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assemblé après un intervalle de cinquante ans^ ne se serait guère séparé sans avoir opéré quelque importante réforme ^'^.»
Après le plaisir d'étudier, sans «ortîr de Constance, les traits caractéristiques de toutes les nations européennes dans les grandes négociations et dans le com^ merce de la vie , il n'y en avait pas de plus instructif et de plus agréable que la comparaison des mœurs des Suisses avec les habitudes des Italiens, qui alors déjà connaissaient tout ce qui autrefois à la cour d'Auguste stimulait l'esprit et la sensualité. Chez nos pères et chez les Allemands, leurs voisins, les patres et les paysans tout comme les bourgeois , la noblesse campagnarde tout comme les sénateurs et les héros, vivaient et s'occupaient de leurs affaires économiquement et avec une simplicité patriotique ; mais ils n'étaient ni sombres ni ennemis de la joie. Ils aimaient la danse et le chant; ils célébraient Dieu et leurs armes, et ne haïssaient pas les chansons d'amour. Des exercices corporels et des jeux plaisans^^'' les délassaioit de leurs travaux; le gouvernement pouvait empêcher qu'on ne hasardât trop
^* Je sais quelles objections l'expérience des derniers temps fonmiC eonlre les grandes assemblées ; je sais que les Correttori délie Uggi de Venise prouvèrent que leur office n*est pas toujours jefficace. Mais si le temps a énervé eette institution , si la France de i789 eut l'imprudence tf entreprendre une grande réforme sans précaution , éC dans la disposition des esprits la plus dangereuse, cela ne prouve rien contre la nature, mais seulement contre la forme de ces institutions ; Tofiice de rbîstoire est précisément d'enseigner à les corriger.
^*' Les premiers subsistent encore dans les montagnes ; on trouve des exemples des autres dans la lettre du Pogge ad Nicolaûm; elle est comprise dans ses œuvres, et Bodmer Ta insérée dans les narrations historiques pabliées à Zurich en 1769.
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d'argent au jeu ^^*, dans l'intérêt des mœurs ''^. Quoique les bâtards ne fussent pas rares 2^, on ne saurait croire jusqu'où allait la confiance des pères et des époux ^^*. Chacun jugeait les siens d'après soi^®^; avec raison peut-être, parce que chez des hommes occupés qui exercent plus le corps que l'esprit, et chez un peuple où la vie domestique est en honneur, les passions de la volupté font moins de ravages ^®^. A cela se joignait leur penchant naturel à la gai té qui ne laisse pas ger«
SM Proioe, munie, dû Zurich : « Pierre Knoili ayant perdu au jeu outre » mesure, ce qu'il doit est annulé; toutefois il'paiera ce qui a été con* • sommé à Taubcrge^ afin que Taubergisle n'ait point de désagrément ; » son bien est dévolu h un autre, jusqu'à ce que Knoili se présente et dé- » clare vonloir vivre en honnête homme. *
>** Dans le cas contraire la chose est plus difficile, mais non impossible; l'ancien gouvernement de Berne à prou>é quelle inQuence la loi peut avoir sur les nxœurs.
^® Jean et Henri, fils naturels du bourgmestre Roger Manesse. Proioe. munie, de Zurich, i Mb, où Ton voit que le ci-devant greffier municipal Widmer fit passer l'un d'eux pour mort afin de s'emparer de son bien. Le baron Jean de Bonstetten a un prdcès à ZoUikon, au sujet d'une fille.
