‹ Histoire de la Confédération suisse (volume 2)Chapitre 91 sur 173 · LIVRE III, CHAP, lî · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAP, lî

La persistance du roi d'Aragon à demeurer attaché à son pape * ne put infirmer une décision prise par quatre cent trente-huit pères, au nom de douze rois, de presque tout rOccÂ^ent et du nord de l'Europe. Le schisme ainsi éteint, on s'occupa de la réforme de l'Église. Martin V se conforma , dans l'administration, aux habitudes de ses prédéces^^eurs ^ tout en faisant esr* pérer qu'on les corrigef ait ; il se montra plein de dévotion , garda le silence et observa la force des partis ainsi que la nouvelle politique française par laquelle Gcrson perdit son influence ; il commença de rappeler, d'après les Pères, la différence nécessaire et (fui avait toujours subsisté entre Içs usages et les institutions de chaque église; il remarqua sans déplaisir le peu d*ac-* cord des novateurs entr'eux ; il donna ensuite à chaque nation une déclaration particulière sur les moyens de remédier aux abus; il fit semblant de ne pas entendre certaines objections, dans d'autres il découvrit les principes récemment rejetés ^ saisit avec joie le prétexte que lui fournit une peste y ajourna au proehaia concile divers points importans, usa d'ambiguité dans des- cho*> ses essentielles , sans qu'on pût en être frappé ^*^, accéléra les affaires , et •regarda comme le jour le plus heureux, après celui de son élection, le 22 avril 141 8, alors que dans l^ solennelle quarante-cinquième séance il

bénit le concile et le congédia ^^.

^*5 II resta încertaiB d, en matR^re de foi el de rétome de fÉglis€f, le pape est subordonné au concile, quoiqfH'on prétende qne la chose a été décidée dans la 4* séance. Le pape confirma les décrets en général. Dans une bulle subséquente daits laquelle il les désigne tons, il passe sous silence ceint que noàs venons de mentionner. Aussi a^t»1I été omis dans des manuscrits postérieurs. Seheelsirate,

s^* Le cardinal Ubaldo, commissaire papal , te leva et prononça ces mots : « Dpmini, ite in pace^» F if a, n. 244*

264 HiSToms PB hk PUISSE, , '

Dans ces mêmes jours, le roî, recourant aux mesures qu'il avait prises Tannée précédente , força le duc Frédéric à se soumettre. Le comté de Kibourg se trouvait, à titre d'hypothèque autrichien|f , entre les mains de dame Cunégonde de Tokenbourg, épouse du comte de Montfort; celui-ci, dans l'adversité du duc, jugea que le seul moyen de sauver Kibourg était de se montrer dévoué à l'Empire; à la fin le roi parut vouloir accorder aux Zuricois non-seulement le rachat, mais encore la propriété du grand comté de Kibourg ^*'^. La ville de Winterthur reçut de lui la haute et la basse justice ^*^. Il fit proposer aux Bàlois , par le comte Gûnther de Schwarzbourg , de leur hypothéquer tout le quartier du Rhin supérieur, et tout ce qui appartenait à l'Autriche, depuis SchafFhouse jusqu'à Bâle^^^. Après le paiement du prix convenu ^^^, il confirma aux Bernois la souveraineté de TArgovie ^^^

Sur ces entrefaites on entama dans le château de Morsbourg les négociations de paix« Le duc lui-même, ayant obtenu un sauf-conduit qui lui fut apporté par le comte Guillaume de Montfort , passa l'Arlenborg et

'^^ Protoc, munie, : « On piîrira 10,400 florins; si le roi consent à le vendre en toute propriété , on lui en paiera 2,000 ; 1418.

^^* Ch» de franekUe aux bourgmestre, conseil et bourgeois de fVinterthur, Constance, Sainte-Catherine, 1417. Le conseil peut conférer à ravojer la justice criminelle ; la ville est autorisée à racheter les ten;ps autrichiennes défrichées hors dé son enceinte ou hypotéqnées ailleurs.

^^' fVindek, 59. « Les B|lois refusèrent leur consentement à ime chose qui leur déplaisait. •

^^^ Quittance de l'Empereur en faveur de Rodolphe de Ringoltîngen , bourgeois de Berne, et de Henri de Speîchingen , greffier municipal de la même ville. Constance, 4 mai 1%18.

^^ Injonction de l'Empereur aux villes et aux baillis de TArgovie. Ibid. après Sainte-Vaubourg, 1448.

