‹ Histoire de la Confédération suisse (volume 3)Chapitre 102 sur 127 · LIVRE V. CHAP. m · texte numérisé non relu

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si y par une sollicitude intempestive pour la dignité de Zurich, il n'eût pas compromis la victoire due à son habileté. Lorsqu'on lut dans le conseil le rapport fait de concert avec les Confédérés , Waldmann prononça un discours véhément sur la dignité de la ville , et ordonna au greffier -d'effacer des expressions honorables et d'écrire qu'on n'avait présenté que de prétendus griefs , que les paysans avaient humblement demandé pardon de leur tort, au nom de Dieu, de la sainte Vierge et de leurs pères , et obtenu par grâce qu'on examinerait leurs plaintes dès qu'on en aurait le loisir ^^^. 11 fit lire aux tribus ce document ainsi modifié. C'est à genoux, ajoutèrent des flatteurs, c'est à genoux que les paysans ont sollicité leur pardon. Beaucoup de députés suisses refusèrent de recevoir des mains du greffier ce protocole falsifié.

Waldmann, plus orgueilleux que jamais, fit aussitôt une partie de plaisir à Bade avec quelques compagnons de débauche ^^. Lui-même , plus souvent encore l'huissier de la ville , Schnéevogel , et d'autres adorateurs du pouvoir dirent tout haut, écrivirent même que le bourgmestre connaissait les ressorts secrets , qu'il savait tout , qu'il méprisait ces gens , quatre Zuricois valant à peine un Souabe , mais qu'il n'en méditait pas moins une vengeance éclatante, dont les instrumens ne seraient pas les Confédérés ^^^. Les Goldli,

*"^ An»helm possédait une charte semblable.

*'' • Il est suivi de compagnons dissolus. » BuUinger, « Sa société fri- • vole et dissolue. • Anshelm,

'** Gela donna lieu à supposer des relations illégales avec l'Autriche. Le sèle de Uablizl ( n. 674 ) pouvait-il les faire présumer ? Waldmann

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leurs partisans et leurs amîs entendirent et lurent ces propos ; connaissant Waldmann ^ ils k croyaient capa** ble de tout^ et c(mimuniquèrent leurs craintes à k ville. Toutes les communes où l'on lut le faux rapport et où les députés ^*^ racontèrent la vérité , s'enflammèrent d'une violente colère^ Waldmann averti^ comme sll n'était pas en sûreté à Bade^ revint avec quinze chevaux dans la ville consternée ; il ne tarda pas à y remarquer un murmure sourd ^ de TéloignenaeRt pour sa personne, une contrainte générale , même chez ses amis. Il mit des factionnaires sur le» tours et sur les remparts , établit des postes , augmenta le nombre des gardes de la ville , les pourvut d'épées de batailk ; en même temps il convoqua des délégués pour examiner les griefs.

Les cinquante députés des eommuses du lae témotgnérent au Grand Ccmseil leur surprise de ce qfie ie gouvernement avait outrageueement calomnié leur peuple auprès des Confédérés ; ils exigèrent qu'on re^ demandât et anéantit les protocoles. Ils parlèrent d'un ton résolu. Leurs efforts paraissant inutiles, ils sortirent de la salle, fermèrent la porte avec fracas, et quittèrent en hâte la ville. Ils firent savoir à tous les Confédérés a que la ville les avait calomniés; qu'elle H n'observait pas la convention, que le traité n'existait n plus. » Les Bernois écrivirent avec une égaleaagesse à la ville et à la campagne ; ils déconseillèrent aux

crut en effet terrifier les paysans dn lac, au moyen des 500 hommes de la garnison, eoikmandéa par lui en personne,

*'^ tagherren , députés à la diète ; c'est le titre qu'on donna aux 50 qui avaient eu des conférences avec la comini»îoB des Confédérés et du Conseil.

