‹ Histoire de la Confédération suisse (volume 2)Chapitre 67 sur 173 · LIVRE III. CHAP. I · texte numérisé non relu

LIVRE III. CHAP. I

rieures tirent tout leur prix devant Dieu des mouvemens spontanés du cœur ; ils se mêlèrent surtout d'une multitude d'affaires humaines auxquelles le fondateur du christianisme laissa leur cours naturel. Alors éclatèrent Tenvie et ]a haine, suites de l'ambition ; aux yeux du monde et de sa propre conscience on les déguisait ordinairement en un saint zèle^ ardent à combattre les erreurs concernant les mystères que Jésus même à déclarés insondaUes. Si l'on examine à la lumière de l'Évangile ces faits , l'alliance bientôt reiu^uvelée du pouvoir politique et de l'autorité sacerdotale, les lois civiles statuées contre certains croyans, et si Ton considère l'influence de ces choses sur la société, l'on se couvain* cra que dans l'appréciation des formes du gouvernement de l'Église on doit prendre pour règle les principes de la politique et non certains préceptes personnels aux Apôtresi, ni les vérités immuables de la religion chrétienne ^^ , exclusivement destinée à déterminer les rapports de Dieu avec notre cœur. Le Christ n'a rien statué à cet égard ^^, si ce n'est que les droits de tous

*' Bien des préceptes (Matth. y et ailleurs) sont des lois de la conscience, telles qu'un honnête homme sfen prescrit beaucoup , mais qui par leur nature même ne peuvent être établies dans un État avec le caractère obligatoire de la loi civile. Vérité et liberté, notre religion ne connaît pas d'autre loi; l'organisation de FÉtat ne doit les entraver ni Tune ni l'autre , voilà tout. Le choix et la forme des moyens propres à les établir varient suivant les besoins de chaque siècle et les directions de l'histoire.

*^ Ce qui fut ordonné aux Apôtres pour qu'ils pussent remplir leurs fonctions ne devait pas faire loi pour le ci-devant banc des évéques à la diète de Batisbonne ou pour te pape ; autrement^ il faudrait aussi dire qu'il ne doit point y avoir de rois parmi les chrétiens à cause de ces paroles de Jésus-Christ : « Les rois des nations les traitent avec empire , et ceux • qui ont autorité sur elles en sont appelés les bienfaiteurs. Qu'il n'en soit » pas de même parmi vous? » {Luc. xxii, 25.)Voy. sur ces points n. ^iO.

doiveut être respectés ^^. Quant au titre du droit, qu'en tous pays , dès Torigine du monde ^ h sagesse et le oourage ont assigné tour à tourna un seul> à plusieurs^ à tous^ Jésus ne décide rien; il se borne à recommander le développement des forces qui sont en nous et leur divin usage.

Lorsque les peuples du Nord > &ux prises avec les constitutions des plus beaux pays de l'Europe^ taintôt les brisèrent avec rudesse, tantôt les embrouillèrent et les affaiblirent, tout l'Occident fut en péril de subir la barbarie au sein de laquelle , sous le sceptre turc , tout ce que Tancienne Grèce et l'Asie nous ont légué de grand, de bon et de beau, a disparu ou dépérit de jour en jour. Mais les évêquea et les autres chefs de l'Êgli^i garantis par leur dignité, surent opposer aux géarn du Nord , enfans en intelligence, une barrière morale^ des idées adaptées à Leur esprit* Us n'eussent pas mieux réussi que les prélats grecs, si, divisés sous quatre jj^triarches, ils eussent vu leur cercle d'activité rétréci par l'islamisme* L'histoire primitive du pape de Rome est aussi obscure , aussi incomplète que le commencement des annales de l'ancienne république romaine , puisqu'on ne sait guère autre chose des premiers pa^ pes, sinon qu'ils répandirent leur sang pour la foi; comme Décius pour la patrie. Mais ces pontifes, arec la même présence d'esprit que le vieux sénat , profité-* rent de toutes les occasions de rendre leur siège indépendant, de faire respecter universellement leur puissance dans la hiérarchie occidentale, et d'étendre leur sphère d'action au-delà des limites de l'ancien Est*pire , au-dessus des débris de la religion du Nord.

