LIVRE 11. CHAP. VU, 2^ P
chiens. A la fin les deux partis convinrent de soumettre le cas à un arbitrage régulier; on nomma pour arbitre Jean Strôhlin^ ancien bourgmestre de la ville libre et impériale d'Ulm.
Ce fut moins par une plainte et une justification que par des négociations , auxquelles on recourt avec raison dans la plupart des arbitrages^ qu'on prépara le jugement. Prononcé à Ravensbourg par l'arbitre, il comprenait les dispositions suivantes : » Toute Tini- » mitié , toutes les contradictions qui ont régné entre » le prince-abbé et sa ville de Saint-Gall,. ainsi que son >j pays d'Appenzell, cessent dès ce jour. Que nul, quel » qu'il soit, ne s'avise de porter atteinte aux droits et » coutumes que les habitans de Saint-Gall et d'Appen- » zell ont hérités de leurs aieux ; eux , ils rempliront V leurs obligation^ envers l'abbé, conformément aux » traités. L'alliance de la ville de Saint-Gall avec six n villes voisines demeurera en pleine vigueur, comme M le prince-abbé a daigné le déclarer. Mais l'alliance » pour laquelle AppenzeU a prêté serment à Saint-Gall » est injuste, nulle et non avenue, abrogée et anéantie » atout jamais, et elle ne pourra point être renouvelée » sans l'expresse volonté du prince^*''. » Ce jugement donnait à l'abbé ce qu'il désirait^ le pouvoir d'empêcher que les peuplades dépendantes de l'abbaye ne formassent avec qui que ce fût ou entr'elles , dans Tinté* rêt de leur liberté, une alliance valide qui lui déplût. A la ville , il donnait ce dont elle avait besoin , une alliance avec les villes sans l'intervention desquelles l'abbé ne serait probablement pas resté maître dans son pays. Elle ^e soumit sans délai à la sentence ^^^.
3" Voy. les articles dans fVaUeVy 140Î , 2 novembre.
**• Haltmeyer est fort bref sur tout cela , et il ne fait pas même men-
Il n'en fut pas de même du peuple montagnard que personne n'avait consulté , soit que Ton connût son opiniâtreté, soit qu'on le dédaignât; rien encore n'avait révélé le caractère des Appenzellois. Pendant Tété les jeunes hommes avaient marché contre Coire lorsque Glaris vengea Tenlèvement de son bétail; ils étaient rentrés joyeux dans leurs foyers, louant fort la constitution des Suisses. Dans les premiers jours de l'hiver, des messagers de Saint-Gall apportèrent la sentence dans le pays. Les communes, silencieuses et attentives, écoutèrent les pr.emiers articles; mais lorsqu'on lut: « L'alliance des Saint-Gallois avec les villes impériales )) est confirmée, » et ensuite : « l'alliance des Appen- » zellois avec Saint-Gall est annulée, » les assîstans crièrent d'une commune voix : « Trahison ! » L'un d'eux , homme de cœur et d'un sens droit , parla aux messagers en ces mots : « Dites à vos maîtres que » nous, Appenzellois, refusons de nous soumettre à » ce jugement : nous et les Saint-Gallois avons prêté » serment à l'arbitre sur 4a base de l'égalité de droit, M et la sentence se fonde sur l'inégalité de droit. Vous » pouvez aussi dire à l'abbé que les Appenzellois devi- » nent ses intentions ; il veut nous opprimer ; autre- » ment , que lui en aurait-il coûté d'approuver notre » alliance? » Le peuple entier, plein de colère, se crut insulté et joué par les orgueilleux conseillers des villes souabes , et sentit qu'il ne méritait pas de pareils pro-
tion des choses les plus essentielles. On reconnaît , à cette réticence , la politique ordinaire des chroniques des villes ; les chroniqueurs slmaginaient qu'en fermant les yeux , ils empêcheraient les autres de voir ; ils n'avaient aucune idée de la grandeur morale qu'il y a dans un franc aveu des fautes commises ; leur silence prouve simplement l'impossibilité , du moins de leur part , d'alléguer une excuse.