LIVRE V. CHAP. I
an Doayeinent subil ^''^y l'ayaiit^garde des Suisses s'a- KUKa vers l'ouverture de la haie vive. Us approchaient en deux colonnes, Hailuvyl sur la gauche, le corps d'armée sur la droite, Hertenstein derrière eux, prêt à toai événement. L'artillerie bourguignonne commença de jouer ^''^; les boulets emportèrent les tètes de maints Coofédérés^ désarçonnèrent maints cavaliers de Lormue^^; le duc René lui-même eut un cheval tué sous lui^^^ ; plus de deux cent cinquante hommes , près de cent trente du principal corps d'armée ^"^^ furent itavaraés, et les Lorrains surtout mis en péril par h cavalerie de Bourgogne ^''^. Cependant, la plupart des coups portaient trop haut , dans les arbres , audessus de l'ennemi ^^^, qui, à Tabri de leur atteinte, oourulsur les canons ^^^ Tandis qu'on se battait dans œ lieu avec des efforts inouis , non sans espoir pour Charles, un corps de troupes, secrètement détaché par flallwyl , tourna la haie vive et tomba des hauteurs sur le flanc de l'ennemi , en poussant des cris formidables ; le directeur de l'artillerie succomba , la terreur et le désordre livrèrent ses pièces aux Suisses. Tous les Confédérés , pleins d'ardeur, sautèrent dans les fossés ^^^,
"^ Elle avait été couverte par les bois ; on peut l'inférer du récit de DtMod et de la nature des lieux.
'** BmUingerpvAe de 8 serpentines, F toi de 80, d'autres même de 40.
*'• BiterliH l'a ru.
*" Bea^. n ajoute que le duc se battit ensuite long-temps à pied.
"* La Chron. de I^eueh. , qui donne ici la narration la plus précise , <iit : « En l'aBsaut des pois et des canons. »
'^ C'est de ce péril que Hallwyl tira le duc.
*** Des branches tombaient avec grahd bruit sur les Suisses. BuUin»
^" ■ Car on marchait vigoureusement en avant , sans s'arrêter et sans Rgvder derrière soi. > Etterlin, "^ « Les ennemis leur transpercèrent 10 ou i2 hommes. • Edlibaeh,
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arrachèrent , foulèrent aux pieds la haie ; ceux de TEnt** libuch et de TOberland transportèrent de leurs bras nerveux les canons des Suisses au-delà du fossé , tournèrent ceux de rennemi contre lui-même^ et le forcèrent à quitter sa position ^•^ et à se retirer vers le duc. Le corps de bataille des Bourguignons ^^^ sous les ordres du prince d'Orange et de Philippe de Crévecœur, s'étendait^ encore intact^ depuis Courlevon jusqu'au Bec-le-Greng; à gauche , au bord du lac, le grand-bàtard avec Adolphe de Ravenstein ; à droite , Charles en personne , devant le front de ses troupes , ayant à ses côtés le prince napolitain^ un duc de Sommersety la garde-du-corps , les braves Anglais, la meilleure cavalerie; derrière Morat, Romont, main* tenant masqué , mais ennemi dangereux s*il venait à se faire jour. On ne laissa pas au duc le temps de se reconnaître; Hallwyl et ensuite Hertenstein, à la tète de forces considérables, purgèrent les hauteurs deCourgevaux ; le duc de Lorraine, enflammé de vengeance'^, le comte de Gruyères et Thierstein, rivalisant avec l'infanterie ^'^, Waldmann enfin avec tout le centre, attaquèrent le gros de Tarmée avant qu'elle ne pût prendre position. Bubenberg, de son côté, ne craignit pas de faire une sortie qui jeta le désordre parmi
>'* La bannière de Thoune se distingua de telle sorte , qu'elle mérita que l'étoile noire de ses armoiries fftt changée en étoile d'or. RMn snr la constitution ( Handëutejde Thoune.
*** On ne pensait plus à se battre ce jonr-U , de manière que plnsieais furent surpris par la fuite ou par la mort, dans les parties les plus distantes du camp, sans savoir ce qui se passait. EtterUtu
*"^ « Portant grande haine et vindication an duc Charles et sTesjoiiîfsant d'en être témoin. » Chron, de Neueh,
**' L'infanterie mettait en pièces ceux qu'ils abattaient BiierUn, Elle emportait hors de la bataille les blessés. BuUinger.
