LIVRE Ï\U CHAP. I
on s'habitue à remonter des effets sensibles à leur invisible auteur. Secondement , le devoir de conserver pum certaines traditions paternelles^ dont les vestiges subsistent sur le globe entier chez les nations qui ne sont pas tombées dans une complète barbarie. Troisièmement^ le soin des sacrifices^ ou la pratique sacrée des rites symboliques , institués par les aïeux pour consolider le souvenir de ces mêmes traditions. Quatrièmement, la médecine et la jurisprudence, ou la bienfaisante application de la connaissance plus approfondie de Dieu , de la nature et des hommes , puisée dans la méditation habituelle, dans le souvenir des pères et dans une expérience variée. Ordinairement Vautorité sociale se partageait entre les prêtres et les guerriers : les premiers suffisaient pour l'homme de bien paisible ; le vice audacieux et la violence étrangère exigeaient d'autres armes. Quand, par une propagation que rien n'entravait , les tribus devinrent des peuples, en sorte que les hommes se dispersèrent et se trouvèrent séparés par des déserts, de hautes montagnes^ de grands fleuves et des mers, leur état moral empira de diverses manières par deux causes.
La première agissait dans le cœur de l'homme^ Dans la société primitive chaque genre d'occupation était dé* volu à certaines familles. Quoique cette organisation eût été dissoute par les circonstances qui accompagnent presque toujours de nouveaux établissemens , il arriva inévitablement que chaque classe , de quelqij^s personnes qu'elle se composât, eut son esprit à elle; la nature et le caractère de nos occupations journalières imprioient dans 4K>tre âme un sceau ineffaçable. Les prêtres, par exemple, habitués à se présenter comme les organes des ordres de Dieu, des oracles de l'anti-»-
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quitë et des maximes d'une haute sagesse , voulurent partout dominer ^ , et , dans ce but, inhabiles aux armes; se concertèrent avec les gouvememens. Dans Ij^aucoup de lieux les familles régnantes s'étaient arrogé la dignité sacerdoUde^. Il eu résulta que la religion sur la» quelle tout s'appuyait dans l'origine devint la servante de la politique i toute vérité haute, universelle, l'esprit en un mot, fut négligé, et l'on oublia fréquemment les vrais besoins de l'humanité ; l'on ne consulta plus que les vues du pouvoir gouvernemental, et l'on unit si intimement la morale et la religion à la constitution de l'État qu'elles devaient se soutenir ou tomber ensemble*. Aussi même des sages ne voyaient-ils dans la religion qu'une invention politique, et les passions des grands et de leurs adhérens ne connaissaient-elles pas de frein.
* Je ne dis point 'ceci à titre de reproche; tout dépend de l'usage ào pouvoir , de ses rapports avec les besoins du peuple , dn plas ou moins de facilité à dégénérer. Il me semble qu'on pourrait avec une égale justice demander « Quel bien » et
• Quel mal s'est accompli que n'aient pas fait les prêtres ? »
vn que leur influence sur le genre humain a été immense*
* Â Lacédémone , dans Athènes , à Rome , où , après l'abolition de la royauté, il resta des rois des sacrifices. = « Quia quaedam publica » sacra per ipsos reges factitata erant, ne ubiubi regum desiderium esset, n regém êocrifieutum créant. » T. Llv, II. 2. Rex saerorum dans un fragment d'inscription rapporté par Gruter, p. cf3Lxuvu, nu m. 8. CM.
^ Il n'y a jamais eu de religion plus locale, plus complètement calculée pour un peuple que la religion mosaïque; quoiqu'elle parlât beaucoup aux sens , elle subsista néanmoins ( chose merveilleuse ! ) en tout lieu , en tout temps. «=/ JLies motifs de l'ensemble et de chacun des èlé» mens de la législation mosaïque ont été admirablement développés dans un ouvrage profond de science et de méditation , qui mériterait d'èlre traduit dans l'intérêt des études de religion et d'histoire^ tout comme dans celui de la philosophie du droit positif; c'est* le livre de Michaé^ sur le Droit mosaïque t Johann David MuhaelU Moêwscktt Becht, 6 voK in-8» 4793. C M.