LIVRE V. CHAP, I
Sooavis fut combattu par Jean MuUer^ qui avait amené la garnison d'Yverdun. Des pourparlers eurent iiea. Le duc les menaça de les faire pendre^ s'ils larrétaient plus long-temps^''. On lui répondit d'après la décision de la majorité : « Que portes ni portelles ne » seraient ouvertes sans exprès vouloir de Messieurs » des Alliances. » On envoya du camp, comme parlementaire^ un gentilhomme bourguignon, messire de Ronchant^, qui avait précédemment parcouru la Suisse; il leur parla en allemand et avec cordialité, à cequ*il leur sembla, w Votre belle réponse, dit-il, di-
^ • Que si incootinente tradition ne se fit , pendus seront ces vilains. » Ckrom. de Netuh.
** ^Qs cbioniqaes allemandes l'appellent Runtschan; nne chronique française , Bondchamp , peut-être est-ce le nom exact ; qaelques-uns ont njefé sans preuve l'infamie de ce misérable sur la nation allemande et la ooble famille de Ramschwag. := M. de Barante (XI , il et 12) le nomme Ranischwag ; M. de TiUier (II, 872) dit positivement que c'était un geotllbomme allemand de la maison Ramschwag , avec l'observation que quelques-uns écrivent ce nom Ramschweg. La Chronique des ekanoines deNemehàtel dans le Geschichiforecher , Vlll, p. 171, appelle successivement ce seigneur de Ronchas et de Ronchant L'éditeur a écrit à ce sujet la note suivante : « Le chevalier, vraisemblablement allemand de nation , luqoel le duc Charles donna la mission d'engager la garnison du chftteau de Grandson à se rendre à lui , a été dépeint par tous les historiens suisses avec les plus noires couleurs. Il est cependant incertain si ce gentilhomme n'étuit pas personnellement de bonne foi en faisant les promesses qu'il fit , et si ce ne fut pas le duc lui-même qui , excité par les clameurs et Tcsprit de vengeance des fugitifs d'Ëstavayer et dTverdon , faussa la parole qu'il avait fait donner. Les historiens ne sont pas d'accord sur le nom de famille du malheureux négociateur. Les uns l'appellent Rochans, d'autres Ronchamps, d'autres encore Ramschwag. Dans une chronique manuscrite contemporaine , mais anonyme , conservée à Fribourg , il est Bommé Reîschach , et comme un exemplaire de la chronique des chaoohies le mentionne sous le nom de Luc, et qu'un chevalier Luc de Reîschach vivait à cette époque, cette version n'est pas sans vraisemblance. » C. M.
n gne d^hommes tels que vous , prouve la triste erreur » où vous êtes en pensant pouvoir encore attendre les » ordres des Confédérés. N'avez-vous pas vu au-delà i)de la montagne la fumée et la rougeur du ciel^^? » Fribourg n'est plus. On Ta surpris : avoyer, conseils, M prêtres^ moines , bourgeois , femmes, enfans, l'on »n'a épargné personne; ils gisent tous au milieu des » décombres de leurs maisons incendiées. Une division M s'est portée de là sur Berne , une autre sur Soleure. M Les Bernois , ou plutôt leurs femmes et leurs enfans M sont venus au-devant de nous à moitié chemin, leur »curé en tète, présentant les clefs de la ville ; mais le Dduc en avait juré la perte. Les Confédérés sont dis- «perses; l'Allemagne attend les ordres du grand M Charles. Vous, vous seuls lui avez résisté. Votre M vaillance lui plait, il vous respecte. Toutefois, ne le D poussez pas à bout. Le dernier moment est venu ; » s'il entre en colère , personne n'est capable de Tapai-- »ser; mais à table, il a parlé de vous avec admiration ; » nous avons tous demandé votre grâce ; il m'a permis » de vous annoncer votre libre sortie. C'est une faveur ; )i il a pensé qu'elle me vaudrait une récompense ; je » suis votre libérateur, votre sauveur. » — « Bien , » dit M uller ; ce et comment votre duc a-t-il tenu sa pa- Drôle à Briey'^^? » — * a Des circonstances fort diffé- M rentes, » reprit Ronchant, « l'avaient exaspéré. »Mais aujourd'hui... songez que je suis un gentil- » homme; voudrais-je charger mon âme de votre sang, »et ma iiimille de l'infamie d'une trahison? Un seul
'* Dimanche avant St.-Valentin on incendia des villages fribourgeois. Sopnmatian n. 55.
'• T. vu, p. S53.
