‹ Histoire de la Confédération suisse (volume 2)Chapitre 23 sur 173 · LIVRE IK CHAP. Vil, 2^ P · texte numérisé non relu

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ce pays le rendrait à la fois maître du passage du Valais et plus redoutable à l'État de Mijan, eu cas d'événemens nouveaux. Une alliance l'unissait à Guillaume de Rarogne, évêque de Sion; le Baron Wischard de Rarogne , capitaine du pays, plein d'un héréditaire or* gueîl, détestait tout pouvoir populaire. Il facilita au seigneur de Chivron, commandant des troupes savoyar-^ des, le passage à travers le Valais; le seigneur de Rarogne, guerrier expérimenté, qui connaissait tous les défilés, traversa le Simplon avec lui. Chivron joignit Carmignuola , le meilleur général italien de cette époque , commandant en chef des forces milanaises ; ils chassèrent le peu de Suisses qui se trouvaient en garnison dans le Val d'Ossola. Lie roi Sigismond , occupé du concile de Ccmstance, retarda le départ des Suisses ^^*.

Urserl^n, vallée dépendante de l'Empire, passage nécessaire de l'Italie , était à l'époque de ces guerres déjà unie au pays d'Uri, Les Empereurs, avides de pays héréditaires, négligeaient l'autorité impériale comme accidentelle ; aussi n'établirent-ils pas de bailli dans Urseren ; il ne leur en fut point demandé. Long-temps après, un crime ayant été commis, Urseren eut besoin d'un tribunal criminel ; mais les habitans de la vallée ne possédant pas une semblable juridiction, et l'abbé de Disentis ne pouvant pas en investir leur ammann ^*^, ils se rendirent à Uri , car le roi avait conféré au landammann d'Uri la haute juridiction ^^^; amis de

'** Gela se passa en 1414. Tschudi.

'*^ Les choses en demenrèrentlà, et l'ammann avait coutume de donner à Fabbé deux gants biaocs, jnsqa'à ce qu'un rachat eut lieu en 1649.

s^> 1389. Ce qui précède est emprunté de la tradUion du pays qui coïncide avec des données fournies par les documens.

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la justice , les montagnards d'Urseren répugnaient à une usurpation. Ceux d'Uri envoyèrent deux juges pour juger en présence du peuple. Dés ce jour ils formèrent pour toujours avec Urseren une seule communauté^*''. Conformément à d'anciennes franchises royales , Urseren est régi par un ammann de la vallée^** et un conseil nommés par le peuple et quTJrî confirme; Uri envoie aussi deux hommes pour connaître des crimes. Grâce à cette combourgeoîsié avec Urseren et au traité avec la Léventine, le territoire d'Uri fut doublé dans l'espace de sept ans sans fraude ni injustice.

Tandis que la Confédération suisse étendait son autorité dans toutes les limites de l'ancienne Helvétie, une seconde confédération se forma dans la Haute-Rhétie, et rechercha s^n amitié.

La Haute-Rhétie , proprement dite, est située dans les montagnes de FÂdula, dont les principaux massifs sont le Crispait, le Lukmainer, le Vogelberg et le Splûgen. Entre ses ramifications méridionales, se trouvent Misox et Calanca^ deux longues vallées entre Polenzaet Chiavenne, ouvertes du côté de Bellinzone; toutefois Misox confine par des montagnes au territoire de Como. Du côté du nord , le Crispait et le Lukmainer forment d'abord , à l'orient d'Uri, la vallée où coule le Rhin antérieur ; le couvent de Saint-Sigebert à Disentis est à l'entrée de la vallée. Entre le Lukmainer et quelques branches du Vogdberg s'étend une autre vallée, à laquelle le village de Médels a donné

^'^'^ Traité de combowgeoisie perpétuelle, 25 jnin 1410.

