‹ Histoire de la Confédération suisse (volume 2)Chapitre 39 sur 173 · LIVRE II. CHAP. VU, 2* P · texte numérisé non relu

LIVRE II. CHAP. VU, 2* P

doublée. Occupés de ce soin, les deux bourgmestres de Saint-Gall, Conrad de Watt et Walther Schûrpf, qui voyaient déjà l'honneur de cette journée perdu , furent tués par ceux avec lesquels ils auraient vaincu, s'ils avaient maintenu ralliance. Il ne servit de rien au sire de Blankenheim de compter une longue suite de nobles aïeux, ni au vigoureux ^^ Blaarer de porter une triple cuirasse. Dans toute la contrée , sur les hauteurs et à travers les plaines jusqu'à Notkersegk, même plus bas jusqu'à Jauchstalden s'enfuit, abandonnant les armes, dispersée par la terreur, et tomba de toutes parts ^^^ l'armée ennemie. A ce spectacle (car ses yeux pou-vaient le voir ) l'abbé Cuno trembla ; toute la ville s'émut, déplorant la guerre. Quatre bannières furent enlevées^**, et près de six cents cuirasses de fer conquises *.

"' Les cbroiiiqaes l'appellent « le Grvaà , » à cause de sa corpulence.

'*' Le nombre des morts est diversement indiqué : Tsehudi en compte 300 dbs villes et 60 des pays dépendans de l'abbaye; mais dans la liste qui suit , il ne s'en trouve que 940 des premiers , les 60 autres seraient donc compris dans le nombre de 500. BulUnger ne diffère d*avec Tscbudi que de 7 ; Hallm^er compte 196 on 210 morts des villes ; il n'en indique pas d'antres. Walser rapporte* qne quelques-uns évaluent la perte à 576 hommes , d'autres à 400, une chronique de l'abbaye 1^2,000. Si l'on a* pris 600 cuirasses, les nombres inférieurs à celui-là sont inexacts ; à supposer qu'il y eftt eu devant la viHeun camp, et qu'il eût été pris, on n'y aurait certainement pas laissé les cuirasses. Probablement les villes ne comprenaient dans les listes mortnaires que les bourgeois, et non les merœnaires ; on ne compta peut-être pas oenx dont les corps ne furent pas léclaméS'; maïs enterrés au champ de bataille, «s Les ennemis perdirent au uMMns 250 hommes, dont 15 bourgeois de Saint-Gall. Du c6té des vainqueui? il n^en périt pas un seul> et il n'y eut que trois blessés. ZeUwèger I, »hi, 542. C. M.

*** Constance, Ueberlingen , Lindau et Buchfaorn ; Haitmeyer est trop poli pour parler de cela.

* Les Appenxellois n'étaient que 200 hommes {Sehallhais, chronique de

Tandis que les fuyards se pressaient aux portes de la ville et que^ sortant des maisons , les femmes et les enfans cherchaient de leurs regards inquiets tin époux, un fils, un père, plus d'un citoyen exprima sa reconnaissance de ce que le souvenir de rancienne amitié; \:onservé par les Âppenzellois, lui avait sauvé la vie. Une femme, accouchée de Tavant-veille, reçut la aouvelle que Hartmann Ringgli, son mari, mortellement blessé dans le chemiji creux, avait été trouvé par les ennemis; qu'il avait supplié à chaudes larmes uti Appenzellois prêt à le tuer de le laisser vivre quelque^ instans afin qu'il pût voir sa femme uûe fois encore; que r Appenzellois attendri avait appelé -ses conapà^ gnons, qu'ils l'avaient transporté jusqu'auprès dé la ville où il attendait impatiemment qu'elle vînt le voir.^ Elle sortit en hâte , essuya par ses- baisers le sang de $e5 blessures ; lui , pressa la main de sa femme sur son cœur défaillant ; le lendemain il expira. Dès-lors elle accueillit ces Appenzellois dans sa maison toutes les fois qu'ils vinrent à la ville.