'^ Miifith, XXII, Si, ni plus nimoÎDS («r Rendcià César elc« »)<

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Ainsi ceux-^là mêmes qui se montraient peu disposés à honorer le Christ durent donc au moins craindre le pape^ et au milieu du démembrement des nouveaux royaumes en une multitude de seigneuries y toute une partie du monde conserva une seule religion et la suprématie d'un se\{l éyèque. Toutes les lumières actuelles dont les hienfaits ne nous réjouissent pas seuls^ comme si nous éti<His chinois ^^^ mais qui^ grâce à l'esprit entreprenant des Européens^ s'étendent sur toutes les parties du monde, proviennent de ce que^ à la chute de l'Empire ^ il y eut une hiérarchie dominante. Grâce à cette hiérarchie , l'esprit de l'Europe septentrionale y misérablement emprisonné dans un cercle étroit d'idées, reçut, ppiir ainsi dire, de 1^^ religioi^ chrétienne une commotion électrique qui l'émuti^ le vivifia, et, après Une longue et merveilleuse lutte d'obstacles et de moyens d'avancement, l'éleva à cette hauteur que nous admirons. Un livre fut donné aux hommes , la Bible , qui par l'hifinie richesse de ses grandes idées suiSt pour empêcher la dernière étincelle de la connaissance de la vérité et de la morale de s'éteindre et pour en tirer après des siècles une flamme qui éclaire le monde : le clergé veillait à la conservation de ce livre ; il l'a répandu parmi nos pères ; aucune classe d'hommes n'a jamais autant influé sur toutes les autres que les prêtres, ne fût-ce que par ce moyen.

Jusqu'au commencement du xiv^ siècle, la hiérarchie fleurit au sein d'une puissance, presque inattaquée. Cependant l'Italie et Rome avaient été arrachées aux

** Qui ne sortent presque pas de leur pa^ ; c'est pour cela que Gonfoans calcula tout pour eux et fut comme non avenu pour les antres peuples.

empereurs de Gonstantinople ^ aux rois et aux princes lombards par les armes des Franks et des Normands : le pape, fort de l'ascendant de la foi, s*était servi de ces deux nations pour accomplir ses desseins. Ensuite, uni à des princes^ d'Empire contre des Empereurs qui régnaient sur l'Allemagne avec w^ pouvoir dangereux pour la liberté générale de l'Europe, il les avait renversés , et en Italie avait soutenu les grands contre eux et les bourgeois contre la noblesse. Boniface VIU tint avec une extraordinaire autorité l'épée spirituelle et temporelle. Ni roi ni empereur n'était aussi éminent par la puissance, l'héroïsme et l'esprit qu'autrefois les empereurs Henri et Frédéric, qui combattirent sans succès le pouvoir papal encore mal affermi. Le temps, la croyance universelle , l'inquisition , beaucoup d'ordres nouveaux l'avaient dès-lors consolidé. Mais sous 3oniface le trône pontifical fut ébranlé ; dès ce moment il chancela et déchut sensiblement. Le pape, comme presque tous les monarques malheureux, devait accuser de ce déclin, non le temps ^ mais le peudmtelligence qu'il en avait eu.

Depuis que-par les croisades, par le développement des bourgeoisies et par des guerres continuelles la vieille noblesse eut de plus en plus perdu de son nombre, de sa puissance , de sa richesse , l'autorité royale , surtout en France et après la coniquête de la Normandie, avait grandi. N'avons-nous pas vu Albert, roi des Allemands, ses fils et ses descendans, à l'aide d'impôts extraordinaires, lever des soldats et gouverner selon d'autres principes que leurs ancêtres ? Les rois , plus puisSfans au milieu du peuple, plus attentifs à l'argent qui affluait vers Rome , se montrèrent jaloux de leurs: droits et impatiens des empiètemens du pouvoir hié-^

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