‹ Histoire de la Confédération suisse (volume 2)Chapitre 70 sur 173 · LIVRE lîl. CHAP, I · texte numérisé non relu

LIVRE lîl. CHAP, I

du désordre. Au milieu de ces convulsions on détrôna Wenceslas, roi des Allemands ; le roi de France, Charles VI, tomba dans la démence; Richard, roi d'Angleterre; fils du prince Noir, du vainqueur de Poitiers, le plus beau, le plus magnifique des monarques de son temps, périt dans les tourmens de la faim, ou fut terrassé et assassiné après une violente 'résistance ^^;. la Suéde perdit son antique indépendance ; Bajazet, sultaa des Turcs ottomans , à la suite de la bataille de Nico-^ polis, menaçait toute la chrétienté, lorsque peu après, non-seulement Tempire ottoman, mais l'Asie, depuis les frontières de la Chine jusqu'à Smyrne, fut ébranlée par l'armée de Timur (Tamerlan) le Mongol. L'inimitié mortelle entre les maisons de Bourgogne et d'Orléans, qui conduisit la France au bord d'un abime, les guerrea des deux Roses, la longue lutte nationale entre le Danemark et la Suède, les troubles de FAIl^mi^lie plu» grands peut-être que jamais, la destruction de l'empire grec, et les effets de toutes ces causes, plus vastes que

** Fin high ifae sparklinj; bowl,

The rich repast prépare ; Beft of a crown , he yet may share the feast : Glofte by tbe regal chair Fell tbirst and famine scowl A baleful smile upon their baffled gnest.

Ainsi cbante Thomas Gray, àon-seulenient un des plus grands* lyrique» de tontes les époques, mai^ encore scrutateur exact de la vérité; il a écrit ceci d'après le manifeste des lords, conjurés contre le roi, et rejeté Faatre rapport mentionné ci-dessus. Mous possédons celui-ci dans le t* I des Noticetr et extrtûis dat Mse. de la bibL du Roi, coQeclion dign» d'être imitée. Là , Tauteur du crime , Pierre d'Ëxton, est saisi de terreur ; il se jette dése^éré sur le cadkvre et s*écrie : « Qu*avon6-nous • faîl? Il a été durant viBgt-deax;. ans notre maître. J*ai perdu mon m honneur. » Cette manifestation fevA afoir engagé les lords à taire \% genre de mQrt dans leur manifeste.

les causes mêmes-, commencement d'une ère nouvelle, se préparaient au milieu des agitations violentes de ce siècle grandiose d'une liberté encore sauvage.

Tandis que des rives du Tibre et du Rhône se croisalent chez tous les peuples les foudres sacrées et les bénédictions, bien des hommes loyaux et savans, surtout maitre Henri de Hesse à Vienne , en France Pierre d'Ailly, Jean Charlier de Gerson et Nicolas de Clémangis, animés d'un zèle ardent, élevèrent dans lears écrits et dans leurs discours une voix éloquente contre les abus de l'Église chrétienne. On eût dit qu'ébranlé jusque dans ses fondemens par la durée et l'intensité dé cette c(>mmoti(»i extraordinaire, l'édifice de la hiérarchie, vieux de plus de mille ans, montrait sa caducité tout à la fois par cent lézardes , tant retentirent dans toutes les contrées de l'Église occidentale des cris unanimes demandant une réforme.

Trente et un ans après l'origine du schisme ^, les eardiiiaux , dans un concile tenu à Pise, déposèrent les papes et firent choix d'Alexandre V, Candiote, grâce surtout à l'ascendant du cardinal Baldassare Cossa, homme habile et audacieux ^^ dans le bien et le mal, mais à qui manquait, pour la restauration de l'Église, la dignité de la vertu. Benoit XIII, autrefois Pierre Lussa, et Grégoire XII , Angelo Cornaro, les deux antipapes, refiisèi'ent obéissance au concile de Pise ; le schisme s'élargit. A la favetir'de ces circonstances, Ladislas, roi de Naples, s'empara de Rome. Cossa^ sous le nom de Jean XXIII , successeur d'Alexandre, ne put résister

13 À dater de iB18, année de la iport de Grégoîijç XL

^^ *^ « Praecipaae animosiutî» et cipcrilbspectioniâ vir. • Delayfo^ dans ta Chronique du margrave Nicolas d'Ësfe.