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k$ Lombards du bâiard Antoine^ rangés sous les arbics au bord du lac^^'^. L'armée du duc, quoique considérable et bien ordonnée , comptait beaucoup lie sujets très-mécontens d'une pareille guerre, et 00 grand nombre d'étrangers soldés, qui redoutaient cette terrible lutte ^^^; entre les uns et les autres riaient la haine et la défiance ; en général les esprits étaienl; mal disposés; les offenses du duc, le peu de foi en sa fortune , l'or de Louis XI, avaient ébranlé la fidélité de la plupart des chefs. L'ennemi se battait avec ane ardeur unanime pour la ville de Berne, et chacun pour soî*^, rendu plus audacieux par les blessures ^^ , du reste, prêt à mourir, calme et résolu ^^*.
Tton loin de Charles, qui put le voir, le sort de la journie fut décidé par un combat opiniâtre dans lequel la garde et surtout les Anglais déployèrent la plus grande
^^ On ii« saurait douter de ce fait : Galiot deGenoaillac, dont le dac mît dédaigné les avis, arrêta pendant quelque temps les 600 avec ses SMIaneeSb DmlUou
^^ OihUr de U Marehê, témoin oculaire.. Blarru, contemporain:
Plnrimus illi miles , sed n certare coactos.
*** Btarru : Helvetios, propria rem pro tellure gerentes. ^— Et jam pro patria fortes , obstantia frangunt Castra, viros.
En gfoéral • dans un temps où un grand génie ne fait pas équilibre aux grandes Ames,
Optimns hic pro re • cni nomen publics , miles Quisquis fuit^ pro se etpugnans arisque focisque.
>•• Est genti HeWctic» mos , plus audere reoepta
Vulnera post, fusique solo post damna cmoris. Ausai Trai, mais moins harmonieux que « Duris ut îlez tonsa bipennibus. •
*>« Hinc leli ad letum , et nudi in praelia currunt.
.... Geminant animos mulgentque cruorem.
Non alio quam si peterent convivia vultu.
valeur. Mais Tavantage du lieu , la colère et le nombre l'emportèrent^®^; le désordre àe mit dans la cavalerie; répouvante dans l'armée ^^^ J la terreur de sa destinée saisit rame du prince. Une fois encore^ rassemblant son courage , Sommerset repoussa les comtes de Thierst^ et de Gruyères, lorsque Charles lui ordonna de couvrir la retraite de l'infanterie ; mais dans cet instant une balle ennemie lui donna la moft^^. Quinze cents gentils*hommes jonchaient la terre; Charles avait vu tomber Philippe de Grimbergh , jeune homme éminent par ses richesses et ses vertus ^**. A Theure du péril, Jacques
*** II manquait aux Bourguignons un appui. GoUut.
*** « On commença à fuir épouvantablement. » EdlibaûL
*** Noos savons qu'Edmond , dernier duc de Sommerset , de la maison royale de Lancastre , fut décapité le 6 mai 1471 » après la bataille de Tewksbury , et que le même jour son frère Jean périt pendant la fuite ; que le titre ducal fut supprimé alors, et rétabli seulement en 1498 ; que Charles Sommerset, fils naturel de Henri , frère d'Edmond , ne péril point à Morat, mais mourut en 1526 à Windsor. Pour déterminer qui fat le noble héros tué ici, nous désirerions apprendre ce que devint Thoma», frère de Henri et d'Edmond. Tout ce que nous savons par les livres, c^est qu'il mourut jeune et célibataire. Se serait-il mis au service de Bomngogne parce qu'il n'était pas en sûreté en Angleterre? Cette question se rattache à une autre : les Anglais de la bataille de Morat formaient-ils un corps levé par Charles lui-même , ou prêté par le roi Edouard IV ? Dans ce dernier cas notre conjecture ne serait pas admissible , et il faudrait examiner si, après 1471 , ce monarque conféra le titre de duc de Sommerset à quelqu'un qui, mort jeune et sans héritier , peut avoir échappé à l'attention des historiens anglais. Imhof,HUt. geneoL M. Briu ch. XI, tab. XV ; BoUon , The extinet peerage ofEngland ( London 1769} p. 260 sqq.
