LIVRE II. CHAP. VU, 2* P
que l'imprudent abbé qui s'attira ce nouveau malheur fut hors d'état de faire quelque résistance militaire. Dix villes impériales des bords du lac de Constance et de la Souabè vdîsine ^^*, dont il était l'allié, envoyèrent à sa prière des députés vers les Appeilzellois» Le pays leur déclara loyalement sa bonne volonté de remplir des devoirs légitimes et sa rcisolution de ne pas souffrir l'audace et l'injustice. Les Appenzellois demandèrent « que l'abbé choisit ses » baillis d'entre des hommes du pays qu'ils lui propo- )) seraient ^^^. » Ils ne pouvaient pas souhaiter un article plus utile pour le bien général; si l'abbé l'eût accepté , ses successeurs auraient peut-être conservé jusqu'à ce jour la souveraineté du pays : les hommes les plus influens par la richesse , l'intelligence et le courage auraient évité de lui déplaire, afin d'obtenir les principaux emplois*; toute tyrannie eût cessé, parce que le peuple n'eût guère proposé des candidats oip^bles de se prêter à des mesures tyranniques. Les villes, à la diète de Ravensbourg, rejetèrent cette proposition ; elles cassèrent l'alliance des gens du pays ; du reste , elles promirent avec de belles paroles que l'abbé n'exigerait rien d'injuste ^^^. Les autorités des villes tenaient en général trop aux prérogatives du rang et à la domination, pour être favorables au peuple des campagnes. Ne reconnaît-on pas dans
*** Lindau, Bachfaora, Leutkirch, Imy, Kempten, Memmingen , Ueberlingen , Wangen , Kaven^N>arg et Constance.
'5^ Les articles sont dans ïfàUer ad 1400.
* Les Appeo^eUois .doivent se féliciter qtu? Tabbé n'ait pas raisonné de U sorte , car il est probable que , pour être élus par lui , leurs notables auraient mal défendu leurs droits. D. li. H.
'" Le prononcé se trouve en abrégé dans le même auteur. Ibid^
les événemens de TÂppenzeU ^ comme dans de plus grandes guerres, cette loi de la destinée : que lorsque la Providence a résolu d'affranchir une nation ou d'agrandir, un tyran , les gouvernemens, comme Roboam ^^"^^ préfèrent toujours les conseils les moins sages?
Les baillis de Tabbé rentrèrent pleins d orgueil et de ressentiment dans un pays où ils étaient détestés , opprimèrent le peuple ( à moins que de leur part tout ne parût insupportable ) , et jetèrent en prison ceux qu'ils regardaient comme les fauteurs du dernier mouvement. A cette époque , la ville de Saint-Gall^ qui entoure ral)baye, se plaignait amèrement de ce que l'abbé n'observait pas un traité auquel il avait consenti dans une situation embarrassante.
Conrad de Watt occupait cette même année la charge de bourgmestre à Saint-Gall et gouvernait avec un conseil de libres bourgeois ^^* d'après des lois que le premier magistrat lui-même ne transgressait pas impunément ^^. Le peuple était animé d'un esprit civique : nul n'osait refuser de servir la chose publique dans les emplois ^^^, ou se séparer de la cause commune pour un intérêt privé ^^^, ou arborer une Bannière pour
'*' 1 Rois XH.
358 ^ui serviteur d'un se%aeti^ ne pouvait y siéger. Ordonnance vers 1379 , dans HaUmeyer, chronique de Saint-Gall, p. 72.
'^^ Le bourgmestre Bilgeri Spyser fut exilé de la ville et des juridictions, pour cent et un ans , parce qu'il s'était laissé gagner par des présens, ainsi que pour d'autres motifs. Ibid p. 75.
S60 QqIhî qui avait juré de ne pas accepter un emploi devait quitter la Ville pour tout le temps qu'il avait juré. Ordonn.; ibid, p. 71.
"* Quiconque par un motif déloyal se lie avec un seigneur étranger, doit quitter la ville comme traître h la patrie. OrdonH,; ibid^ p. 72»