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paysans toute sédition , sous peine de perdre la faveur fédérale , et promirent leur intercession ; au conseil y ils représentèrent la nécessité de céder sur-le-champ pour prévenir un malheur irréparable. Ils chargèrent de ces lettres le docteur Thûring Frickard, ami de Waldmann, et qui connaissait parfaitement le peuple. On convoqua promptement une diète à Schwyz. Sans attendre la réponse^ les riverains du lac ordonnèrent de ne plus sonner les cloches jusqu'au malin Lcetare^ instant ou le tocsin, partant de leur contrée, inviterait toute la campagne à se porter en armes à Kùssnacht. On refusa d'entendre les délégués de la ville ^ et Ton redemanda les faux protocoles. Le dimanche Lœtare, de grand matin , au signal donné des bords du lac y six mille hommes de presque tous les districts prirent les armes contre le gouvernement et se rassemblèrent dans Kùssnacht.

Au milieu de cette foule furibonde s'avancèrent Conrad Schwend et Henri Escher^ tous deux chevaliers, tous deux illustrés à Morat, et connus par leur attachement, non pour le bourgmestre, mais pour la patrie. Schwend se plaça sur un lieu élevé, au milieu des cris continuels : a A bas! jetez-le à bas ! » Il put à peine faire entendre que s'ils se calmaient on ferait droit à leurs plaintes. A la fin on obtint une suspension d'hostilités jusqu'au retour des députés envoyés par eux auprès des cantons; le bourgmestre Waldmann et le grand tribun Oehen furent entièrement exclus, comme garans infidèles à leur parole.

Ainsi qu'il arrive dans tous les troubles, ce jour révéla les dispositions secrètes de bien des têtes et des cœurs : Félix Brennwald , soutenu par ceux de Winterthur, défendit le château de Kibourg contre les at-

laques des campagnards^^"; Ulrich Schwend fut chassé violemment de Wœdenschwyl ^•'^ ; le bailli de Grûningen mena ses gens contre la ville ^^ ; Kirchberg, les petites villes, dé simples hameaux conservèrent le mieux la vieille fidélité reconnaissante"^^. Le bourgmestre reprit alors sa cuirasse long-temps négligée et sa grande épée, témoins de jours meilleurs; il ne sortait , il ne dormait que bien gardé , mais non plus par l'amour du peuple. La bourgeoisie qu'il avait tant de fois honorée, si long*temps fière de lui, ne le soutint pas même quelques jours : le peuple n'a de sentiment que pour l'heure présente. D'après le convenant de Stanz, les Confédérés auraient dû sauver Zurich. Les bourgeois, dans leur emportement enfantin, voulaient qu'on chassât les paysans ( bien que sans moyens d'exécution ), ou menaçaient de passer de leur côté.

Dès que la nouvelle du tocsin se fut répandue à Schwyz, les députés des Confédérés, ceux d'autres villes et de seigneurs étaient montés à cheval pour se rendre en hâte à Zurich. Le bourgmestre dînait avec

sss Zurich à fVinterthwr, SO mars : on enTOÎc le chevalier SchwarxiDOurer avec 14 hommes; les dames de Tôs font moudre, pour lechltean, 50 muids de bled. D'après BuUinger, les impôts levés depais 12 ans se trouvaient là, chose surprenante, puisque le revenu delà ville n'était rien moins que considérable. Brennwald est le père d'on historien.

*"^ Dans la lettre n. 686. La première enceinte et le chAtean avancé étaient au pouvoir des campagnards; Zoug intervint comme médiateur.

*^" A examiner si ce fut Jean Widmer, fils du vieux ami de Waldmann. on le nouveau bailli Wemer Stnki. Si ce fut le premier, sa conduite s'explique par sa faiblesse timorée. =a Voir Appendice F.

«89 winterlhur, Steîn, Eglisau. BGlach, Kirchberg déjà maltraité, Wynîngen, Allstetten, Wiedikon, Riedem, les quatre gardes (Wacfaten) demeurèrent fidèles. BuUinger.