**• Urseren est antorisé è cela par la lellrc du roî Wenceslas, 1382. Leu, Art. Urseren, p. 770.

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SGQ nom y et d*où le Rhin du milieu , grossi par le Rhin antérieur près de Disentis ', roule ses flots vers Uanz , chef-lieu de la contrée. D'autres branches du Yogel-* berg forment et le Lugnez où coule le Glenner, torrent qui s'unit au Rhin prés dllanz^ etSaffien^ contrée de rians pâturages^ dont la rivière^ traversant le Yersamtobel^ porte au Rhin, en dessous dllanz^ son tribut assez considérable. Lugnez et Saffien^ avec leurs vallées latérales^ séparent le Rhin du milieu du Rhin postérieur^ qui^ du haut des. glaciers du Yogelberg, courant à travers la forêt du Rheinwald et les plaines fertiles et enfermées de Schams , côtoyant Tantique Tusis^ le couvent. des religieuses de Cazis^ le beau Heinzenbergy à droite Ortenstein et les deux Juvalta^ à gauche la puissante Razûns ^ renforcé par les flots déjà grossis du Rhin du milieu , se précipite par Tomiliasca jusqu'aux dernières limites de la véritable Haute-Rhétie, un peu au-dessus de Coire^*^.

Depuis les glaces étemelles des Alpes jusqu'aux vallées que couronnent les plus délicieuses collines , ce pays offre toutes lès variétés, et tous les mélanges de la nature, boulevard et limite naturelle des peuples germaniques et italiens , asile presque indestructible des mœurs et du langage de l'antique Rhétie.

Le pays dépendant de Tévéché de Coire^^® étend un de ses bras par-delà la Haute-Rhétie jusqu'aux limites de la Suisse^ et l'autre jusque dans le TyroP^^ :

^^ C'est là la haute ligue grise , dans la description de laquelle, ainsi qne dans tontes les autres, noas avons omis beanconp de vallées latérales , beaucoup de massifs de montagnes , même célèbres , lorsqu'ils n'ont pas donné leur nom à toute une étendue^ de pays. ^^ La ligue de la Maisondiea, ligue Codée {easœ Dei), *'* FQrslen})ourg dans le Tyrol appartient encore à Tévêché de Coire.

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là s'élève y à côté de. montagnes moins ccmsidérables aux noms divers^ le mont Julier, berceau dellnn, auquel le Danube doit son rang parmi les grands fleuves de l'Europe; Vers le sud s'inclinent^ jusqu'au sein de l'Italie rhétienne ^^^, deux vallées, le sauvage Brégell, séjour de l'antique liberté, et Poschiavo, d'une nature beaucoup plus douce. Du côté du Tyrol descend , isolée aussi entre des montagnes tour à tour plus âpres et plus adoucies , une vallée qui (}oit son nom à un antique monastère *. Le reste du territoire de la Maisondieu consiste en trois parties. D'abord les vallées de l'Engadine, vastes et belles; là, depuis les siècles de la migration des peuples, les descendans de nations puissantes conservent l'usage de la langue dans laquelle Rome dicta ses lois au monde;. ce latin ( ladinum ) est corrompu ; mais au sein même de Rome ne cherchcrt-on pas les Romains ? Vienè ensuite la contrée montagneuse entre le Julier , le Septimer , l'ÂlbuIa y le Scaletta ; des communautés fort distantes habitent des villages disséminés ; ici , le seigneur de Marmels exerçait le briga|[idage sur les voyageurs; là, le grand baron de Yatz outrageait l'humanité; mainte forteresse de tyrans, neveux dégénérés de l'ancienne noblesse aux sentimens paternels, n'offre (juste punition!) qu'une masse de décombres. Enfin, le pays du Rhin : de hautes régions solitaires et sauvages; à l'o-* rient Tomiliasca , puis les plaines inférieures entre la Plessur et la Landquart; sur une éminence, le palais de l'évéque domine Coire, le chef-lieu.

^^ Nons comprenons sous cette dénomination Bonnio, la Valtelinept Chiavenne.

* ïje MQnstertbal , vallée du . monastère. Le Val Moutiers, dans l'ancien évéché de Bàle , porte le même nom allemand de Mûnstep thaï. G. M.