. LIVRE ni. €HAP. I» ,181

à Tannée du roi^ forte et bien commandée. La Marché d'Àncôneaussi, la campagne de Rome, le patrimoine de Samt-Pierre passèrent sous la domination de Naples* Le jeune Ladislas^ un des héros qui avec une plus longue vie et dans des circonstances aussi fav(»rable$ au*' rait soumis l'Italie au pouvoir d'un seul^ poursuivit en vainqueur le pape fugitif. Jean, excommunié par des antipapes, rejeté par une partie de l'Église , sans appui de la part de la France désorganisée, arriva dans ^a fuite, environné d'ennemis, à Bologne, au mom^ où le roi Sigismond entrait dans la Lombardie»

S jgismond portait le titre de roi des Allemands ; mais depuis long-temps le pouvoir était partagé entre les États impériaux. Four le rétablir, il fallait un César *; l'Allemagne n'était pas mûre. La chrétienté attendait du roi des Allemands des entre[Mrises hardies pour, le rétablissement des affaires de l'Église, dont il s'appe^ Jâit le protecteur; et. bien qu'alors aucun monarque étranger n'exerçât quelque pouvoir sur l'Italie, le successeur d'Otton-le-Grand conservait le nom de roi. de l\ome. Sigismond, rempli de boune volonté , entreprit le voyage d'Italie ; pour une expédition , il manquait d'hommes et d'argent. Venise avait appris à connaître sa faiblesse, alors qu'en Dalmatie il ne put arrêter les armes de cette république. Arrivé à Goire en Rhétie, il avait cherché par des louanges et de» flatteries à obtenir des Confédérés suisses un secours extraordinaire contre Philippe Marie Visconti, duc de Milan. Quelque bien disposés que fussent généralement les esprits , du moins dans les villes ^^, la diète assemblée à Lucei^ne trouva qu'une victoire incertaine, indifférente pour la

^^ Protocole numiclpaL de Zurich, iAi3 : « OntépQAdra att HOÎ ComA^

Puisse, remportée sur un prince ayquel en succéderait 1M1 autre ^ ne valait pas qu'elle sacrifiât son arge^J^et son peuple ; elle permît aux volontaires ^^ de suivre les bannières du roi. Sigismond passa l'Adula et descendit -par MasoQL; A Bellinzone il ti*ouva les députés de la iSuisse et i6O0 ^'^ mercenaires ; Wischard , baron de Rarogne , d'une très-ancienne famille rhétienne , et qui prétendait avoir été l'un dés quatre grands barons d'Empire ^^, commandant des troupes du Valais, riche jet vaillant seigneur, se rendit par le Simplon avec cent cavaliers et six cents fantassins ^® auprès du roi. Sigismond manquait d'argent pour payer *^ ces hommes et de courage pour les animer à chercher sous ses ordres leur solde chez les ennemis. Cependant ils le suivirent jusqu'à Trezzo. Mais là, voyant que le prince entamait des négociations avec Philippe, ils ne jugèrent pas à propos d'en être simples témoins à leurs frais, et d'endurer de k part de la noblesse allemande des pro- -cédés hautains; ils rentrèrent dans leur pays; toutefois, Rarogne ne retourna qu'après avoir fait une dé^ pense de sept mille ducats. Le roi séjourna long-temps à Como et vit ensuite à Lodi le cardinal Antoine de

Bàle et Solenre , si les Gantons refasent. • Ces deux Tilles et Bâle accompagnèrent le roi Ruprecht Voy. Haffner, t. II, p. 141, ad an. 1401.

^ « On laissa volonliers partir les jennes gens tarbulens, à 11100- » nenr de Sa Grâce royale. » SêkodHer.

'^ Plusieurs n'en indiquent t}ue 400 ; ce nombre n'a pas la vraisemblance pour lui , vu qu'on accourait de tontes parts et que le goût de la guerre était général.

*' Minster, CaamûgntfihU,^. h99^

>' Tsehudi, Sehodeltt et d'autres comptent 400 cavaliers et settlemeot 800 fantassins.

*® « On devait leur donner une solde , mais le roi ne possédait nulle ri part de l'aigenl. * ^éKodûUr,

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Challafit^ frère de l'évéque de Lausanne , et Fran-. cesco Zabarella^ cardinal de Florence et légat de Jean XXIII. Il s'entendit avec eux pour la convocation d'un concile écuménique. Il vit à Lodi leur seigneur et les envoyés de Grégoire et de Benoit *^ Après de longs pourparlers, et d'abord contre le gré du pape^ on choisit pour la réunion du concile la vitte de Constance, située^ pensait-on, au centre de la chrétienté de FEurope occidentale, dans une contrée fertile de la Souabe et dans une belle plaine à l'endroit où le Rhin coule d'un des plus grands lacs de l'Europe méridio^ nale dans le lac de Zelle.

