‹ Histoire de la Confédération suisse (volume 2)Chapitre 68 sur 173 · LIVRE m. CHAP. I · texte numérisé non relu

LIVRE m. CHAP. I

rarchique. Ces principes trouvèrent un appui dans la littérature naissante. Le germe de connaissances que l'empereur Frédéric II emprunta de l'antiquité gre©que et romaine et des écoles des Arabes, et qu'il s'efforça de semer dans les esprits de ses contemporains, porta des fruits de deux espèces. Dans les universi-* tés on enseignd une métaphysique inintelligible , mais qui exerça les esprits à la méditation. D'autres, plus familiarisés avec les anciens, se servirent des langues vulgaires, perfectioanées surtout par leurs écrits^'', pour répandre parmi la noblesse et la classe moyenne une foule d'idées nouvelles sur toutes les sortes de li-*bertés et sur une sage jouissance de la vie. La spirituelle raillerie et TafFranchissement de certains devoirs onéreux charmaient le^ grands; le peuple prenait plaisir à entendre le» ordres mendians censurer l'immoralité de la cour de Rome; car les papes oublièrent la dignité qu'ils S'étaient arrogée de vicaires du seul homme qui ait donné l'exemple de la parfaite sainteté ; on négligea le fondement de l'autorité dont le clergé avait joui jusqu'alors^ La supériorité des lumières avait fait des conquérans barbares leurs disciples; mais ils se laissèrent si bien gagner eux-mêmes par la barbarie dominante, que les progrés de l'esprit humain échappèrent à leurs regards, et qu'ils armèrent leur bras pour tenter, mais en vain , d'arrêter la marche de la nature^ loi de Dieu. Si les papes avaient perfectionné renseignement religieux selon les temps , soutenu et gagné les hommes les plus influens sur l'opinion universelle par la supériorité de leur génie, concouru chez tous les peuples à la conservation de ce qu'on possédait

*^ Surtoul Dante , Pétrarque et Bocace.

de liberté^ ils auraient maintenu ou fait regretter leur ancienne considération. Mais lorsque les Européens occidentaux passèrent de leur enfance intellectuelle à l'adolescence , leurs maîtres restèrent en ârrtére et voulurent encore se servir de la férule.

Heureusement , malgré ces fautes et beaucoup d'autres que nous signalerons bientôt, la hiérarchie ne déclina pas ccmiplétement. De la même manière à peu prés, et dans les mêmes années^ chez les disciples de Maîiomét, l'émir el-Émunjm *^ descendit au rang de simple chapelain du sultan d'Egypte jusqu'à ce qu'à la fin il plut à l'empereur turc de réunir dans sa personne la suprême autorité spirituelle et temporelle (1 538). Lorsqu'on Orient la voix de la liberté eut été réduite au plus absolu silence *^, et que nul n'osait plus, même au nom de Dieti et du prophète , porter la vérité devant le trône, que devint l'Empire ? Que furent les janissaires potir le padisha^^, les pachas pour les provinces ?. Le puissant empire des Ottomans se meurt de la peste du despotisme *. Quand on a l'habitude, en étudiant l'histoire universelle, de s'élever des petites causes de chaque événement aux vues d'ensemble, on pourrait crmre qu'en Occident, dès le xiv* siècle, le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel dont il disposait déchu* Irent, à la vérité, parce qu'ils ne s'employèrent pas au

** Prince des croyans. Le a^cccssêar immédiat du prophète fut le seul qui ne porta que le titre de Calife.

*' Auparavant il existait beaucoup d'aristocraties ; ou du moins un conseil de nobles , tels que les Dsaîsanges, siégeait auprès du prince.

•• Titre de l'empereur turc.

* Mahmoud et MéhémetAU introduisent dans leurs États des insti*' tutions européennes auxquelles s'attachent des principes salutaires de civilisation ^t de liberté, comme aux ballots de Turquie et d'Egypte, des principes pestilentiels. G. M.

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