était riche avec peu : les Italiens connaissaient mieux toutes les ruses du cœur par lesquelles on acquiert la puissance et on la conserve le plus long-temps possible. Aussi les Suisses ne conclurent-ils ce traité et d'autres semblable$ qu'après de longues réflexions, et en prenant beaucoup de précautions contre l'astuce italienne^^* ; ils n'en étaient pas moins ordinairement dupes. Les hallebardes étaient alors leur seul moyen d'obtenir justice, car les Italiens, habitant un pays ouvert, séjour de l'abondance, se hâtaient d'acheter la paix ou de conclure un nouveau traité aussi artificieux. En général, les Suisses n'ont presque rien appris de bon des étrangers; ils auraient plus de vertu et de gloire s'ils n'étaient jamais sortis de leurs montagnes*
Les seigneurs de Sax, ajidés par les habitans de Belmont, de Palenza et de Cresciano ^^®, faisaient de tempi
^* La Uttre de combourgeoUU n. 126 porte : « Si Bellinzone est enlevé » def(Hnce aux seigneurs de Sax , ils cesseront de payer les 200 florins;
• mais si on le leur reprend pSir ruse ou par fraude , ils continueront de
• payer. > On craignait de semblables ruses de leur part même; ils pouvaient se réconcilier secrètement avec le duc , et le laisser entrer dans leurs murs , aGn de se débarrasser des Confédérés sans rupture ouverte.
'** Gbristiana dans Têchudù J'ignore si c'était alors le cbef-lieu de la tallée de Riviera^ on pour quelle antre raison il en est fait mention ; mais j'ai cro ne pas devoir priver les halntani <|e Oesciano de la gloire d*étre nommés dans l'bi8toire« *
LIYKB II. CHAP. VJI, 2* P. 5i
en temps la guerre à Facinq Can , gouverneur de ces contrées au nom de Jean-Marie et de Philippe Visoonti* Le comte Luther , de la maison Rusca , conquit les forts de Locarno et de Como^ héritage de ses ancêtres > qui furent long- temps les plus grands seigneurs «UT les bords des lacs voisins du Tessin; Philippe^ pour le récompenser^ lui donna en propre la vallée de Lugano^^^ Au milieu des troubles du pays, des bergers de Faïdo, chef-lieu de la Léventine, faisant paître leurs troupeaux sur une montagne écartée, furent attaqués par des gens du val d'Ossola , qui leui* enlevèrent du bétail 232^ .
Le val d'Ossola ^^^ dépendait de J\f ilan; situé derrière les vallées de Locarno, il s'étend entre de douces et fertiles collines jusqu'aux hautes et sauvages montagnes du Simplon^*, limite du Valais* Lorsqu'on dît aux seigneurs d'Ossola que la peuplade allemande du Saint-Gothard redemandait les bestiaux enlevés, ils en rirent^*^, daignèrent à peine répondre sérieusement
*** Petrus Candidus Decembrius , Vîla Philippi.
"^^ Cet événemement arriva dans TAIpe Sauenstein. Les p&turàgës de la Léventiite» de Layizzara et de Formftzzo , que ces communautés possèdent on louent, s'enchevêtrent les uns dans les autres.
S3S Bàsching écrit Oscella , ce qui se rapproche davantage de Tancien Ocelus; nous avons choisi Forlhographe la plus voisine de la prononciation usitée dans le pays, » et qui est aujourd'hui gêiiéralement adoptée, G. M.
^* Bûênhing écrit avec rakbn Gimp^lop: d'après la vieille élymologie rhétienne C<m;,|3ous ne comprenons pas le sens de la seconde sylls^e. sss L'orthographe Simplon a prévalu. G. M.
^^ « Que les paysans d'Dri viennent, nous \eut couperons leurs gros ft goitres, » etc. Le goitre est très-commun dans les vallées qui , abritées' contre les vents firais, solnt presque brûlantes en été. =^Voy. sur cette infir* mité, observée particulièrement en Suisse, l'ouvrage récent de M. TroxUr^ professeur de philosophie à l'université de Berne, et docteur en médecine, Veber den Kretinismus (sur le crétînisme) Berne, i8S5, in-/i*. C.M.
et continuèrent à vivre sans inquiétude. Mais^ lorsque au mois de septembre un mes^ger de Domo d'Ossola , village le plus élevé de la vallée , afanonça une irrup-* tion des habitans d'Urî et d'Unterwalden ; lorsque^ sans leur laisser le temps de la réflexion , d'autres messagers rapportèrent que le rempart du pays était au pouvoir des ennemis ; lorsque enfin , tandis qu'ils armaient, les habitans fugitifs de tous les villages supérieurs les convainquirent que les confédérés de l'ennemi étaient venus avec des forces considérables pour châtier le val d'Ossola^^^, épouvantés et surpris au milieu de leur sécurité^ ils laissèrent tomber les armes. Francesco Brogno^^'', juge du pays, s'avisa du seul moyeoi de le sauver : à Tapparition des premières bannières, il ouvrit Domo d'Ossola. Cette résolution prévint la ruine de la vallée.
Les chefs des troupes tinrent conseil. Zurich dit : n Pour vous soutenir, chers Confédérés, nous avons » passé le Saint-Gothard, loyalement et de l)on cœur, » prêts à faire davantage pour vous ; mais vouloir ré- » gner sur un pays éloigné de nous , dont la langue et » les lois nous sont étrangères, ne saurait nous conve- » nir. Prênez-le; vous habitez plus près; à •vous le » gouvernement- » Berne n'eut aucune part à cette expédition; à moins d'un motif grave, les Bernois jugeaient imprudent de passer les Hautes-Âlpes ^^^. Les
quatre Waldstetten, Zoug et Glaris se conce;rtèrent et
Hf 8,8S0 hommes, en automne 1410. TêchudL
U7 « Brônn » dans les historiens allemands ; on a coutame dans cette partie de l'Italie de supprimer la syllabe finale. Les Brogni sont encore mentionnés ailleurs vers cette époque.
^* Zurich y était plus intéressé à cause de la route commerciale. Bodmer, llisi, de Zurich,