Tandis que cette assemblée, une des plus considérables et des plus solennelles qu'on ait jamais vues sur le globe, était annoncée dans toute la chrétienté *^, le roi retournait en Allemagne par la cité d'Aoste et par le Saint-Bernard. A Romont, dans le Pays*de-Vaud % il trouva des députés de Berne chargés de l'inviter à passer par cette ville. Auprè,s de lui étaient le comte Amë de Savoie et le margrave Théodore de MontC^rrat, arrière -petit -fils de l'empereur de Constantiaople,

** Tiré de la Fie du pape Jean , d'après un vienx manuscrit du Vatican, dans Murât ^ Scr. R, J. t. III, p. 2. On lit dans un manuscrit de Vienne qu'il envoya Tarchevêque André de Golocza (plus tard administrateur à Sion) vers Grégoire XII; mais que ce vieilUnl sut prudemment ( « satis provide » ) refuser cette mission, ^igismond promit à Grégoire 2,000 florins par mois pour toute la duréç du concile , et les conseillers de Malatesta , auprès duquel il était , pensaient qu'il pouvait se contenter à moins. Mais il resta dans Rimini.

*^ Kous passons sous silence ce qui dans les proclamations et dans les négociations concerne Hass, ainsi que d'anbrea mptifs et d'autres affaires, qui ne regardent pas la Confédération etsur lesquels il y aurait trop à dire.

* AujourcThui daâa le .canton de Frihôurg. Voyes sur Romont un acfticle savant etcorpplet dans iCurs/in, Diciiannaire. géographique, a^o-^ tiêtique et historique du canton de Fribourg, W II» p. 298rl^jC^ C* M. ^

Andronic Paléologue IL Au mois de juillet, le jour de Saint-Ulrich, le roi, se dirigeant par Fribourg, se rendit à Berne avec huit cenC^ chevaux^ et les sires de Savoie et de Montferrat avec six cenis. 11 fut reçu dans la plaine de Bûmplitz par cinq cents beaux jeunes gens dont aucun n'avait plus de seize ans et dont le plus beau portait la bannière du Saint-Empire ; tous les autres étaient couronnés de guirlandes dans lesquelles on voyait entrelacés des écussons avec Faigle impériale. Le roi les salua gracieusement. Ensuite vinrent à sa rencontre le clergé entier et tous les ordres monastiques, portant des crucifix et Thostie, et chantant des hymnes. Gomme il approchait des portes de la ville, se présenta Pétermann de Krauchthal, avoyër de Berne^ pour lui en remettre les clefs. Le roi dit : « Gardez-les et défendez bien votre ville. » 11 continua sa route à cheval sous un dais tissu d'or, que portaient les quatre bannerets. Aux deux cotés de la< grande rue de cette ville nouvdilement rebâtie parurent en longue file tout le sénat ^ le grand conseil des Deux-Cents et tous les bourgeois. Arrivé près de la tour de l'Horloge, le cortège prit le chemin du couvent des Dominicains *. La chambre du roi resplendissait d'étoffes de soie et de tentures de drap d'or *'. Le lendemain il reçut une grande députation de toutes les villes et de tous les cantons de 1^ Confédération suisse. Non-seulement le conseil avait décrété que pendant tout le temps une cave incessamment ouverte fournirait du vin à tous ceux

. * Gontîga à TëgUse française d'aojonrd'hai. CM. ^ Le maréchal de la cour royale ne Youlat pas accepter la vaisselle » parce qne certaines gens de la suite ( il y avait âf/ê Slaves) ne poavaienl a*empêcher de voler. En symbole d'amitié* le roi • le comte «i le mnrgraver bareni dans la même coupe.