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eux à Tauberge de l'Épée ^ quand soudain les cris , le tumulte se firent entendre : sur le pont entre Tauberge et rhôtel de ville quatre hommes assassinèrent le haU lebardier Schnéevogel qui avait mal parlé de la disposition des Zuricois. Les députés suisses ne retinrent qu*à grand'peine le bourgmestre , qui volait à son secours ^^. Les meurtriers se réfugièrent dans une église^ mais dans la même journée ils se montrèrent en public. Son fidèle serviteur^ dont Tintelligence ^ le cœur, le courage lui étaient assurés ^ venait de périr ^^^ : ou lui conseillait de s'éloigner ; il estima qu'il était plus digne de paraître. 11 voulait se rendre le lendemain de tribu en tribu, pour leur parler. Ses ennemis, qui furent informés de cette résolution , redoutèrent TefTet que sa parole^inspirée par le péril , produirait sur les citoyens qu^ils n'avaient qu'à peine détachés de lui par de longs artifices. Us formèrent leur complot. La nuit se passa.

Le bourgmestre^ après avoir visité quelques tribus^^^, rencontra des bourgeois qui lui demandèrent au n^m de la commune de convoquer le Grand Conseil, Tandis qu'il leur parlait on entendit sonner la cloche de convocation. Waldmann se rendit en hâte à l'hôtel de ville j où personne ne sut dire comment cela s était fait. Les tribus ne le voyant pas venir se dispersèrent; la multitude, remplie d'inquiétude et d'àtteute, se pressait vers le pont inférieur, voisin de la

Ils l'empoignèrent vigoureusement • Anthelm. "* • Homme vif et vaillant • BuUinger, • Uomme vif et agile. • An$helm,

*** Bic/lf'nger, après avoir rapporté son discours aux tribus, ajoute m marge : • Par ceci chacun comprend toute l'aflaire à fond et selon h • vérité, et peut juger si Waldmann méritait le glaive. •

viu. a8

salle du Conseil , où les ennemis du bourgmestre, Lazare Goldli à leur tête, poussèrent à l'extrême Tangoisse générale ; à la fin le peuple désespéra de tout moyen de salut. Lazare dit alors qu'il était fecile d'exiger du gouvernement la réconciliation avec les bords du lac. Des acclamations unanimes le chargèrent de ce soin. On lui adjoignit deux citoyens ^^ : il en choisit un de chaque tribu , ordonna un armement secret , et s'empressa de monter à l'hôtel de ville. Quand on l'annonça, le bourgmestre pressentit quelque malheur. Goldli demanda que le Grand Conseil nommât une délégation , qui , a mieux que d'autres gens , *> négocierait la paix avec une délégation de la commune* Il sortit ensuite^ sans attendre le ccmsentement; son domestique l'attendait sur l'escalier avec sa hache ^'^^^ines et sa cuirasse. Ainsi armé, Lazare courut au milieu de ta foule : (1 Que Dieu prenne pitié de la pauvre ville! » s'écria-t-il plusieurs fois tout haut. Des partisans gagnés dans diverses classes du peuple et diversement armés, répétèrent cette exclamation : « Combien de » gens ont enduré des torts qu'ail faut réparer matnte- >i nant I » Dans toutes les rues , reffi[*oi , la fureur, la curiosité précipitaient la foule vers l'hôtel de ville. li siégeaient les députés suisses, mais on avait écarté Thûring Frickard ^^. Là s'éleva le tumulte le plus sauvage : « A bas ces hommes! qu'ils scurtent! Waldmann, c'ea » est fait de ton gouvernement , de ton orgueil I Ton

'*3 Henri Schmid et Jean HerlH , dont on n'avait jamais enteoda pv^ 1er ; les hommes du caractère de G51dii aiment à sanver les apparences

"* AntfuUn, Berne envoya dans de bonnes intentions cet boim* habile, mais elle aurait dû lui adjoindre un homme imposant par soa indépendance»

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