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MiiioC encore^ je suis pressé , pensez à ce que vous »afe£ à faire, i» Des femmes de mauvaise vie, qui pas* suent de la viHe au château^ avaieut gagné au parti de k Bourgogne plusieurs soldats ''^ ; ces femmes étaient la peste de leur vertu militaire. Ils sollicitèrent les capitaines; Wyler jugea prudent de profiter du moment bvorable. « Comment le duc Charles de Bourgogne n souillerait-il son honneur de prince par un manque «de foi? Notre ami Roâchant, qui a l'expérience du «monde, ne se prêterait pas à une perfidie, Voudrait- Ail receToir votre argent pour vous trahir? s L'avis de Wyler l'emporta siu* celui de Muller.
Us firent donc au négociateur un présent de cent florins et sortirent tranquillement du château, Parvenns au camp, on les lia de cordes par dizaines , par vingtaines 9 et on les conduisit au milieu de la foule des soldats comme des Suisses pris au piège, en se raillant de leur insolence et de leur simplicité. i< Quelles gens sont*ce ci ? » demanda le duc à leur vue. Il feignit d'ignorer la perfidie de Ronchant "^^^ Des habitans d'Estavayer^ ceux qui avaient été chassés d'Yverdun, Tinrent lui demander vengeance '^^i Ronchant et le comte de Romont démontrèrent qu'un acte de terreur
'* • Des filles pabliqnes entraient et sortaient de jour et de nuit • SckiUing,
^* « Par la SL-Geoiige , quelles gens sont ceci ? et quelles nouyelles
• sont ici?» Ronchant : «Monseigneur, cfest la garnison de Grandson,
• qoî /est mise à Votre misâricoide. » Ckron. de Nêueh* Le duc répliqua qnll n'avait rien promis à ces gens. DunotL
^* « Faisant grand criement contre eux. » Chron. de Neuch, T^s Tverdonoîs et d'autres demandèrent k genoux qu'on les mit à mort Le greffier G. Calige de Fribourg, dans la Bibl. de Haller, IV , 40).
ouvrirait toutes les portes des viHes et des châteaux ; qu'une guerre sans merci était la plus prompte^ la plus "victorieuse. Suivant le caractère de Tennemi, ce principe est inutile ou souverainement dangereux ; inutile avec des misérables qu'un rien abat ; dangereux avec des hommes qu'il rend invincibles y et même avec des hommes médiocres auxquels il inspire la résolution du désespoir *• Le duc livra les captifs à son grand prévôt. La plupart y ainsi que Wyler, furent dans la journée presque entièrement dépouillés de leurs vètemens ^^ , et pendus à des arbres. Le lendemain'^ de bon matin y Jean MuUer et les autres furent traînés dans le lac y attachés à de longues cordes y et tous noyés '^^. La sentence prononcée y Ronchant crut voiler son ignominie en rappelant un procès qu'il avait autrefois perdu en Suisse. Les Suisses gardèrent le silence ; pas un mot de reproche sur leur malheur ; ils moururent avec un
* Exemples : Saragosse , Girone , le Tyrol en 1808 et 1809 ; les princes et les grands seols lâches. NoUe comparaison entre les guerres de nation à nation , et celles que se font les gonvernemens. D. L. H.
'* Quelques-uns furent même dépouillés de leurs culottes. Le St.- Galloiê n. AS.
'^ Selon le Su-Gallois, on en pendit 160 ; Schilling estime le nombre total à 450. D'autres comptent 450 pendus et 150 noyés. Dans ces sortes d'événemens le nombre importe moins que le fait; nous croyons le chiffre de Schilling exact. = Afin de venger plus complètement le massacre de la garnison des Glées, le duc ordonna que Texécution eût lieu par les mains de quelques-uns de leurs frères d'armes; Jean Kranx de Latterbach et Pierre Happach sauvèrent leurs jours en remplissant ce ministère, contraints par les mauvais traitemens que Charles leur fit endurer. Le gouvernement bernois les fit emprisonner; il avait résolu leur mort, mais il les gracia sur l'intercession de quelques amis. Au moment de leur libération ils prêtèrent serment de ne jamais se venger. Voy. ce serment aux pages 280 et 281 du t. VI du Geschichtforscher. G. M.
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dbie ^^ qui eflfraya rennemi '^'^. Ce fut le dernier jour de Hionneur de Charles "^^ et de sa prospërilé.