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qui se présenteraient (la cour et toute sa suite furent en général splendidement traitées), mais on avait aussi ordonné que dans les maisons où de belles femmes trafiquaient de leurs charmes, les seigneurs de la cour royale reçussent gratuitement un bon accueil ^^. Le roi demeura trois jours à Berne au milieu de la jubilation universelle du peuple. Sigismond savait imposer par ces dehors de la majesté qui font une impression durable^ souvent utile, surtout dans lés jeunes àmes^ et qui voilent parfois aux yeux du peuple Tabsence de qualités plus essentielles. D'ailleurs, il ne croyait pas inconciliable avec sa dignité de se montrer et de captiver les cœurs par des prévenances aimables. En outre^ il n'existait entre lui et Berne aucune défiance; tous les deux étaient voisins de l'Autriche. Ce fut sous lui^ sous son frère et son père, que Berne acquit presque tout le territoire allemand qu'elle possède. Le troisième jour le roi se rendit à Soleure **. Les députés des Suisses ne le quittèrent qu'à Baie. Son couronnement eut ensuite lieu à Âix-la-Ghapelle. De là^ le roi se rendit à Constance.

Le pape Jean XXIII était fort contrarié par robligation de passer les Alpes; cependant la crainte que lui

^* Quoique Siettter et Lauffer taisent cette circonstance. par padeur, nous avons cm ne pas devoir la passer sous silence, puisque Etterlin rapporte expressément que, « dans la suile^ le roi étant assis au milieu de m priapes et de seigneurs vanta hautement Ut deux honneurs et munificeneee m h l'égard du vin et de la maison des dames » et qu'il en fil grand cas. » L*a ville eut aussi à payer après cela un mémoire « pour les belles dames de • ÏA raeWe» B Schodeier, C'était Tnsage. Soixante ans auparavant lorsque Charles IV, son père , vint à Sienne, la ville paya aux maréchaux de sa cour, chargés peut*étre de ce soin, trente florins d'or «pcr lo bordello dl » Siena. » Nèri, fils de Donato, dans la Cronaea; Mural. XX, p. 20O. ^ Gagner, L e. p^ iâft » ad an4 I4tà.

186 HISTOIRE IW LÀ 8UISSE.

inspirait Ladislas Ty força ^^ ; il y était d'aiUeurs*^eDcou^ ragé par l'amitié du duc Frédéric d'Autriche. Celuid, alors âgé d'environ quarante-quatre ans^ d'une belle taille^ riche des dons de Tâme^ mais gâté par une éducation funeste ^'', ce qu'il déplorait amèrement luimème^ rejoignit le pape à Trente. Jean mit bientôt toute sa confiance en lui, et le nomma commandant en chef, conseiller et confident du siège apostolique *^. Dès-lors il put compter, pour sa sûreté personnelle, sur l'escorte de ce prince, en allant et en revenant. Ils passèrent par le Tyrol et par TArlenberg *^ dans le Wall- <gau, et traversèrent le Rhin, puis la ThurgOTie, le long du lac de Constance. Leur entrée dans les murs de Constance eut lieu l'apr^-midi du 28 octobre ; le pape, accompagné de Frédéric et suivi de neuf cardinaux, de beaucoup d'évèques et de prélats, entra dans la ville du côté de Kreuzlingen avec six cents chevaux. Cependant la cité choisie vit arrivai d'Italie, de France, d'Allemagne, d'Angleterre, de Suède, de Danemark, de Pologne, de Hongrie, de Bohème et même

^* Elle le força d*en prendre rengagement ; avant qn'ib traversassent les Alpes, le 6 aoûi 1414» le roi mourut Jean avait de la confiance en laimême et le désir de remédier au mal. Son discours fut « Sermo valde bonus » . Sa vie , n. 4i.-

^' « Mir» indolis in adolescentia; per snum paedagogum (at ipse narrare consueverat) in puerhia in dévia deductus , ejus viliis carere adnltns non potuit. Grebro dùm eoram suis necessariis soins astaret, solitus est dicere : f Mearum notarum, in quibns deficio, meus pisdagogq^extitit » scaturigo ; qui si superstes foret , hac manu mea ipsum gravi ultione » vindicarem ; quod me verbo et exemplo docuit, digna retributione • compensarem. » Ebmdorffer ab Hasilbaeh , C/iron, Aasir, t. IIl 11 veat sans doute parler d'habitudes contre nature; du reste , les Ckroniqoêi tyroliennes le représentent comme fier, magnanime et bra^c.

