‹ Histoire de la Confédération suisse (volume 2)Chapitre 71 sur 173 · LIVRE ni. CHAP. I · texte numérisé non relu

LIVRE ni. CHAP. I

frontière Tancien ennemi ^''. Dès que Frédéric apprit ces négociations ^ il promit de satisfaire pleinement le roi. Ce monarque s'empressa d'en informer la diète, de peur que Frédéric ne se roidit^ si les Suisses déclaraient vouloir maintenir la paix. Le duc, s'apercevant sans peine que^ s'il parvaiait à irriter les Confédérés contre le roi, où du moins à provoquer leur défiance, Sigismond serait totalement abandonné , fit à ce prince de grandes promesses, à condition que celui-ci l'aiderait à soutenir ses droits contre ce peuplé incommode. Le monarque , pénétrant facilement les intentions du duc, se hâta de s'attacher les Suisses, en leur révélant les desseins et le mauvais vouloir de l'ennemi héréditaire de leur nation» Des députés de toutes les villes et de tous les csmtons arrivèrent aussitôt à Constance et se pré-sentérent devant le roi. Lui, afin d'effrayer le duc par leur franche confiance^ et pour les coj^vaincre , eux^ de Ja réalité des intentions hostiles du duc, leur exposa en sa présence avec un étonnement simulé toutes les plaiur tes que ce prince avait en secret articulées contre eux. Les députés témoignèrent une extrême surprise. Leduc, incapable de rien «prouver, demanda un délai, comme pour recueillir les rapports de ses baillis et de ses fonctionnaires. Le roi feignit d'être surpris qu'il eût porté plainte sans avoir kt certitude de la justice de ses griefs. La plupart des Suisses, fidèles à leur loyauté , persistèrent dans la résolution d'observer la paix de cinquante ans. Peu après, une diète étant assemblée à Lucerne, les ambassadeurs du duc apportèrent une déclaration portant : « qu'ilavaitétéinduitenerreur par quelques i) âgens ennemis de la paix et leurs ennemis , et qu'il

^7 Tichudi attribue ce langage à Berne. Voy. note 75.

» s'était empressé de les châtier; qu'il consentait à sui* » vre pour toutes les questions Jitigieuses la procédure » convenue ; qu'il observerait fidèlement la paix , par }) respect envers une nation aussi brave que loyale^ » à la parole de laquelle il se fiait. » Â ces mots les Suisses déclarèrent avec plaisir, qu il avait rendu justice à leurs sentimens.

' Voyant empirer sa position , Jean XXIII se reprocha amèrement d'avoir imprudemment quitté l'Italie ^^. Il redoutait l'examen de sa vie , ruine certaine de ses espérances ; on s'en désista : les Allemands et les Anglais trouvèrent inconvenant qu'un concile censurât le chef de l'Eglise pour des vices qu'on répugne de nommer en public. Mais ils l'obligèrent à renoncer verbalement et par écrit à la papauté, si Grégoire et Benoit abdiquaient la dignité usurpée, ou si d'ailleurs on jugeait son abdication utile à l'Église. Sans les instigations de son parti, Jean , abandonné à l'impulsion de son caractère , se fut peut-être laissé gagner à la fin par de bons procédés ; on bien espérait-il faciliter son départ à l'aide d'une feinte condescendance ? Il lut et jura la formule d'abdication prescrite , avec une sérénité qui toucha up grand nombre des assistans; le roi déposa sa couronne pour lui baiser les pieds ; le patriarchc^^ d'Ântioche se leva au nom des pères du concile pour le remercier du sacrifice fait à la paix de l'Église ; le roi mangea à sa* table ;

^* Plas tard , comme on lai reprochait d*avoîr empoisonné le pape AleTEandre V et Jean Canedoli; fait mettre à mort, en qualité de légat, plusieurs Bolonais innocens; déshonoré des femmes et près de trois cenls religieuses, • e ch'era grandissimo sodomita, » il dit en soupirant: Qu'ir avait fait bien pis encore. Vivement pressé de questions, il s*écria enfin : « Si j'étais resté en Italie , rien de tout cela ne me serait arrivé. • Continuation de ta chronique de Bologne parfra Bartolomeo d^la Pugliola.

Page 1