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On arme Iç long du Rhin à Mayenfeld. La Plessur conduit à Schanfik; des rochers qui surplombent semblent menacer d'enseyelir ce yillage sous leur masse suspendue ; derrière cette contrée se trouve Davos, plateau alpestre où il n'est pas donné à chacun d'arriver en toute saison. La Landquart introduit dans le Prettigau ; de vertes montagnes sortent gracieusement de champs de blé et de prairies^^^. Telle est l'étendue de la Rhétie j}isqu'à ce jour.

Au sud est la Yalteline^ pour la fertilité, |a température et tout le reste entièrement semblable à l'Italie; à droite Bormio, contrée pastorale élevée et sauvage; à gauche Chiavenne^ non sans montagnes, mais belle vallée ouverte du côté du lac de Como ; à l'orient le Tyrol, autrefois province de la Rhétie; à l'occident, dans la partie supérieure , Bellinzone et Palenza , puis la Suisse ; dans la partie inférieure, Sargans, contrée alpestre, toute pareille à la Rhétie ; au nord, des plai* nés coupées par des collines , depuis le lac de Constance jusqu'à l'Arienberg; là, se voient Vaduz, Feldkirch^ Pludenz et Sonnenberg, seigneuries de l'ancienne maison de Montfort.

Dans son ensemble la Rhétie est une partie du massif des Hautes-Alpes , d'où sortent beaucoup de montagnes qui par suite des révolutions inconnues qu'a subies l'état primitif de U terre , présentant tour-àtour le caractère d'une nature plus douce ou plus rude , forment un grand nombre de vallées longues et ordinairement étroites, et seulement quelques plaines peu considérables. Il résulte naturellement de là que dans ce pays règne l'esprit puissant de l'indépendance

^' ha ligue des dix Juridietiom ou de$ dix Droitures.

et de la liberté avec les vertus et les vices d'une vie solitaire et isolée. Il arriva ainsi que les anciens barons n'obéirent que peu ou point à l'Empereur, et que, des étrangers leur ayant succédé par droit d'béritage, chaque commune devint non -seulement libre, mais encore maitresse absolue dans tout le territoire où la nature l'avait pour ainsi dire enceinte de murailles.

Le baron de Sax , le baron de Razûns, le comte de Werdenberg, le comte de Tokenbourg, Févéque de Coire et l'abbé de Disentis étaient, à l'époque dont nous retraçons l'histoire, les plus grands seigneurs de la Rhétie. Nous» avons vu que les sires de Sax à Misox héritèrent non-seulement Bellinzone des Rusca, mais encore dans la Haute^Rhétie , leur patrie, les biens de la maison Belmont. Ulrich Broun , baron de Razûns et beau-frère du comte Donat de Tokenbourg^ était, sans comparaison, le seigneur le plus considéré dans la partie supérieure du pays ; il acheta du comte de Werdenberg la vallée de Saffîen ^^*, et de Jacques Planta ^^^ le vidomnat de Domleschg ^^^, fief de l'évêché de Coire, De là naquit une guerre acharnée contre Jean Thumb de- Neubourg , seigneur de Tomils ^^'^y à qui Hartmann de Werdenberg » évêque de

>** Cela résulte de la n. 261.

"^ Le même qui obtint de Tévêque, en 1390, Tinvestiture de la tour de Vico-Soprano dans le Brégelh Leu, Art. Planta. On attribue h cette investiture ia première mésintelligence entre les Salis-Soglio et les Planta de Zutz, surnommés Wildenberg , source de beaucoup de maux.

*56 Tomiliasca, dans Je pays. Guler, 1587, d'après la cb.