** Capitaneus generalis, et Consiliarius, et Familiaris domesticos.

^* Il fit une chute non loin du petit couv«nt et scandalisa les bons cam*

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de Con^antinople des députés qu'en voyaieat empereurs, rois, priaces, villes, églises et universités; les grands rivalisèrent aux dépens des trésors lentement amassés par leurs aïeux, pour faire briller devant cette assemblée de l'Europe entière Fédat des armures, des vêtemens, des chevaux et d'un riche cortège ; les savans cardinaux et les prélats ^ se disposèrent à conquérir à force de sagacité philosophique, de profond savoir et d'énergique éloquence une gloire universelle aux yeux de toute l'Église chrétienne. Beaucoup de gens accoururent comme à un spectacle que ni eux, ni leurs pères, ni leurs ancêtres n'avaient jamais vu. L*Europe était dans l'attente; les amis du bien chez tous les peuples faisaient des vœux. Les uns se préparaient à une sérieuse réforme de l'Église; d'autres, à des subter^ fuges pour l'éviter; la plupart, à la jouissance de plaisirs variés ^^ .

pagnards, étonnés d'entendre le Saint-Père jnror par le nom dn diable. Qo'anraient-ils dit, s'ils avaient tu tant d'autres choses? Voy. n. 44.

^^ Le cardinal Zabarella , Pierre d'Âncharono , Tarchevéque de Salisbury et un évêque de la Dacie ( que le moyen âge confond quelquefois avec le Danemark) remportèrent la gloire d'être les pins ^ands Ihéologfens. HémmerUn, de NMUtaU»

^* Jean Zachariœ, Âugostin, accuse dans un sermon ( « jcoUatîone • ) les prélats de faire bonne chère, de se diverlir (« solatiari •)« et plus quaerere ut placeant hominibus , uiriusqué sexuê, quam Deo. » Mattre Pifpre Ptttka se plaint de ce qa*à Constance même les prélats de la cour «ntreliennent leurs maitresses , et de ce que les chanoines et les prêtres portent des vestes de quatre étoffes différentes, à manches semblables à des ailes, et qui ne les couvrent que jusqu'à la ceinture , aGn de faire pa< rade de leurs belles jambes et de leurs bottes luisantes. Lorsqu'un préxlicateuf, dit-il , cite dans un sermon l'Écriture - Sainte , on se rit de son ignorance de la puissance papale ( « juris permissionem » ) ; cite-t-il les Pères, |on objecte que les temps sont changés ; parle-t-il de règles de la ^ pénitence , on répond qu'il a fallu les mîtiger pour en faciliter l'observation. DenUf Codd, iheol. Vindob, t. I, p. 1.

188 niSTOlRE DE LA. SUISSE.

Le pape ayant appris, peji de jours avant son arrivée, que, Ladislas mort, Rome obéissait, regarda son voyage comme la plus grande imprudence qu'il eût commise dans le cours de sa vie. Cependant il pensa qu'il ne serait ni long, ni difficile, de faire confirmer au préak-* ble les décrets de Pise, qui. avaient de nombreux partisans, de consommer par là le rejet des antipapes, enfin de satisfaire les barbares bien intentionnés à Taide de la ruse italienne et de quelques syllogismes présentés avec art. Il comptait sur la multitude des prélats de sa suite dont il augmenta le nombre par des dignités titulaires. Son plan fut .déjoué par Tintelligence, Tenthoumiasme et la constance des nations. La cause du pape Jean fiit perdue, pour ainsi dire, du jour où l'on parvint à statuer que les dédisions seraient prises à la majorité, non des prélats, mais des nations. Trois noms, savoir : Allemands, Anglais, Finançais, comprenaient tous les peuples au nord des Alpes, même les Églises dej Grecs, réprésentées au concile ^^. Tous ceux-là s'occupaient sérieusement du bien de l'Église; l'Italie songeait aux avantages de la cour de Rome. A peine le Nord compritil sa prépondérance, que le pape vit combien sa crainte était fondée. Tous se réunirent avec empressement à cette opinion du cardinal Pierre d'Ailly, éminent par son savoir et sa piété : « Les décrets de Pise , adoptés » avec partialité sous l'inQuence du présent pape , jie » méritent pas d'être confirmés; commençons la réforme

^' On sait que les Espagnols ne furent comptés comme cinquième nation qu'après la 22* séance. Nous ne racontons que ce qui est propre à faire ressortir l'importance qu'eut alors la conduite de Frédéric et à en expliquer les molifsi Par la même raison nous ne citons pas les témoignages ^ relatifs aux affaires du concile , lorsque nous n'avons consulté que des sources déjà connues.

