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vin sur la borne des deux communes , et de le mettre en perce des deux côtés. Le mauvais temps l'empôcha ; toutefois quinze jeunes hommes se liguèrent pour fouler aux pieds la loi en visitant les festins. Quatre à cinq cents hommes, entre autres des métairies de Schwy z ^*, se rendirent de compagnie à une pareille fètea Erlenbach ^^. Quand on eut bu gaiement , on parla de la discipline intolérable des ordonnances. « Les pères ont » combattu ensemble sur les champs de bataille^ I) pourquoi les fils ne boiraient-ils pas ensemble ? Qu'a- » Tons-nous fait pour qu'on nous défende des réjouis- »sance$ fraternelles? Mais les messieurs prétendent » toujours ordonner. C'est à nous de voir si nous vou- » Ions obéir. Serrons nos rangs. » Ik se donnèrent la main. Ensuite ils députèrent vers le gouvernement pour demander qu'il abrogeât ces innovations. Wald-« mann prouva Taneienneté de ces lois simplement re«> nouvelées, égales pour le citadin et le campagnard, leurs avantages économiques , leur modération ; il rappela l'engagement par lequel le bourgmestre et le conseil s'étaient ôté la faculté d y rien changer ; clause peu sage : un gouvernement ne doit point se lier à jamais, surtout pour des mesures impopulaires , et s'exposer au péril de compromettre le repos du pays ou sa propre dignité. Le bruit de ce refus se répandit rapidement. Trois jours après , quinze cents hommes se trouvèrent pour le carnaval au village de Meila^^'', le tisserand Roudi Rellstab à la tète. Â leur prière , on vit venir de
•** Anshelm atteste qn'îl y avait des Schwyzoîs dans ce nombre; nous n'en saurions concevoir d'autres. Du reste il nomme Kûssnacbt au lieu cTErlenbach ; nous suivons BaUinger,
••• Le 26 février 1^80.
•" Le 1" mars.
Zurich Henri Roûst, second bourgmestre^ le grand tribun Léonard Oehen, le tribun Ulrich Widmer, amis de Waldmann , et son ennemi Gérold Meyer de Knonau^ bailli impérial ^^^. Les campagnards se formèrent en assemblée générale ; Tancicn bourgmestre leur parla de son étonnement à la vue d'une assemblée pareille , de leur insubordination déclarée , de ses conséquences. « Us n'en seraient pas venus \k, ^ dit-il à Rellstab y u si tu les avais calmés au lieu de les exciw ter *. >)— « Je n'ai rien fait pour moi, » répliqua celui-ci; puis, se tournant vers le peuple : « Ne sommes- » nous pas tous comme un seul homme? » — « Oui, »oui, » s'écrièrent-ils en levant les mains. Rellstab alors, s'adressant au ];K)urgmestre : « En vérité, un » pour tous , tous pour un , avec corps et biens , nous ji voulons recouvrer nos libertés. Rappelez- vous , ma- » gistrats, comment après la guerre de Zurich vous » nous promites , dans l'église de l'eau, de ne pas nous » imposer de nouvelles charges. » Le bourgmestre , pour modérer ce feu, assura qu'on examinerait tous les griefs, s'ils faisaient des représentations paisibles. Un homme de Wsedenschwyl , le paysan de Mugern , Jacques Meyer s'écria : k Nous nous sommes adressés à vous » par l'intermédiaire du commandeur de Kûssnacht; >i nous vous avons envoyé respectueusement quelques
•" Le J mars.
* JUe tatoiement encore aujourd'hui fort usité dans la Suisse allemande est l'expression, non-seulement de la supériorité du magistrat, de l'ancien seigneur, du riche propriétaire, du maître , mais aussi de la oo^ dialilé paternelle du possesseur de terres envers ceux qui les travailienlt de Tartisan envers les ouvriers, du chef de maison envers les domestiques Dans les contrées les moins traversées par des voyageurs, la vidlie simplicité helvétique tutoie hospilalièrement l'étranger. G. M.
