‹ Histoire de la Confédération suisse (volume 3)Chapitre 111 sur 127 · LIVRE V. CHAP. ai · texte numérisé non relu

LIVRE V. CHAP. ai

ce brigandage dans son propre intérêt; elle paya ce malheur de Tépuisement total du trésor public et de plus de vingt mille florins en sus, exemple qui montre ce qu'on gagne en ayant la faiblesse d'abandonner un grand bomme à la merci de ses ennemis.

Pendant sept semaines^ tant que le commandant de la ville, Lazare Gôldli, à la tête du conseil extraordinaire^ gouverna la république, la ville et la campagne furent plongées dans une ivresse inquiète et pesante. A la demande des Confédérés , la commune des Zuricois s'assembla dans l'église de Teau pour délibérer sur la question , si ce gouvernement subsisterait plus longtemps? Une multitude dont on n'a pas travaillé Tesprit manifeste rarement une opinion décidée''^. La nuit servit à instruire le peuple. Le lendemain matin une assemblée des connétables et des tribus institua une commission pour rétablir Tancienne constitution 6n la corrigeant. Elle fut modifiée d'après des principes dont on avait fait un crime au bourgmestre Waldmann ; ainsi , les membres du conseil , autrefois pris la plupart dans la connétablie , devaient à l'avenir être librement élus en majorité d'entre les meilleurs citoyens '^^ , et dans le Grand Conseil même les connétables ne devaient pas avoir une prérogative sensible sur les tribus '^^^. Mais le pouvoir des tribuns fut limité aux intérêts des métiers et aux différends des tribus. En cas d'événemens subits et importans , quand l'honneur et la sûreté

^'^ Les boargeois se divisant au point qn*on ne savait pins oft Ton en était BuUinger,

'** Sous Broun, ils en fournissaient 13 (t. II, S90 et. suiv.) ; après Scbôn, le nombre ne fut pas exactement déterminé , mais probablement il y en avait beaucoup (t. UI , 324 et 325) ; maintenant seulement 2 , ou, si l'on prend ensemble le conseil d'été et le conseil d'hiver, 6.

^** Us en fournissent 18 ; chaque tribu, 12. .

publiques exigeraient des mesures promptes^ le pouToir de les prendre fut confié aux deux bourgmestres et aux trois grands tribuns réunis. Les grands tribuns reçurent en quelque sorte un pouvoir censorial sur les abus pour lesquels il n'y a souvent point de plaignant. Il est évident qu'après la ruine de cet homme, objet de tant d'envie, on ohercha le repos au moyen de formes dont l'équilibre pouvait satisfaire tous les partis. On retira aux tribuns nombreux un droit de sur-* veillance dont il élait facile d'abuser^ et on en investit un collège d'autant plus responsable qu'il était moÎDS nombreux, sans donner aux connétables, en dédomina* gement des places importantes qu'ils perdirent, mi ascendant qui pût exciter l'envie. Par le même priiH cipe on n'éleva sur le siège de Waldroann aucun des Goldli^ mais on élut pour bourgmestres le dieva-* lier Conrad Schwend et avec lui Félix BrenniPvaU, hommes fermes, moins attachés à un parti qu'à la patrie.

Les torches de la sédition s'allument sans peine, mais on ne les éteint ni aussi promptement ni aussi complètement qu'on le désire. Le festin donné sur h place du Lindenhof aux bourgeois et aux campagnards, en Thonneur du nouveau bourgmestre , ne suffit pas pour réconcilier les esprits. Les députés réunis de la Confédération et du g^Muvernement s*étant rendus a Meila ^ les paysans du lac refusèrent le serment d'obéissance, parce qu'on voulait indemniser des sujets fidèles pour le pillage exercé chez eux ; Gruningen différa la prestation du serment par opiniâtreté^''^. On vit alors que ce qui avait manqué au commencement

7 70 «Parbleu, je veux garder ce moroeau et ne pas jurer aujourd'hui ; demain je ferai ce que je doif^. •

