LIVRE II. CHAP. VII, 2* P
» Nobles sires, je n'ignore pas les motifs pour lesquels ))je pourrais démander le délai du combat ^^ dans le- )) quel je soutiendrai cette parok, afin que nous pusn sions purifier nos âmes devant Dieu, éprouver si nos » membres sont sains et préparer nos courtiers pour » le combat et Farmure. Que celui-là demande un » délai, qui ne sait pas quelles divisions excite une » semblable querelle, ou qui ne s'inquiète pas de rui- }) ner le pays et le peuple de notre jeune prince. Je » désire que notre inimitié cause le moins de mal » possible; je ne crains personne et je suis prêt à comn battre demain ou à l'instant même, mais devant vous » seuls, nobles chevaliers, et non dans le Pays-de- )) \aud ^ où ils me baissent sans sujet. Je le répète » donc sans bésiter, mon accusateur ment. Mon inno- » cence n'a-t-elle pas, après un sévère examen, été re- » connue et proclamée par le plus grand et le plus no- » ble roi de la chrétienté, le roi de France, par le duc )) de Bourgogne et par tous les princes de la maison » royale? Je suis dans ma soixantième année; vous, » les amis de ma jeunesse et mes compagnons d'armes, )) qui m'avez vu à la cour, à la campagne ^ et dans » ces dernières années à Dijon, à Lyon, à Gbambéry, » avec qui j'ai vécu, je m'adresse à vous, rendez té- » moignage : avez-vous jamais trouvé dans Otton de )) Grandson quelque cbose qui fût indigne de lui et » qui autorisât de tels soupçons contre sa personne?
** Cette question fat alors examinée « parce qu'on avait dit « que les » faits de Messieurs les Princes n'admettent pas de délai, et pour ce, ne » tient pas en Tappellant de prendre nulle dilation, mais lient au juge,
• et pour ce que j'ai dît (Otton de Grandson) que là où le juge et le dé- » fendant serait d'accord , etc. » Mais les chevaliers prononcèrent « que
• le défendant par nécessité requiert 40 jours de dilation. »
» Je m'adresse à vous, nobles de Savoie, « appartenans » de lignage » de la maison régnante ou ses vassaux, » vous que lesr aiiciëAS comtes ont honorés et agrandis » par des présens et des emplois, commet se peutF-il, » si un pareil forfait a été commis, que vous laissiez » à cet Estavayer le soin de venger votre suzerain? » Mais je le sais ; je connais ceux qui Tout excité à j) cette accusation ; ce sont des lâches ; si elle est fon- » dée, que ne combattent-ils eux-mêmes? Ils savaient » que cet homme est « nécessiteux et plein de convoi- » tise et mal avisé ^^ ; » ils lui ont promis une somme^ » et il fait aveuglémeat leur volonté ; tant pis pour lui^ » tant mieux pour moi. » Alors le comte Amé consulta sur les lois du duel des hommes expérimentés et sages, seigneurs de la noblesse, conseillers d'£tat et jurisconsultes^^. Â la fin il se leva, s'inclina devant Dieu, se signa et dit : « Au nom du Père, du Fils et du Saint- » Esprit, Amen. Nous voulons et jugeons par notre » présente sentence, priant Dieu de soutenir la cause » juste, que la loi du duel soit suivie et qu'elle déci- » de ^^ entre l'accusateur et l'accusé; que chacun fasse » son devoir et que Dieu manifeste la vérité ! » Après qu'un acte eut été adressé au Pays-de-Vaud pour maintenir ses usages , le jugement de Dieu fut fixé à Bourg en Bresse , le 7 août ; les deux combattans devaient comparaître devant Amé et sa cour dans les
** Ce qaî a été dit cî-dessos des richesses de sa maison est vrai de ses pères et de la ligne prîncîpaLe : les biens avaient été sonvent divisés.
*' D'après la sentence citée n« 40, le délai fut ordonné, quoique Otton «e le demandât pas. Pendant ce temps l'enquête eut lieu, et Ton s'a- •dressa, pour cet eflét, même à4es gentilshommes et à des aavans étrangers*
A* « Que gage de bataille s^it et se Asse. «