‹ Histoire de la Confédération suisse (volume 2)Chapitre 81 sur 173 · LIVRE III. CHAP. I · texte numérisé non relu

LIVRE III. CHAP. I

ver le beau manoir de tout dommage au moyen d'une trêve de huit jours^ après laquelle il promit de capituler. Il espérait (Ju'avant ce terme un ordre du roi ferait cesser la guerre ; en tout cas il doutait si peu de la reintégi*ation de Frédéric , qu'il stipula pour seule condition que les Confédérés ne toucheraient pas aux meubles du duc ^^K Mais la firayeur le saisit lorsqu'il vit les jours s'écouler l'un après l'autre sans recevoir de lettre. Ainsi qu'en pareil cas il peut arriver à plus d'un serviteur* loyal , il était tellement pénétré de l'importance de son poste ^. qu'il ne songeait pas qu'au milieu du désordre général de ses affaires le duc ne pouvait pas^ comme lui , avoir l'esprit concentré sur ce seul objet. Pendant ce temps on traitait à Constance de choses^ non pas plus importantes pour Frédéric^ mais qui touchaient sa personne de plus prés. L'électeur de Brandebourg fut envoyé pour s'assurer du pape de gré ou de force. Abandonné de tout le monde ^ désespérant de lui-même, privé de sa liberté, Jean fut conduit à Radoi&elle non loin de Constance. Les pères du concile ne se crurent plus obligés à des égards envers sa personne : ainsi^ depuis les premiers péchés commis ou soufferts dans sa jeunesse, les erreurs de sa vie entière, les crimes hardis de l'ambition , l'abjuration de toutes 1«3 espérances chrétiennes , surtout les divers et innombrables excès dans tous les genres de voluptés furent mis au jour par des enquêtes faites sous serment, en sorte que celui en qui, pendant cinq années, la plus grande partie de l'Église avait vénéré la dignité la plus sainte, fut représenté comme un homme qui , par la réunion

*^* Dans cette histoire nous suivons Tsckudi tontes les fois qu'il n'est pas en contradiction avec des documens à nous connus , mais qu'il est conûrmé par Roo et par d'autres.

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complète de tous les vices qui ont un nom et de ceux qu^on ne nomme pas, méritait d'être expulsé de la société humaine tout entière ^^, Bien que personne n'osât dire un mot en sa faveur ^^', Jean, électeur de Mayence, mû par son ancienne affection pour lui , crut con?e«« nable d'a'paiser les pères en combattant les exagérations. Après avoir perdu ses États pour la même cause, Frédéric, à l'heure ou agenouillé il demandait sa propre grâce , avait cru devoir à son honneur de stipuler la sûreté de celui qui sur sa parole avait quitté l'Italie et que peut-être il eût encore pu défendre. Qu'on se représente maintenant sa situation d'esprit! Lecbâteau de Bade fut oublié ^^*.

Dans le même temps ce château capitula , comme l'exigeait la parole donnée par le sire Burkhard de Mannsberg, et le duc se rendit enfin auprès du roi pour le prier de recevoir Bade au nom de TEmpire. Le roi écrivit aux Suisses : « que la guerre qu'ils avaient » faite en son nom était terminée ; qu'il leur explique- » rait le reste s'ils lui envoyaient une ambassade, qu ea

^^^ « Vas omniiim peccalorum, vîtioram fœx, et a Tirtulibus per^nu3. Guin iixore fratris et cnm sacris monialibus (dont le nombre fut estimé à3t)0) încestum, stnprum, aduUerînm commisisse. • En général « omq^ peccata mortalia et inenairabîtîa crimtna. » ConcUimnj Sess. X. seq., où il est appelé un « bnlderone ; • Niem dit fort dairementce que les pères n'eipriment pas dans les actes. Hemmerlin rapporte (de novit officiU) qu'un jour, s'ennnyant ( « altediebatur • ) de dire ses heures, ïc pape, dans sa vivacité, cria à son chapelain qui était napolitain : « Eb, per cëntum diabolos, qnxre unum Sanctum , ntexpedîatur ! »

'*' Cin cardinal dit i « Grave est procuratorem esse contra totam mundum* » Hoiting^ ). c 267.