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de ces dissensions pour y mettre un terme avant la catastrophe^ ce n'avait été ni l'énergie ni le savdr-faire ^ mais la volonté. Le landammann Réding s'écria plein de colère au milieu de la foule : a Adieu. Nous ren- » drons compte de votre conduite. Si leurs Exoellences )) de Zurich requièrent notre secours contre vous, nous » marcherons avec elles, sachez-le. » Aces mots, lui et les autres descendirent rapidement de la tribune vers les barques avec tous les signes de l'indignatioa. A Grûningen on demanda sèchement, mais avec fermeté, si réellement ils refusaient de prêter serment. Ils virent que la chose était sérieuse : le serment fut prêté. Au sein du conseil même on ne put dompter aussitôt la rage des hommes de parti : ce fut alors que l'on exerça tant d'atrocités contre le vieux Widmer ; alors encore ou fit expier à l'ancien bourgmestre Roûst, par une amende de cinq cents florins, l'amitié de Waldmann. Insensiblement la modération reprit le dessus , et la soif du sang fut enfin étanchée par un acte de justice sanglante. Le sage greffier Ammann, commensal de Waldmann , à qui la sédition ne pouvait pardonner et qu'elle n'osait punir '^''^, reprit ses fonctions; il en fut de même de l'ancien bourgmestre Roûst et d'un grand nombre de tribims , enfin, dû fidèle beau-fils de Wald* mann , Edlibach , qui survécut à toute cette génération de conseillers et de bourgeois. Mais celui qui par l'assassinat de Schnéevogel avait répandu le premier sang au milieu de ce tumulte, Nicolas Hess, un des conseillers de Gôldli , fut arraché par la force des armes du Frauenmûnster, asile de tant de réfugiés , et on lui trancha la tète , aux grands applaudissemens du peu-

"' a n ne doit être ni conservé ni destitué. »

ple''^^; on le punit moins encore pour son assassinat, que comme le plus impopulaire de ceux qui avaient voulu renouveler les troubles, parce que personne ne pouvait satisfaire leurs prétentions insensées^ ni Gôldli avec son conseil cornu , ni le gouvernement restauré. Duldimann^ son beau-père , ayant parlé trop librement de son supplice , subit le même sort. Staemmeli fut décapité pour des discours semblables. La terreur saisit ceux qui avaient terrorisé la ville ; l'épouvante se répandit dans le b^s peuple quand il vit ses semblables monter sur Téchafaud '^''^. On déposa le glaive , ou fit remise d'amendes non payées, et Ton brûla beaucoup d'écrits '^'^^, entr 'autres l'histoire de ces événemens composée par Jean d'Armbs , trop tôt et peut-être avec trop de vivacité '''^^.

Une agitation universelle fit comprendre aux Confédérés le danger de favoriser la sédition. Si la voix publique demanda l'interdiction de toutes les pensions étrangères accordées à des individus"®, ce fut peu de chose au prix de la proposition faite par des Schwyzois"^^^, peut-être bien intentionnés » de déclarer

^^* « Avec grande faveur, » dit aussi Amhelm,

^^* • La commune dit alors ; > Quand finira celle boucherie?

^^* Surtout les Uvre9 det maîtres , où Waldmann avait noté pour mémoire bien des choses qui ne plaisaient pas à tout le monde.

^^^ Le chanoine Breitinger, dans un catalogue manuscrit des auteon d'histoires dç la Suisse. Était-il Tbomme que Waldmann , Sabwend el Escher i chargèrent d'écrire une chronique» ( FuuU, 87), ou bien leor décision donna- telle naissance au travail d^EdUbaeh, si bref sur cette $^tion, mais sans en laisser méconnaître la tendance?

^^' Lettre de pensions, 1489.

^^^ Leur pays était alors aussi divisé par des factions , cl le laDdaBmann Didier An derHalden, l'ancien, avait eu des affaires désagréable- Amkelm,

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