LIVRE m. CHAP. I
Jean consacra pour lui la rose d'or. Cependant il vît que la plupart des membres du concile regardaient son maintien sur le saint siège comme inconciliable avec les principes de la réforme projetée. Il savait que , libre, il demeurerait encore le pape d'une grande multitude ennemie delà réforme^ Des trois pontifes, lui seul s'étant déddé à passeriez Àlpésy il parait qu'on lui avait accordé^ pour le cas où le séjour de Constance nuirait à sa santé ^ la faculté d'attendi^e l'issue des négociatiohsdans Une ville voisine, appartenant à l'Empire ou au duc Frédéric. On a dit aussi ^^ que. le pape , muni de plus d'un million de ducats, s'était attiré d'abord la faveur du roi, toujours obéré, en lui prêtant de l'argent, ensuite sa haine par des réponses évasives, et que dèslors il avait craint pour sa dignité, de même que pour son trésor. Il pensa que le meilleur moyen de fa^ ciUter l'exécution' de son projet était de feindre , afin de donner au concile une bonne opinion de son caractère
^* Nous parlons d'une manière dubitative de ces dcnx faits , parce que
Boo, Vhistorien de la maison d'Âulricbe , et , d'après lui ou d'après les
mêmes sources , presque tous les historiens suisses les rapportent sans
preuve diplomatique, Ixen que sans hésitation. Si Ton promit réellement
au* pape ^ qaoiqnewerbalement, la liberté de s'éloigner de Constance , il
ne, servirait de rien pour l'honneur du roi ou dn concile qu'on l'eût
obligé , dans Constance^ à prendre l'engagement de ne faire aucun usage
de cette îiberlé. Dans ce cas, îl est remarquable que lei représentans de
l'Église aient signalé leur assemblée par une double violation de leur pa-
rôle envers le pape et envers Huss. L'assertion relative à l'argent est traitée
de calomnie par Niem, auteur contemporain. Toujours demeure-l-il sin-
^lîcr, si le premier grief était fondé, que Sigismond, sans s'excuser
précisément, n'ait pas du moins dû alléguer un prétexte. L'accord des
écrivains suisses avec l'autrichien Boo n'est pas une confirmation; Lauffhr,
par eiLemple, et d'autres représentent les actions du roi sous un jour s!
odienx, qu'un écrivain aux gages dn duc Frédéric eût à peine pris
un autre tdû; ils écrivirent sans examen critique, peat-ètre sur un simple
brait* ^ '
iVi ' i3
pacifique. Le duc Frédéric n'attendait pour lui-même rien de bon. de cette assemblée ^ parce qu'il avait fourni des grîefs à Hartmann de Werdenberg ^ évéque de Coire, à George de Lichtenstein^ évêque'de Trente, et à l'évêque de Brixen ; à celui-ci en exigeant des contributions injustes^ à ceux-là en les retenant prisonniers et les maltraitant au mépris des immunités ^^. Frédéric désirail donc dissoudre le concile par l'éloignement du p^sonnage principal. Il connaissait le zélé des Italiens pour leur parti. L'électeur de Mayence , Jean, de la maison de Nassau , qui n'était point ami du rôi , j>arait avoir approuvé cette résolution®'. Il savait le dévouement sans borne du margrave Bernard de Bade à la personne du pape Jean. Le duc de Bourgogne montrait les mêmes dispositions.
Divers indices ayant fait soupçonner cette trame et réveillé la crainte bien fondée qu'après son départ Jean ne négligerait riwi pour déjouer les eitfreprises du concile, le roi, de concert avec Henri d'Ulm, bourgmestre de Constance, et avec quelques conseillers, chercha par les assurances et les représentations les plus fortes à détourner le pape de son projet. Jean et Frédéric parurent surpris de la mauvaise opinion qu'on avait de leurs sentimens. Le pape déclara formellement qu'il ne quitterait pas Constance avant la
«• Ch. n. 66. Voy. pour Févêquede Coîre, Tschudi^ 44^2, et pourceluî de Trente, Fugger, 1414.