CA. 1581. II est fréquemment question de bâtards de prêtres; la suite de cette histoire en mentionne d'autrei^ devenus cél^bres«
'** Le«Pogge : « Ridiculum est videre vetulas decrepitas, simul et adolescentiores, nudas in oculis hominum aquas ingredi ; verenda et natcs hominibus ostentantes; illinequeboc oculis adverlunt neque quidquam suspicantur aut loquantur mali. • Il en est ainsi des pauvres ; quant aux riches : «Yidebis innumeras forma prœstanle sine viris, cum duabus ancillis et servo, ^ut aliqua affini anicula, quam levius sit fallere quam nutrire. » Ces passages concernent les laïques ;' voici pour les gens d'église : « Hic quoque virgines veêîaU»y vel (ut verius loquar) florales; hic abbates, monachi^ fratres et sacerdoles majori licentia quam ester i vivunt, omni religione abjecta. Omnibus una mens, trîstitiam fngere^ qnsrere hilaritatem. »
^^ m Permirum est videre qna fide vîdebant vîri uxores snas a peregri« nis tangi ; non animum advertebant , omnia in meliorem partem accipiant. d
^* « Nihil est tam difficile, quîn eorum moribus facile sit. »
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mer dans une âme sereine de noirs soucis et de funestes projets; ils les évitaient d'autant plus facilement qu'ils se contentaient de peu; d'ailleurs la plupart enduraient l'adversité comme une dispensation de la Providence^^, que d'autres soulageaient et qu'eux-mêmes oubliaient bientôt. A des temps d'une pareille innocence s'appliquent les descriptions que les anciens Grecs nous oftt laissées des jeux de la déesse de Faphos, aux* quels Françms Pogge compare le genre de vie qui le charma aux eaux de Bade^®^. Le Pogge, un des hommes les plus éminens parmi les peuples civilisés de cette époque > aurait volontiers échangé contre cette paix et cette joie le luxe de ses Florentins. Mais s'il n'avait pas voulu sacrifier en même temps son goût pour les beauxarts ^ la connaissance des anciens et sa philosophie pratique si variée ^^, il n'aurait pas adopté les mœurs
^^ « Sî qaîd adversî accident, bono animo ferant; » on dit encore anjonrd'hoi dans les Alpes : • C'est la volonté de Dieu. • Cependant le taîcide n*étaît pas chose înoaie ; on lit dans le Protoe, manie, de Zurich^ 14S& t • Hartmann Gyr sera bançî à deux milles de la ville, parce qu'il t voulu se pendre ; de même, i4?7, £lly Rieschin, pour s^élre Jetée dans le lac* »
^^ « Persspe existimo et Venerem ex G^'pro et quidquîd ubique est deliciarnm ad haec balnea commigrasse; ita illius insliluta servantur, îta ad unguem ejos mores et lasciviam repraesentant» ut ^ quamquam non legerlnt Heliogabalî concionem, tamen ipsa natura satis doctî vîdeantur..».* Videre est puellas, jam plenis nobîles annis, facie splendida ac liberali, în Dearum habîtum et formam psallentes» »
tf « |] n'y ^tait pas trop disposé ; il se plaint de ce que « neqne vei legendi vel sapiendi qaîdqaam tempus erat« inter symphonias» tiincines» citbaras et cantos undique circamstrepentes , obi velle solum sapere summa fuisset dementia. » Du reste le Pogge est connu par ses Faeetim et par ses écrits polémiques comme un homme qui , ainsi que VaUa» Philelphe et la plupart de ces hommes distingués, aimait des jouissances qu*on satisfaisait plus facilement à Florence et )t Rome qu'à Badi.
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suisses* Chaque peuple^ chaque âge offre un tel mélange de bien et de mal , que le sage, personnellement attaché au bien^ doit tolérer le mal chez ses compatrio-^ tes y en raison de la connexité de ces deux élémens.. Quand l'esprit se développe, les passions aussi deyiennent ingénieuses* Une nation ne se .rend pas méprisable par un changement pareil dans les mœurs ^ mais en négligeant les grandes vertus qui conservent la patrie ^^. Du reste, on ne voit guère que les mœurs de ^ l'assemblée de Constance aient laissé des vestiges chez les Suisses; la distance était probablement trop grande* Une multitude de valets sans maîtres , de filles abandonnées et tous les gens sans aveu qui, sous prétexte de dévotion, par curiosité, dans l'espoir d'un gain facile, étaient arrivés par divers moyens dans les environs de Constance^ s'associèrent fréquemment aux mendians vigoureux qui formaient depuis long-temps une sorte de confrérie. Vers le même temps , cinq mois après la clôture du concile , apparut du sein des montagnes ^^^ dans le territoire de la ville de Zurich une
^'' Avec quel en thoasiasme se battirent Ic^lhéniens sons Périclès et après laî ! Et les légions de César ! et d'antres, lorsque la Grèce eut mitigé les mœurs de Rome ! Dans quel siècle les Français se sont-ils mieux battus que sous Louis XIV et de nos jours? Florence aussi a été d^fendae
contre les Médicis en 1538 tout autrement que I Ne vous y méprenez
pas : la faiblesse ne vient pas des lumières , mais de ce qu'on n'est pas véritablement édaîré; elle ne vient pas du mal qui se commet dans le monde, mais de l'apathie pour tout ce qui est bean et grand , de la mollesse efféminée qui rend également inhabile à la vertu et aux jouissances.