^'' Ch, n. 261 ; son ch5lean doit avoir été situé au-dessuS de Rôtels; IVeubourg n'était pas loin d'Unlervas sur le Rhin,

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Coire, avait confié ce vîdomnat ^^* ; un autre sujet des hostilités était le droit de chasse sur le mont EmSy et l'avouerie du couvent de religieuses à Cazis^ fondé six siècles et demi auparavant par les pré* sidens du pays. Jean Zann^ abbé de Disentis, TOberland et bon nombre de Glaronnais^^^. secoururent le baron; l'évêque était soutenu par son Mjére Henri. Le baron^ bannière déployée, portant le ravage autour de lui, descendit devant Goire; le seigneur de Tomils lui brûla Feldsperg, au pied d'une haute et âpre montagne ^^^ dans la partie antérieure du territoire de ilazûns. Cette guerre, qui produisit plus d'irritation que de résultats, parce que chacun, même le nègre du baron, se croyait tout permis , fut enfin terminée par un accommodement ^^^ : le vidomnat de Tomiliasca, l'avouerie et la haute justice de Cazis et la suzeraineté de Saffien restèrent à Tévêque; les serfs ^^^, les dîmes ^^^ et les autres fiefs ^®* et

^^' Ch, entre Nvéque et le baron, 1392, soas l'arbitrage da comte Jean de Werdenberg, pour constater que Domlescbg appartient à Tévêque.

'^^ Non sans Tautorisation de leur gouvcmemeat; les n. 261 et S67 le révèlent suffisamment La partie supérieure de 01 ans touche à la Hante-Rhétie.

160 XI y avait là aussi des vignes. Ch. n. 261.

2*^ Prononcé de l'ammaun Jean Stôkli de Feldkirch , arbitre pour l'évéque, et de deux autres, du bourgmestre Meyss de Zurich, arbitre pour le baron , et de Hupphan landammann de Glaris et ancien avoy^ à Ilanz, 3 janvier 1390^, dans TschudL

^^ «Chacun devait prouver, la validité de ses prétentions sur les serfs qu'il réclamait par le témoignage 4 de deux parens assez proches pour que leur degré de parenté pût rompre un mariage.

^^* L'évéque doit prouver par. le témoignage de trois prud'hommes compagnons d'aitm^^s,, son droit à, la grande dime de .Gazis et à celle de Sam , près du Heinxenberg.

^'* Razûns doit recevoij.de l'évéché l'intestiture de Safiien, de même

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droits ^^* furent adjugés à chacun des deux^ suivant les titres qu'il put produire ^^^. Nous ayons vu de grands monarques terminer leurs guerres avec d'aussi minces résultats et les renouveler avec la même ardeur; la commotion est plus forte^ le principe n'est pas plus noble.

La cinqt#me année Siprès cette campagne ^^''^,-rabbé Jean de Disentis ^t les communes dépendantes de l'abbaye, Ulrich de Razûns, ses frères et les gens de leurs juridictions, Albert de Sax, ses cousins à Misox et leurs gens sur le Rhin ^^^, dans le Lugnez, à Ilanz et dans l'arrondissement de Groub ^^, jurèrent avec les libres habitans de Glaris une alliance « qui deyait durer » autant que les montagnes et les vallées. » Ils promirent « de défendre mutuellement gens et pays, dans » toute l'étendue de leurë limites, comme il sied à » des braves. Dans Un péril commun^' ils prendront 9) les armes pour s'entre-sècourir avec toutes leurs » forces, sans solde : hors de là^ chaque partie laisse à » l'autre tous les gens de guerre dont il n'a pas besoin

qne de la chasse aux oiseaux, dans le comté qui dépend de Tété^hé , h moins qu'il ne l'ait reçue de TEmpire. -

^^ P. e. la chasse et les forêts , que le baron prétendait tenir de TEmpire , etc.

*^* A ce sujet des assises doivent être tenues à Domleschg, concluant les prétentions sur ce lieu et sur le territoire d'Oberhalbstein , et k Oberempten pour les prétentions de Raz&ns sur des terres sises hors de Domleschg et au-dessus de Flumswald.

s<7 Traité d'alliance, là mai 1400. Tsekadi. »

^* Qui avaient déjà leur sceau particulier.

^* Ce territoire entoure Ilanz ; c'est un enfoncement du sol où débouchent un grand nombre de Tallées , et où il peut y avoir eu un lac dans les temps les plua fivdIeRs. U est important pour le pa^rs , vu qae des possesseurs hostiles pourraient de là inquiéter plusieurs contrée» élevées, zs^ Grub ou Gruhe, foSsé, enfoncements G« M«

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