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» députés^ vous n'avez pas voulu les enleiidre ; eh bien ! n entendez à présent les communes. ;» A vrai dire , les autorités n'avaient point violé de franchises; or la scis* sîon et le soulèvement ont besoin des motifs les plus sacrés^ même pour une apparence de justification.
A ce moment le bourgmestre reconnut Tesprit de sédition ; le bruit s'en répandit de proche en proche ; ZoUikon^ commune la plus voisine^ sommée d'exposer ses griefs, députa vers Kûssnacht et Meila, refusant d'entrer en pourparlers avec le gouvernement sans les autres. La fermentation gagna tout le rivage. Il parut à propos de sonder la fidélité des contrées voisines. Elles se montrèrent dévouées, et envoyèrent à la ville trois cents hommes. Dès-lors sur le lac, sur ses bords, chaque nuit un grand nombre de flambeaux et de lumières annonçaient des assemblées, des préparatifs. Jean Waldmann demeura inébranlable. Après le carnaval , dans la matinée du mercredi des cendres , pendant que le bourgmestre et le conseil étaient assemblés, tous les paysans du lac ^ excepté ceux de Kirchberg , parurent en armes devant Zurich ^^®. La ville , fermée, était occupée par les tribus. Sur ces entrefaites arrivèrent l'abbé MuUer de Wettingen , Tabbé Max de Rûti , peu à peu des députés médiateurs de Schaffhouse, de Bâle^ de Rothweil, de l'abbé et de la ville de St.-Gall, enfin de la Suisse entière ^''^. Gubelmann, commandeur de Tordre de St.-Jean à Kûssnacht ^''^ insista pour que
••• Le à mars.
*^* Geax de Zoog arrivèreDt les premiers, le 6 mars; tous les antres dans l'espace de huit joars.
'^^ C'est aiûsi qae le nomme BuUinger ; mais je trouve dans les chartes Wemer Martin ; je suis trop éloigné pour rectifier ce point. L'un était-il l'intendant, l'autre le commandeur?^ Voir Appendice E.
vingt-quatre campagnards, deux de chaque commune ^"^^^ fussent admis devant le Grand Conseil. Ceuxci rëpëtèrent chaleureusement les mots : innovation , liberté. Après la délibération, le bourgmestre, avec ce rçgard et cette voix qui commandaient Tobéissance dans le tumulte des batailles, leur reprocha leur insolence d'oser taxer d'empiétement sur la liberté le renouvellement d'une ancienne loi , désiré par les préposés mêmes des communes dans Tintérétdes familles; il censura leurs attroupemens, promit au sujet de quelques griefs la justice accoutumée, et leur ordonna de retourner chez eux. Us sortirent abasourdis. Leur nombre s'augmenta de cinq cent cinquante hommes du district de Grûningen et de cent cinquante venus de GreifFensée , de TAlbis et d'au-delà ; ils résolurent donc d'attendre à Zollikon le parti que prendrait la ville. Le vin , la bombance , les fifres , les tambours , remplirent de bruit ce camp que grossissaient même des gens de la garnison de Zurich. Le bourgmestre prit des mesures de sûreté. L'intervention étrangère était inévitable ; il espéra la diriger. La nouvelle exagérée d'une révolution dans la république zuricoise attira l'attention de l'évéque^*^^, des comtes combourgeois de la ville ^''^ , de la ligue inférieure et de la Confédération souabe.
Les Confédérés donnèrent audience aux campagnards dans une prairie au bord du lac , près de Zollikon ; le
'^> On en comptait alors dix snr les bords du lac. EdUbaeh, Il faut y joindre quatre députés de UÔngg.
•^* Le pays relevait de Tévêché de Constance.
'^* Montfort, Sulz. Martin Uabliil, d'ane bonne famille de Scbaffbouse, bailli du Ejekgaa (était-ce dans le Bas» pour SaU, oo à Nenldrcb, poor Tévéquc? } offrit particulièrement du «ecours.