Le gouvernement de Berne , alors pressé par le danffr, mais toujours grand ^ ne craignit pas l'ennemi '^^; sa sollicitude s'efforçait de maintenir le calme parmi ses troupes ^^ , et de laisser au duc les illusions de l'orgueil ^^. Le bruit public accusant Philippe, fils du mai^graye de Bade , d'avoir coopéré à l'action abominable de Roachant^^, leur premier soin fut de protéger contre le peuple le vieux margrave qui habitait^ prés
'* Us moomreDt • aUcriter., animose et fortiter. » CampbelL « Ils moarorent toos patiemment et courageusement. • BuUinger,
^^ « Si joyeasement et si civilement qu'ils inspirèrent à la plupart des eDDcmis de Fefiroi et de Fétonnement > Stumpf.
^ Le goQTemeur de sa maison dit : « Il fit très-durç exécution. (Olivier
et La Uarthe). Mais la Chron. de Neueh, « qu'il aima mieux conqueslre
par adjecte tromperie que selon Dieu et la raison. » Le Confédéré EUer-
Hm: mhe doc de Boui^ogne compromit son honneur à leur égard. »
GeiUiaumm , autrichien de cœur : « La fortune et le sens l'abandonnèrent
dès ce moment. > Un homme impartial , Mahomet , avait dit long-temps
aoptravant : « Si quelqu'un accorde la vie, même à un infidèle , et qu'en-
• suite il le tue, je sévirai contre lui au jour du jugement et il ne respi-
• rera point les parfums du paradis. » Trompette de la guerre iainie , p.8S.
^ Berne deee milice» en campagne, jeudi ap. Esto mihi : « Le ch&leau,
• le nombre et l'armement nous font plaisir; nous avons la confiance
• que Dieu humiliera l'orgueil de l'ennemi ; pour vous, respectez le bon
• ordre , la concorde et la discipline. •
** Berne à $e$ miUcei en campagne , ap. Inyocavit : « Nous n'avons pas
• encore rapporté an Grand Conseil le massacre (de Grandson), afin
• de voiler la chose et de prévenir les cris. ■ Mardi ap. tnvoc. : « Nous
• remettons ce malheur an Tout-Puissant; demain nous célébrerons
• leors funérailles , mais nous en écarterons les femmes , à cause de leurs
• cris. » ^ Ainsi qu'à Sparte après la bataille de Leuctres. D. L. H.
** Poet-êeriptÊon de n. 5S : « Il faut tenir secrète l'approche des Gonl&lérés. >
*> Siroler dit devant le Grand Conseil , qu'ils étaient sortis sur la pa-. jole do jetine maigrave. 2* Ch. ii. 80.
de la ville , la tour de Lombach ; on examina la con-duite du fils; Rodolphe mit sa maison et son pays sous la protection de Berne ^^; le gouvernement le respecta y et ferma les yeux sur les torts de Hiilippe ^^.
Le lendemain de Texécution ®^ , Charles , accompagné des archers du corps ^^ et d*un grand nombre d'hommes considérables ^ se rendit devant Vaumarcus. Ce château , situé sur un rocher élevé , domine la route de Grandson à Neuchâtel. Messire Jean^ de la branche bâtarde de la vieille maison de Neucha* tel ^^y Toccupait avec quarante hommes de la comté. Cédant à la peur ou aux séductions du jeune margrave ^^, il descendit et se jeta aux pieds du duc. Il fut envoyé dans le camp, obtint grâce , puis du service; le duc congédia la garnison^ et confia la garde du château et de la hauteur voisine au jeune chevalier George deRosimboz et à quelques centaines d'arquebusiers ^^.
** Ce fat positivement alors qu'on eipédta la Miuivé n. 12 ; mais la disposition était antérieure; Matter occupait la tour des Bajards déjà depuis plusieurs semaines.
** EtterUn ne croit pas à Finnocence de Philippe : « Le bruit' public Faocusait; il se justiiia tîs- à-vis de ceux de Berne. D'autres Confédérés se contentèrent de cette justification et dès-lors Tafiaire en est restée là ; mais lui et d'antres se comportèrent comme des ennemis contre leurs ennemis. • Il se peut qu'il ait donné sa parole et qu'il UA chagrin de ce que le duc ne la tint pas ; mais il était au pouvoir de Charles et il croyait encore à sa fortune.
** Elle eut lieu }e mercredi des cendres , 89 février.
*' OUv, de la Mareke,, Son gendre fit passer cette garde du cotps an service de l'Autriche, sous la même dénomination.
** La garnison n'aurait pas jugé la capitulation nécessaire. Chron. de Neuch.
'* De 4 à 500. Ib, A l'approche des Confédérés, Rosimboz se retira probablement sur une hauteur avec les cent hommes dont parle Comines.