*^* On ne saurait expliquer comment, la réconciliation ayant eu lîea le 5 mai et la trêve ayant été conclue le 9, les troupes ne furent conlremandées que le 18, si ce n'est définitivement le 19. Le cœur hamaiii fournit sur ce fait le commentaire le plus clair.

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)} attendant les sept Cantons devaient lever le siège de ;) Bade et les Bernois celui de Wildek. » Ceux-ci avaient Tintention de chasser Hallwyl, qui récemment encore, en portant secours à Bade, avait fondu sur eux du haut de Wildek et enlevé du hutin. De concert avec Zurich, ils envoyèrent à Constance, au nom de la Suisse entière , lambassade demandée , et déclarèrent au roi N que les guerriers qui avaient forcé le sire de Manns- )) bevQ à se rendre^ ne se laisseraient pas facilement per- » suader de remettre la ville et le château de Bade à n d'autres troupes* » Le roi qui, peu de semaines auparavant , aurait promis aux Suisses la moitié de l'Autricbe , entendit ce langage avec colère. Entièrement dans les principes de son frère et de son père, il considérait la cession des États de Frédéric à l'Empire comme une riche mine financière , soit que quelqu'un voulût faire valoir des prétentions sur ces États ou que des bourgeois amis de la liberté voulussent acheter des privilèges. Sigismond dit aux ambassadeurs : « Voulez-vous >) m'avoir pour votre ennemi ? » Ils répondirent : « Nous avons secouru Votre Majesté royale de nos » corps et de nos biens. » Le roi leur ordonna, ainsi qu'au comte Conrad de Weinsberg et à Frédéric comte de Tokenbourg, d'aller en hâte demander au nom de l'autorité royale la remise du château de Bade entre ses mains. Ils quittèrent Constance et traversèrent la Thurgovie, Winterthur et le territoire de Kibourg; avec surprise, mais peut-être avec des sentimens divers '^^, ils virent depuis les collines voisines de Bade tout le

^^^ Le bourgmestre Meyss jura de ne jamais siéger comme arbitre dans un |MX>cës concerDant les dommages causés à Bade ( Proiœ» munie, de Zurich, i4^&); on pourrait en conclure qu'il désapprouvait en tout ou eii grande partie ce qui s'était passé*

château , si fort, si vaste et souvent si brillant, en ruines et devenu la proie des flammes ; remplis d'épouvante, ils volèrent vers le lieu où toutes les archives de la contrée , emballées sur des chariots , s'acheminaient vers Lucerne, tandis que les vainqueurs, entourés de monceaux de décombres, contemplaient d'un air triomphant les. progrès de l'incendie. Sur cet acte contraire à la capitulation , ils donnèrent aux envoyés l'explication suivante : « Quoique à regret peut-être, nous étions » résolus d'observer les articles de la convention ; mais ^) Winterthur, au mépris de la paix^^^, s'est jeté les » armes à la main près de GreifFensée sur les Zuricois , » et a ravagé leur territoire ; c'est pour montrer- les con- » séquences d'une rupture de la paix que nous avons » ruiné le château. Nous avons pénétré dans les appar- » temens d'où le roi Albert menaça les Waldstetten , » où furent projetées l'attaque de Morgarten et l'expéiy didon de Sempach; nous avons renversé ce châte^iu » du despotisme, qui maintenait l'inquiétude dans le » pays; il tombent pour toujours. » En même temps, on entendait de moment en moment le fracas des crénaux qui s'écroulaient et les cris de joie de la muljtitude des spectateurs. Aucune perte ne fut plus sensible au duc *^''. A cette nouvelle le roi se fâcha, mais modérément ^^®.

**• Comme Rapperschwyl. Ceci conGrme n. 86.

*" A cause de cela Jacques Ruprecht demanda, en 1417, queToncon talâl par une enquête qu'il n'avait ni pris part à là capitulation , ni assisté à la prise de Bade , ni reçu de l'argent des Confédérés ; il dit avoir été calomnié à ce sujet auprès du duc. P'^oloc, munie, de Zurich*

<" Tschudi rapporte ce fait, et le Protocole susmentionné le confirme en ces termes ; « Le bourgmestre» le conseil, les tribuns et les 20O de M Zurich assemblés le i*' juin. Attendu que Frédéric de Tokenbonrg et • Conrad de Fribourg nous ont rapporté que le roi est quelque peu e» » colère de ce que nous avons ruiné le château de Bade, une diète sera

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