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» de rÉglise par Tanéan tissement de tout esprit de partie » au moyen de la destitution préalable des trois papes* » Rétablissons dans sa pureté l'ordre universel de la corn- » munauté de Dieu, divisée par des fautes et des mal- » heurs , sans autre crainte que celle de Jésus-Christ, » Tunique souverain sacrificateur^ sans autre influence » que celle du Saint-Esprit : voilà le but dans lequel nous n nous sommes réunis des contrées les plus distantes^ }) nous^ les représentans des fidèles, chacun de notre )} nation. » Le sentiment profond de la vérité parle un langage imposant : il ne servit guère au pape d'être versé dans les artifices de la cour ; en vain se mirent à Vœuvre l'esprit et la sagacité. Telle était l'agitation des esprits, lorsque le roi pat*ut avec mille chevaux ^. Sigismond avait provoqué ce concile dans les meilleures intentions ; seulement, à l'égal de son père, il cédait à son penchant pour le pompeux étalage de la dignité souveraine ; à défaut de puissance réelle, il aimait à ëblouir. Gomme il se complut dans ces jours à donner à beaucoup d'États impériaux l'investiture de leurs fiefs, il désirait singulièrement que le duc Frédéric, le plus grand seigneur de la contrée circonvoisine, quittât Schailhouse, où il se trouvait alors, pour venir à Constance recevoir son fief au milieu d'une solennité. Frédéric s'y refusait, peut-être ^ parce que les ducs d'Autriche prétendent à l'ancienne prérogative de recevoir à

^* Il vint avec les dispositions d'im sonveraîn pressé par la pénurie d'argent, mais d'ailleurs plein de bienveillance : on lui avait dit qu'il ne restait d'autre moyen que de destituer les trois papes , mais qu'il devait se garder de recevoir les 200,000 florins offerts par Jean , qu'il obtiendrait facilement cette somme des riches évéques d'Allemagne. Manutcrii Je la biblioth, de Vienne.

^* Les auteurs contemporains à moi connus ne parlent point de ce prétexte; il faut pourtant qu'il en ait en un.

490 HISTOIRE DE tX SUISSE.

cheval dans leurs propres domaines Tinvestiture féodale. Par ce. motif et d'auti^es sans doute, qui petits en euxmêmes furent grossis par une antipathie personnelle ^^, il se développa entre le roi Sigismond et le duc Frédéric un dissentiment qui eut de graves conséquences. Le roi, offensé mais impuissant, demanda aux Suisses, le plus voisin d'entre les peuples redoutables de l'Empire, l'engagement de le soutenir en toute occasion contre le duc. Mais les Suisses observaient k paix de cinquante ans avec tant de scrupule, que peu de semaines auparavant Zurich n'avait pas cru pouvoir accorder à Otton de Bade-Hochberg , évéque de Constance, le droit de combourgeoisie qu'il demandait , parce que ce prélat avait de jJus anciennes relations avec l'Autriche ^^. Dans cette même ville de Zurich, s'assemblèrent les Confédérés, essaatiellement pour délibérer sur la manière d« r<3fuser la demande du roi sans l'offenser; quelquea-uns pourtant représentèrent aux auti*es, mais inutilement, que l'occasion était unique pour écarter à jamais de la

'^ En 1413 le roi, se rendant en Lombardie, vint à Inspruk, ottle due Im donna nn bal. « Là une demoiselle, fille d'an bourgeois, fut enlevée et on lui fit violence dans un lieu secret. On accusa de ce rapt le roi Si* gismond , qui toutefois en était innocent ; les seigneurs hongrois et réponse du duc Frédéric lui demandèrent raison de ce crime , tandis que le duc Frédéric, qui l'avait imputé au roi , était le vrai coupable. Le roi, s'appuyant sur sa dignité royale , déclara qu'il ne laisserait pas le crime impuni s'il en connaissait l'auteur. Il fit demander à la jeune fille qui elle soupçonnait Elle répondit : Il a uue longue barbe , mais , à son parler , ce n'est point le roi. On >it bien que c'était le duc Frédéric » Eberhard fVindek, 1. XXXII, ap. Menken, Scriptt rer, Gemu 1. 1.

^' Protoc, munie, de Zurich, samedi après la Circoncision , 1A15. « Ne pas former cette alliance de combourgeoisie : car nous ne pourrions la concilier avec notre honneur, à moins que l'évéque ne se dégage préaia* blement d'une manière légale des liens qui l'unissent à l'Autriche, en^rte qu'il ne conserve plus d'obligations envers cette maison soiiverainck»

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