**^ Meyer , Ann. rer, Flandr, et Calmet font mention de lui. Nous passons sous silence le fils aîné du connétable de St.-Pol, qui ne laissa point d'héritiers , parce que nous croyons qu'il périt déjà devant Grandson. On parle de deux princes de Glèves que nous n'avons pas trouvés jusqu'à présent dans les registres de famille. Le duc alors r^ant avait soixantetrois enfans naturels; donnait-on à ses fils le titre de princes? H en a pu
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delhes, forcé d'opter entre la vie et la banoière confiée à a foi, lia la bannière autour de son corps et de son bras , et choisit la mort ^^. Alors apparut sur ks hauteurs ^ derrière l'armée , un corps nombreux , Hertenstein à sa tète^^. Cependant on vit disparaître h bannière du grand-bâtard ; un homme du Hasli l'amit enlevée ^^. Le désespoir s'empara du duc; il maudit la bataille et la Tie^ et tourna bride , trois mille cavaliers avec lui ^^ ; il s'enfuit* Au-delà du champ de bataille les cavaliers se dispersèrent; le prince , hors de lui y morne ^ suivi d*à peine trente hommes ^^, trottant le reste du jour et la nuit, surtout la nuit, atteignit le lac de Genève *^' .
Dans le champ du carnage , près de Morat , planaient sur l'armée abandonnée tous les genres de mort. Les bannières et les drapeaux des Confédérés se
à cette bataille qoelques-nns dont les noms manquent dans la gén^ogies des familles. Ducloê nomme encore Montaigu , Mailli , BonrnooTille.
"* Pomias Heuteras.
*' Plos loin le comte de Gruyères intercepta^ la route de Lausanne.
"' Léonard Moser; il en fit présent à Zurich , qui lui donna en réeompense le droit de bourgeoisie. Léo.
*** Heater, BulUnger croit qu'il prit la faîte à temps. L'infortuné n'étail plus maître de lui-même.
*** Atcc onze cavaliers seulement , s'il en faut croire Calniet»
*** n Tant la peine de remarquer avec quelle politesse le maître- d'hô- Id en parle dans son journal : «Le 22 juin.... par fortune de guerre il a fnl mis en déroute , tellement qu'il convint à ses gens de guerre , de • le retirer, et abandonner le camp , et à lui de les suivre ; ce qu'il » fit en petite compagnie; et vint an giste de Morges , pays de Savoye , « et toutes les provisions de tous les officiers furent perdues. • Eit^ d'une anc. cbron, dans le Comine$ de du Fre$nojr, II, 220.
répandirent sur la route d' Avenches ^^^ ; au milieu des cris, « Briey ! Grandson! » on massacra tout^ sans pi-* tié pour les supplians^^^. Dans le désespoir universel , des cuirassiers *^ et des Lombards ^®*, au nombre de plusieurs mille *^, voulurent longer M orat et rejoindre le comte de Romont à travers le lac^ couvert au loin de roseaux. Us marchaient dans Peau , serrés les uns contre les autres ^''^ lorsque tout d'un coup le sol marécageux s^enfonça sous le poids des chevaux et des superbes armures ^^^; d'autres, chassés en avant par des nacelles et par les coups qu'on leur tirait de la ville , furent subitement engloutis dans les profondeurs. De tant de milliers d'hommes , un seul cuirassier sauva sa vie comme par miracle ^^^. Us n*eussent pas trouvé
**' A deoi petites lienes; même ja8qif& Piyenie. EiterUnei le 5^.-
Gallois,
Aot aPiQs cruel qa*k Morata devint une expression proYerbiale. Viol dit t «La Ligue n'a de haine que contre le sang français.» D'autres affirment qu'en général on n'épargna aucun noble , et une chronique fribourgeoUe , que quelques-uns furent noyés à Morat même , après la bataille. L'outrage de Grandson et de Briey avait produit un ressentiment profond.
^* Quelques-uns iO, d'autres 6 on même 8,000.
*•• Du corps de Ravestein.
*** Ceux-ci étaient les plus nombreux.
**' Etterlin : t On croyait voir nager tine quantité de mouettes. • BuUinger .- « A les voir, il semblait qu'on pftt marcher sur leurs têtes, comme sur un plancher. • D'autres les comparent à des canards, et racontent comment on les ajusta, La comparaison d'Etterlin manquerait d'exactitude , n'étaient les cheveux noirs des Italiens.
*•• Waiiewyl rapporte que de son temps encore on trouvait là des armures de prix. H y en a sans doute beaucoup au fond de la vase.
*•• Le bon Haffner prétend qu'il se voua à St-Urs ; il ajoute que sa .cuirasse est à Soleure. Un grand seigneur, raconte-ton (quelques-uns disent à tort que ce fut le duc], étant échappé, transperça un page qui s'était attaché à la queue de son cheval , et qui l'exposait ainsi à être pris. Nous ne connaissons là-dessus rien d'authentique.