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paysan de Mugern porta la parole. On convînt que cin-' quaote d'entp'eux présenteraient les griefs , et que les deux partis s^en rapporteraient à l'arbitrage des Con-* fédérés. Le bourgmestre, plein du sentiment de la dignité souveraine^ rejeta la proposition de £aiire juger laffaire entre la ville et le territoire qu'elle avait acheté 9 comme entre parties égales ""• De sept cantons, eînq étaient démocratiques; une partie des députés avaient personnellement de Téloignement pour lui ^^^ ; le petit-fils dltal Réding pouvait-il se prononcer pour l'autorité absolue de Zurich? Le seul droit d'un canton suisse à' l'égard de la constitution d'un autre était de rétablir la paix à la demande du gouvernement, et, au besoin , de soutenir le gouvernement ^'^^. La loi n'allait pas au-delà ; elle laissait à la sagesse le soin de se décider d'après les circonstances ^'^'^ : une Confédération est perdue quand la confiance ne va pas plus loin que la lettre du pacte. On décida d'entendre la voix du peuple, et d'arranger ensuite l'affaire avec le bourgmestre et une délégation du conseil ^^^.
* Première grande source do l'inimitié toujours croissante des comlunnes du lac. D. L, U«
*^^ Seilcr, avoyer de Lucerne. Le landammann Réding était du parti .français. Nous avons vu»n. G38, des rapports désagréables de Waldmann avec Zuben.
'^' Les alliances avaient été conclues entre les gouvememens; le territoire de la campagne fut acquis plus tard par les armes ou avec de l'argent.
677 p3|. l'effet du temps et de relations multipliées , les campagnes étaient devenues parties intégrantes des cantons; la lettre des vieilles alliances n'était plus entièrement applicable.
"* Le coBseil ne comparut point avec les campagnards devant les Confédérés i ii siégea avec ceui-ci pour prononcer sur les réclamations de ceux-lè.
Les commissaires envoyés vers la campagne^ le tribun Jean Binder et le conseiller Dominique FrauenfeU assemblèrent les communes de village en village. c< S'il » en est ainsi ^ » disait le peuple après les avoir entendus, (( nous nous rattachons au gouvernement , corps >i et biens y comme nos pères, ni plus ni moins, nen » doutez pas^^®. » On ajoutait ordinairement le vœu de Toubli du passé. Cependant , les habitans des bords du lac étaient rentrés dans leurs foyers ; la garnison de la ville avait été congédiée et bien récompensée^®. Avant de se disperser, les paysans se jetèrent sur les villages qui n'avaient pas fait cause commune avec eux, ruinèrent les propriétés, répandirent ou emmenèrent le vin. Le bourgmestre se montra dès-lors tout disposé à révoquer des ordonnances odieuses. Pourvu que le pouvoir subsistât, on voulait bien en restreindre momentanément l'exercice. Or le pouvoir était assuré par le maintien des anciens impôts et du commerce du sel, mais surtout par le serment que devait prêter la campagne d'obéir au gouvernement en toutes choses. On confirma même les droits et les franchises qui n'avaient point été lésés ; le bourgmestre Waldmann et le grand tribun Oehen furent désignés comme garans^^
Il parait hors de doute que Thonneur de la ville et la puissance de Waldmann seraient demeurés intacts>
'^* C'est la réponse de Hôngg , mab on voit que les autres éUieol analogues.
**<^ Fùssli d'après le manuel (les manuels ou protocoles du conseil ont été introduits par Waldmann ) : 5 sch. aux gardes des portes ; remise des amendes encourues précédemment ; récompense au fils d'Albert Meyer, qui se prononça seul à Meila pour le gouvernement.
••* Nous trouvons improbable que les odieuses ordotinances aicnl été abolies alors; on s'en tint à la promesse garantie de contenter ces gens.