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vint à Tettnang , puis à Môrsbourg. Les conseillers ne pouvant pas s'entendre, il passa le lac et vit le roi prés •du couvent de religieuses de Mûnsterlingen. Sans l'article concernant l'Argovie, la paix se serait conclue alors. Une certaine exagération toute particulière sur l'importance de leurs domaines était pour les ducs une tradition.de famille : Frédéric, à qui les temps de son infortune fournissaient des motifs d'hostilité contre presque tout le monde, avait, en- fermant «les passages, obligé Venise à lui payer une forte somme ^^^ ; il apportait avec lui cet argent, utile pour des rachats. D'un autre côté^ les Suisses ne devaient pas seuls attacher de l'importance à la conservation de l'Argovie , mais le roi aussi avait à craindre et pour lui-même et pour tout prince de mérite qui monterait sur le trône impérial sans l'appui d'une force prépondérante , de ne plus trouver chez les membres de l'Empire du secours contre les États infidèles à leur devoir ^ si la restitution de l'Argovie prouvait qu'un pareil secours n'était payé que d'ingratitude. Considérant l'impossibilité de donner des ordres contraires à sa propre parole ^^^ , il promit « qu'il prierait les Confédérés de consentir à ce ^) que le duc rachetât l'Argovie* » Ils s'assemblèrent à

J5Î Q„y Jrenpek rapporte que Venise lui paya de 20 à 30,000 ducats, parce qu'il avait empêché l'exportation du bois et particulilTement aussi « carnium castrat. > On devine aisément dans Tschu^i le prétexte de cette mesure. On concevrait avec plus de pcîne que Venise, comme d'autres le prétendent, lui eût envoyé celle somme aGn d'élre délivrée du voisinage de l'évêque Georges de Trente. fVindek^ 63, nous fait voir que le fidèle vassal de Frédéno, Ulfich de Weissbriacfa, était en hostilité avec Venise. •

^'^ Car ïh n'osaient pas lui accorder ceîachat à lui-même contre leur

Zurich. Le roi s'y rendit en hâte à cheval ^^* ; on croit qu'il leur insinua ce que peut-être il ne voulait pas j confier ouvertement, et qu'il contribua de cette ma-, niére à la réponse laconique de la diète , qui (( s'en » tenait entièrement à la charte de S. M. Rpyale. » Fré- || déric comprit l'impossibilité de les forcer à changer de | résolution;^ et il s'estima heureux que Bâl§ refusât l'hypothèque offerte , soit qu'elle paraf injuste ou peu sûre. Le 1 2 mai , le duc stipula sa réconciliation avec le roi Sigismond, aux conditions suivantes : (c L'évéque de » Trente sera rétabli dans sa ville et dans tous les châ- » teaux et les forteresses de Fé vêché ; tout ce qui a été » pris au comte Jean déXupfen , landgrave de Stiilin-* » gen , lui sera restitué ^^^ ; le duc s'arrangera avec le » comte Éberhard de Kirchberg, au sujet de tons les » intérêts de madame Catherine de Bourgogne ^ veuve )i du duc Léopold ; le roi lui accorde de racheter des » mains des détenteurs hypothécaires les villes et les » châteaux conquis dans la Haute-Alsace , Le Sundgâu a et le Brisgau> pour le compte de l'Empire^ puis hypow théqués^^^; sont exceptés lés domaines que les Çon- » fédérés possèdent sous la suzeraineté de TEmpire^^^

'5* Il retourna avec une telle hâte, que plusieurs chevaux périrent; » alla en un jour de Zurich à Constance. Tschudi,

2*' Il s'était déclaré contre Frédéric, à cause de sa sœupr, gouvernante de Rottenbourg et du fils de celle-ci.

*" Comme n'ayant pas les titres que possédaient les Confédérés d'après n. 253 et la ch. n. 188, ainsi que n. 187.

**' Il faut observer que d'après ce .traité les Confédérés n'étaient point tenus de consentir à un rachat, non-seulement h l'égard de l'Argovie, maïs encore de Régensberg, de Bûlach, de Grûningen, des bailliages au bord du lac de Zurich, des droits ruraux dans tes Waldstetten, à Zoug et à Claris, ainsi qu'à l'égard de l'Entlibuch» de Willisau, d'Unterséeû, d'Oberhofen et de tous les fiéfs ppur lesquels Kibourg relevait des ducs , et de tout ce que les Confédérés pouvaient avoir acquis de l'Autriche ou de

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