^* Malum comUitim dédit, ut potins fidem Johannî servaret et soi in hoc honorî consuleret, quam obedientiam concilio et fidelitateni Ecdc;,* si». » Feli» Faber, Ann, Suev. Ii*électeur fut à divers égards animé de l'esprit chevaleresque de ses pères , plutôt que de l'esprit de la dignité qu'il avait obtenue. U fit son entrée à Coastaace 9rmé de pied en cap. Hotiinger, Hist» eccles» suisse, t. U, p. 247.
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dissolution du concile^^j mais il espérait hâter cette (fissolution par l'exécution de son dessein* Se voyant iécoùverif il résolut d'accélérer sa fuite : il savait que les Anglais avaient proposé son arre^tion , et que dans des conjonctures aussi graves le prétexte du bien public y déciderait facilement les autres.
L'affluence extraordinaire de grands dignitaires^ de prélats inférieurs , de prêtres^ de docteurs et de maîtres ëû théologie^ en droit et dans les arts libéraux^ avait attiré dans la ville et dans les environs de Constance fin nombre incroyable de sdgneurs, dé chevaliers^ de conftesy de princes et de ducs, avec une multitude proportionnée de domestiques^ de marchands et d'artisaps, e^ sorte que l'on compta un jour 30,000 chevaux et 4 50,000 étrangers. On célébra donc des tournois dans lesquels les iiobles seigneurs étalaient devant ce con* cours de spectateurs illustres, leurs armures ^ leur force, IfiuT adresse et leur beauté. Le 21 mars 1415, une pareille joute eut lieu entre le duc d'Autriche et te comte de Cilley, beau-frère du jroi. Ils coururent l'un 8ur l'autre dans la grande plaine entre le lac et le Rhin; les regards de l'innombrable multitude étaient fixés sur eux seuls. Jean, déguisé en postillon et «ccompagné ti'un page , s^enfuit de la ville sur un mauvais cheval. A Ermatingen , il trouva un bateau préparé d'avance. Il descendit le lac et le Rhin entre les vi les et les chà«teaux du duc Frédéric^ et parvint à Schafihouse.
Dès que Jean fut en sûreté , Ulrich de Seldenhofen de Y^aldsée en porta secrètement la nouvelle au duc; celui-ci avait prplongé jusqu'alors le tournoi , mais sa pensée était occupée d'une plus grande lutte : Cilley
*^ « Qiiod nnlla tenus nisi concîlio ^issoluto Gonstantia dîscedm*e vellet. »
triompha sans peine. Au milieu de la foule qui se pressait , aux portes de la Tille , le due prit avec Itd quelques affidés^ entra inaperçu dans la maison d un juif, et leur découvrit lesecret. Le comte Jean de Lupfen, son chambellan et son bailli^ lui dit : « Ce qui* a été entrepris sans moipeut s'achever sans moi; » Jean Truchsess de Diessenhoferi , chevalier , surnommé Molli , répliqua en, se tournant vers le duc ; « Ce qui a » été entrepris doit être soutenu .avec courage. Me » voici, seigneur; Jean Truchsess rie vous abandon- » nera jamais. » Lui, un autre et iin page montèreift a cheval avec Frédéric, prêts à partager sa fortune j et ils rejoignirent le pape. ^
La fuite du pape s'étant ébruitée le même soir, ,1a frayeur saisit tous les princes et seigneurs ecclésiastiques et temporels; la colère du peuple s'enflamma; plusieurs centaines d Italiens et d'Autrichiens s'enfuirent à pied, à cheval, en bateau, à la déroh^ée, ouvertement, pendant la nuit et à l'aube du jour. Toutes les boutiques furent fermées; la populace, avide de pillage, se jeta sur le palais pontifical; le bourgmestre, pour la sûreté publique, appela la bourgeoisie sous les ar«Bies; toutes les rues et les plaèes furent occupées piar les gardes du roi. Lui-même et l'électeur Louis , comte palatin du Rhin , protecteur ^^ du con- /cile, parcoururent la ville à cheval, recommandèrent la paix, renouvelèrent le saufr-conduit et firent convoquer les pères à la cathédrale et les princes allemands auprès du roi. Les jwemiers députèrent vçrs le pape trois cardinaux, et, au nom de l'Église gallicane, Réginald, archevêque de Rbeims, primat des Gaules.
