LIVRE II. CHAP. vn, 2* P
Saint--GaU n'ayant plus rien à redouter de ce côté, Appenzell ne se laissa point détourner par l'hiver de porter secours au peuple de Schwyz, afin de lui témoigner de la reconnaissance pour sa chaleureuse amitié. Vers Noël, quatre cents Appenzellois avec leurs alliés de Saint-Gall traversèrent paisiblement le Tokenbourg et le Gaster^ passèrent la Linth à Grynau, et se rendirent maîtres de la vallée de Waegi et de la Marche inférieure; celle-ci se compose de grands villages vers le haut du lac de Zurich, fertile pays de collines, qui présente plus d'un avantage dans les guerres contre Glaris ou contre Schwyz. La Marche, abjurant la souveraineté de l'Autriche , leur prêta sans résistance serment de fidélité ; ils la donnèrent au peuple de Schwyz parce qu'il avait bien présumé d'eux. Gela eut Ueu contre le gré d'autres Confédérés, qui craignaient peut-être que la combourgeoisie de Schwyz et d' Appenzell ne suscitât une guerre de la part de l'Autriche ^'^ : en qualité d'allié de l'abbé de Saint-Gall , le duc ne leur paraissait pas faire aux Appenzellois un© guerre injuste. En ce qui concernait la combourgeoisie ainsi que la prise de possession de la Marche , ils étaient disposés à offrir à l'Autriche , conformément aux articles de la paix de vingt ans , de se soum#ttre à une procédure régulière*^*. Schwyz s'y
fois le titre de comtes ; noas avons vu, dans le premier chap. de ce llsve, Ëberhard en qualité de baillî impériat.
*" he bourgmestre, les conseils , tribuns et 200 de Zurich déclarèrent, en 1^03 , qne Schwyz avait reçu les Appentellois comme confédérés sans le GonseAfcment des aulies, que cela avait causé de Tinquiétude^ et pou* vait susciter bien des embarras; qu'en conséquence les CU}nfédérés a.Yaien( décidé uiuinimement de ne conseiller ni ne soutenir Schwyz dans cette affaire, excepté en ce que les traités d'alliance ordonnaient d'observer sous la garantie de corps et biens.
''*'' Les mêmes, 1^03 : Le bourgmestre Henri Meyss» en qualité d'acbiUro»
118 HISTOIRE DE LA SUISSE. [uoe]
refusa^ disant : « Que le duc et l'abbé aient formé » entr'eux une alliance^ que ce soit en quelque sorte » une conjuration de deux seigneurs contre les sujets ^ » afin que Tabbé puisse d'autant plus facilement les » tyranniser^ cela peut être indifférent à la Confédéra- » tion suisse ; cette alliance n'est point mentionnée dans » le traité de paix. Nous avons eu le droit de former » notre combourgeoisie , puisque les Appenzeflois n'ont » jamais appartenu à l'Autriche. Quant à la Marche^ » nous n'avons point de compte à rendre ; les Appen- » zellois s'en sont emparés ; ils sauront répondre aux >) ducs à ce sujet* » Dès ce jour, Schwyz gouverna la Marche près de quatre cents ans. Les Appenzellois retournèrent chez eux. Une seule fois Frédéric de Tokenbourg , aidé de quelques mercenaires , tenta inutilement de faire une irruption dans leur pays ; le reste du temps de son commandement se passa dans une inaction totale ; l'argent et la bonne volonté du peuple lui manquaient. Mais ceux que peu auparavant tout bailli traitait avec insolence , victorieux au Speicher , victorieux au Stoss et à la Wolfshalde, jouirent dans toute la Thurgovie d'un grand renom , à titre de peuple magnanime, audacieux et rude quand on lui résistait , paternel dès qu'on traitait avec lui sur le pied de l'égalité naturelle.
L'an 1406, quand vint la saison où Ton entre en campagne, les Appenzellois et les Saint-Gallois, cédant à la prière de leur ami le comte de Werdenberg , passerai avec lui le Rhin , pour tirer vengeance du comte Guillaume de Brégenz , de la maison de Montfort ,
doit donner audience aux deux partis , conformément au traité de pair. Sur ^405 f voy. TtehuM,