Constance ^l, 25, 26). Ce petit nombre, les SOO guerriers de Scliwyx, commandés par Arnold et Hector Réding, et les 200 Glaronnais composaient

toutes les f^ces qui devaient se mesurer avec une armée de 5,000 ennemis* « Mais les troupes auxiliaires étaient enflammées par la gloire de leurs » triomphes; les Appenzellois, par la pensée de la nécessité et parla » soif de la liberté ; entre la victoire et la mort ou l'esclavage , ils o© > pouvaient balancer. » Ce sont les paroles d'un vénérable Appeniellois» vétéran de la philanthropie suisse, "ilL, Jean Gaspard ZeUwéger, qui consacre une {partie des loisirs d'un âge avancé à la publication d'une»Hâ/<w^ du peuple AppentelU)is (Geschiehie des AppenteUischen Volkes, Trogen, 1830 — 1887 ). Cet ouvrage, dont il a paru 2 vol. de texte (le 5* s*iiBprime ) et 8 de chartes et documens, est un monument remarquable 0e soin, de recherches patientes et de véridique loyauté. Nous profiteroD» plus d'une fois de ce savant travail dans la suite du nôtre,'|Dur rhisloir^^ l^néralede la Suisse aussi bien que pour celle d'Appeniell. C 11.

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De la colline de Notkersegk le capitaine fit donner le ^gnal pour mettre un terme au carnage ; à l'instant iës soldats abandonnèrent la poursuite de Tennemi. -Beaucoup.d'entr'éux entraînés par leur ardeur belliqueuse auraient voulu profiter du désordre et de la consternation causés par la mort des deux ijourgmestres pour s'emparer de la ville de Saînt-Gall; mais la plupart, comprenant les dijfficultés de l'entreprise , restèrent maîtres d'eux-mêmes et modérèrent l'impétuosité de la jeunes^. Ils remontèrent dans leur pays, sauvé par leur bravoure , après s'être jetés à genoux sur le champ de bataille, « parce que Dieu leur avait accordé » de soutenir le premier combat pour la patrie, presque » sans perte *^, et glorieusement. » Telle fut Tissue du quinze mai, jour de la bataille du Speicher ^^^

Ce qui a le plus contribué aux victoires des anciens temps , c'est le mépris de Tennemi pour les montagnards sous le rapport de la tactique. Les avantages du sol et les puissans motifs qui portent à prendre les armes contre up pouvoir beaucoup plus arbitraire que le pouvoir ne Tétait alors dans un pays quelconque peuvent produire encore d'aussi glorieuses actions, surtout si, nous souvenant comment les Appenzellois presque sans armes résistèrent 5 la cavalerie, nous rie perdons pas courage, bien que l'éclat dont brille une place

*®*t Seulement 3 pu 8 ; }ç premier de ces chiflVcs dans Tscliudi, ou le secoiiddans fVatser, est une faute du copiste.

*•■ C'est le nom donné à la bataille. Pour décrire de semblables faits d'armes , nous avons comparé les chroniques ,. et nous les avons éclaireies l'ane par Tantre , et par la nature des lieux. Il serait trop long de justifier chaque détail ; mais ce que nous devons assurer, c'est qu'il n'y a pas une circonstandg', même la pins légère, qui ne repose sur des chroniques ou sur l'aspect des lieux, ou peut-être , mais rarement , sur la tradition.

de parade manque à nos campagnard». Ces dehors sont nécessaires et importans dans les armées des princes ^^^ ; jnais il est inutile et déraisonnable de tourmen* ter pour cela les habitons de nos campagnes i l'enthousiasme dans une guerre pour la liberté et la patrie n'a pas besoin d'étalage.

Saint-Gall^ ne connaissant pas mieux après la victoire les sentimens des Âppenzellois qu'elle ne soup^ connaît avant la présence d'esprit qu'ils déployèrent dans la bataille, craignit quelque embuscade dirigée contre les troupes qui se retiraient^ ou contre les bourgeois mêmes. On se rendit donc en hâte sur le mont Berneck, poUr couper la forêt où ils auraient pu se cacher. Lorsque des hauteurs on vit que les bannières ennemies quittaient le pays, les Appenzellois remercièrent les^ hommes de Schwyz et de Glaris pour leur secours , et partagèrent avec eux le butin. Ceux-ci proclamèrent avec joie dans leurs cantons la gloire des Appenzellois ; le pays de Schwyz se réjouit d'avoir pour combourgeois ces vaillans amis de la lil)erté.

Les Appenzellois ne doutèrent point que Ctmo ne recommençât la guerre au plus tôt , avec les mêmes auxiliaires ou avec d'autres. Ils profitèrent eu conséquence du moment favorable pour détruire les châteaux forts à Clanx , dans la Schwendi et près de Hérisau ^ afin que personne ne put se retrancher dans leur pays pour y exercer un pouvoir tyrannique. Les habitans de la Schwendi ont conservé jusqu'à ce jour le droit de donner dans la landsgemeinde le premier suf-

''^^ Sans épauleltes et sans uniformes bien des gens ne serviraient pas; ou bien ils montreraient une humeur moins martiale , si Teikéricur ne je» distinguait pas et ne rappelait pas leur profession.

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