** t Proteclor. ■ lloiiinger, Uist, eccL, t. II, p. 243.
tn^RE ÎIÏ. CHAP. I. 107
^r la décision d^â princes , ie roi fit sommer le duc
dô revenir sous peine de perdre tous ses États ^ comme
colf)able de lèse-majesté. Le pape répondit : « qu'il
» s etail éloigné du concile et de son cher fils , le roi ,
» à la distance d'une petite journée , parce qu'il avait
)j besoin d'exercice et d'un changement d'air. » Il
écrivit aux cardinaux : «que le motif de son départ
» était une juste défiance des intentions du roi. » Dans
une lettre au roi de France il se plaignit : « que lecoa-
>i cîle était dirigé selon les passions personnelfes de Si-
»gismond avec tant de partialité^ que douze Anglais
» avaient à Constance le même ascendant que trois
» cents Français. » Il présenta les choses sous ce jour ,
parce que^ dans les votations, la Grande-Bretagne^
l'Irlande et la Scandinavie n'étaient comptées que pour
une nation. Il écrivit cette lettre l'année même où ks
Français furent vaincus par. les Anglais dans la grande
bataille d^Âzincourt. il s'adressa égafement au due
d'Orléans et à l'Université de Paris ; il espérait^ en ca*
de besoin^ arriver par la Bourgogne à Avig^n ou en
Italie. Une grande session du concile fut convoquée à
Constance au palais épiscopal. La duplicité du pape
remplit lès pères d'indignation et de méptis; à peine
les Italiens purent-ils empêcher la réalisation du vœu
de Jean Gerson, chancelier de l'Université de Paris, qui
demandait n que l'on saisit cette occasion pour placer
» l'autorité d'un concile œcuménique au-dçssus de celle
» du pape. » Les pères décidèrent (t que le concile
>} actuel continuerait de siéger à Constance, travaille-
» rait à ramener l'Église à l'unité de foi et de consti-
» tution, à la réformer, dans son chef et dans ses
n membres, et qu'il serait i^egardé comme son organe
» universel* i) Il fut- interdit à touf les prélats de s'é-
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loîgtier nus la permission de douze pères choisis dans }es quatre nations. Le roi ordonna aux seigneur^ des châteaux voisins d'arrêter les personnes qui s'écha{^>eraient sans un sauf-conduit de sa main ^^. Le 9uc refusa de retourner à Constance. Les princes de l'Empire, ecclésiastiques et temporels, alors assemblés , prononcèrent cette sentence : « Le duc Frédéric d'Âm^ » triche, par sa désobéissance, s'est rendu coupable du » crime de lèse*majesté envers le roi et le Saint-Empire, » et a mérité de perdre sa dignité de prince et tous ses » fiefs ; tous les féaux de l'Empire doiiont donc con- » courir de leurs personnes et de leurs biens à le ra- » mener à l'obéissance* » Le concile déclara : « Puis* » qu'il a, comme Pharaon, endurci son cœur et fermé n les oreilles aux douleurs de l'Église souffrante, aux » avertissemens de ses meilleurs amis et aux esdior-^ D tations du roi , tel qu'un serpent en présence d'un » enchanteur, il est frappé de la malédûction de Judas j» et de la grande excommunication ; l'Église recom- I» mande au roi des Allemands, son cher fils et protec- I» teur, de la défendre contre lui et de lui infliger sa » punition temporelle. » C'est pourquoi y considérant l'audace ai^ec laquelle Fl*édéric avait emprisonné et l'é^réquè de Trente, imposé celui de Brixen,
^^JmriifkQÊUm de Bermûm Bib ée Hoketdtutdenberg devant le conseil de Zurich, 1419. il déclare que le comte Palatin et le comte G&ntherde Schwarcboorg lai ont ordonné de la part du roi ce qui est dans le texte ; que le comte Palatin l'avait aussi prié nn jour d'arrêter en ^ecret un certain ^gnenr qai alors se retira du condle ; qu'il avait r^ndu : « Seorè^ » tement non» ouvertement volontiers; que telle était sa coutume, et » qu*ii n*agirait pas autrement en considération de ses loyaax amis , aux-
• quels ce serait un outrage, • 11 se plaint extrêmement de ce qu'on le calomnie à ce sujet ; « quand il aurait été en HcHigrie , dlt-ll , il serait
• veannooiiMiMerel il y aonaîl engagé corps eibiensk*