3'< • nia colluvies ex Alpium Pyrenaeorum latebris, appetente sslate, in regiones uberiores ernpit. > Bodintu, de rep. Il est dommage que l'on ne connaisse pas avec plus de suite la route que ces bandes suivirent, ^ous les avons vues près de Zurich en 14iS, près de Bàle en 1422 ; la même année, one d'elles parut à Bologne; l'auteur de Itt^Continnation
horde considérable ^^^ d'un peuple inconnu , au teint brun^ à la figure étrangère ^^^, mal vêtue, munie de passepoi^ des suprêmes autorités ecclésiastiques et séculières. Le chef portait le nom de Michel ^^^ ; on appelait ces gens Zigueunes ^^^« Les hommes de ce temps
des Annales du frère André de Ralisbonne voit les Zigueunes en Bavière en 1425.
>^ 1400 suivant Gfi(«r; 14,000 suivant fTa/ser; 40,000 selop Tsehudi. Comme d*après fVurstiseni 1422 , il n'arriva près de Bâle que 50 chevaux de cette troupe; comme surtout la multitude mentionnée par Tsehudi eût alarmé tous les princes et toutes les villes, et qu'on ne trouve pas vestige d'une semblable agitation , nous rejetons le nombre de 40,000; mais nous hésitons entre les deux autres^ parce que 1400 n'auraient pas éveillé l'attention de tous les chroniqueurs.
*^® « Mauri fusci, squallidi, pusilli , cum equis, mulis et asinis miserabiliter gyrantes. » Hèmmerlin, de Nobililale,
*®* Nos chroniques l'appellent le duc Michel du pays d'Égvpte. Gelai qui viot à Bologne en 1422 avec environ cent hommes se nommait ie duc André d'Egypte. Continuât, de la Chron. de Fra BartoL délia Par gUola; Murât XVII. La même fable d'un voyage de pénitence se retrouve là; on y lit aussi que l'Empereur leur accorda pour sept ans la liberté de voler, mais que le gouvernement opposa à cette permission celle de les voter à leur tour. On voit dans les mêmes récits que l'Egypte dont il s'agit ici confinait à la Hongrie, ce qui s'accorde avec les reuseîgnemens de Suizer n. St)4 ; probablement ces bordes originaires de contrées inconnues de l'Orient se poussèrent l'une l'autre. = Siampf dit dans ^ Chronique, t. II, p. 425, b : « Le plus honuéte d'entr'eux est » un voleur, car ils ne vivent que de voL '» G. M.
*"* «Gingari, Gzigani ; » dans Sprecher, Pall. 01 : « Wubiani ? •= Kous avons conservé avec une terminaison française le nom sous lequel ces hordes vagabondes furent connues en Suisse. Ils sont appelés païens ou Zyginer dans une ordonnance lucernoise de 1586, qui porte : «Afin de
• nous débarrasser de cette race dangereuse, nous ordonnons que si nos » gens, en vertu de nos mandais, veulent les arrêter et que ceux-là fas-
• sent résistance, ils devront, et surtout ceux qui portent des arque- » buses , tirer sur eux ou les tuer d'autre façon , commp ils pourront, » car nous ne voulons à lîi fin plus les tolérer sur nofre territoire. • Balthasar, Cho»^ m4morqlfiç§ duQ, dp Im^w , t II, p. 180. G. M.