‹ Histoire de la Confédération suisse (volume 3)Chapitre 32 sur 127 · LIVRE V. CHAP. I · texte numérisé non relu

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yTépandît de la chaux vive, puis de la terre. Plus tard^ après la dissolution des corps ^ on rassembla les ossemais dans un ossuaire ^^^ : ce monument laissé par (3arles-le*Hardi^^^ ce souvenir delà bataille , pensait-on, modérerait peut-être d'autres princes ^ et perpétuerait le dévouement parmi les Confédérés ^^^.

*» En 1480. Ce monument de la force d'un peuple libre et uni , vé- DénUe comme les monumens de Marathon , de Salamine , de Platée , fut détroit lors de finvasion de Tarmée révolutionnaire française, te 2 mars 1798. ( On avait écrit an iHrectoire le 22 Jais « anniversaire de la Imaille de Morat. ) Mais Bubenberg et Hallwyl , mais les guerriers de la joamée de Morat ont leur place assurée auprès des héros éternisés pir la gloire. = Un des monumens les plus respectables que la Suisse possède et qn'on ne touche pas sans émotion et sans recueillement , c'est Tépée que Jean de Hallwyl portait à la bataille de Morat , et qui avait été àbçKKt» k c6té de lui dans sa tombe. Elle se voit au ch&leau de Uallwjl, avec plnnears souvenirs qui produisent une impression différente ; ce sootr^iéeet la lance de cet autre Jean de Hallwyl qui périt à Sempach, dus la rangs derAutriche, à laquelle 0 était dévoué (t m, 262 et270}, 6t le glaive avec lequel la reine Agnès, non loin de là, dans un lieu qu'on reconnaît encore, fit trancher la tête à soixante-trois gentilshommes et antres gens de guerre, pour venger la mort de son père Albert. (T. m, 254) CM.

^* « Dm Optimo Maximo, Caroli, mefyti e< fortisêimi Burgttndiœ dueis,

• txereituM, Moraimn obêitUnâ, ah Hêlvetià eœêtu, hoe $tU monrnnêwtum v-

• Uqmiu • Telle était l'inscription de l'ossuaire, sans jactance, sansinnlte.an malhear; le vrai béros respecte l'ennemi; il craint Mémésis. =s Le grand conseil du canton de Fribonrg remplaça noblement en 1822 rossoaire détruit par un obélisque de trente-six pieds de haut, posé sur trois marches et dont le caractère et l'inscription sont dignes de la simplicité de l'ancien monument On y lit : Vietoriam, xxii Jun, ■ooccLxxvi. Putrmn eoncordia pariam» Novo signai lapide. Resp, Frib^ ncccxxn. C. M.

*** «Arrête^ Helvéticn, ci-git l'armée audacieuse qui fit tomber

• Liège et trembler le tr6ne de France. Ni le nombre des aïeux, ni laper*

• fection des armes, mais la concorde qui conduisait leurs bras a vaincu » l'ennemi. Frères , apprenez le secret de votre force , il est dans voire

• fidélité. Puisse-t-elle revivre dans le cœur de chaque lecteur ! » Ces versdeHallcr étaient aussi écrits sur l'ossuaire. Si la leçon qu'ils renfer-

Deux jours après la bataille , les Bernois ^ transportés de cette gloire conquise à tout jamais *^^, écrivirent à leur milice ^^^ une lettre terminée par ces mots : « main- » tenant il ne oianque plus qu'une chose à notre bon- » beur^ c'est la paix^ une paix solide. l<a guerre » seule amène la paix ; la terreur des armes la fortifie. » Dieu nous donne sagesse et force. Sus donc^ nos » frères. Souvenez- vous des complots sanguinaires de » la mai3on de Savoie, des infidélités fréquentes de » Genève. Quand serez-vous réunis de nouveau en si » grand nombre "^ ? » L'assemblée générale de l'armée trouva incommode et superflu d'occuper avec tant de troupes un pays épuisé. Au troisième jour, la moitié de chaque contingent partit du champ de bataille pour rentrer dans ses foyers , Tarrière-garde en tète sous la conduite de Gaspard de Hertenstein , ensuite Hallwyl , puis Waldmann de Zurich et beaucoup d*autres x ^yec

ment avait été écoutée, rossaake snbsisterait encore, peat-étre an second à côté de lui. «a On ne combattait pas alors pour des maîtres , mais pour une commune patrie. Si Ton recouvre celle-ci, elle aussi retrouvera ses braves enfans. Mous avons vu, en iSOS, les descendans de plusieurs des héros d'alors, sollicitant dans l'antichambre de l'étranger, et comme une grâce , l'indépendance de la patrie. Sans doute les ombres de leurs aieux ont dùrougir pour de tels descendans. D. L. H.

**^ « Nous ne saurions concevoir un sort plus glorieux qui pût être » notre partage. » L'honneur chevaleresque paraît surtout les animer. Cette ville se distingua dès l'origine par un sentiment élevé.

*'* La lettre est imprimée dans StettUr, 261 1 « Sévères, prudens. • sages et chets seigneurs , les chefs , fldèles coliques et citoyens. >

* C'eût été alors le moment de resserrer entre tous les habitans les liens de la fraternité , de renoncer à cette prernicieuse avidité de domination. Le salut de la patrie était dû à tous les braves., nobles , bourgeois, paysans , p&tres. On ne vit pas tout cela, probablement parce que la séparation n'était encore qu'insensible. D. L. H. = La Lettre de Berne pourrait tout au plus faire présumer la conqujête , mais noix la domkialion an profit de quelques-uns. G. M.

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des bannières conquises , l'artillerie enlevée et une multitude de chariots remplis de butin. Us trouvèrent dans la plaine verdoyante de Bûmpliz le jeune de Schamachthal , fils de l'avoyer ^ à la tète de toute la jeunesse de Berne ^^^ témoignant avec enthousiasme qu'ils conserveraient à jamais dans leur cœur et transmettraient à la postérité le souvenir de ce dévouement firatemely auquel ils devaient le salut de leurs fSréres. La ville de Berne , parée de ses omemens de fête , les traita pendant deux jours^ et sa population leur fit cortège jusqu'à une grande distance ; jamais guerriers victorieux n'inspirèrent plus de confiance et d'amour. Le duc René reçut des Confédérés des canons en prévoûi*^ ; une jeunesse martiale se joignit à lui de tous les cantons y et il se hâta de reconquérir ses États^^^. Des diangemens dans les bannières ^perpétuèrent en plus d un lieu la mémoire de ces événemens ^^^.

Bonze mille hommes se rendirent du champ de bataille au Pays-de-Vaud pour envahir les seigneuries de leur ennemi, le comte de Romont, et pour punir la Savoie , qui , infidèle à son serment , avait soutenu le duc et lui avait donné passage contre la Suisse. Tout s^enfuit sur la rive opposée du lac Léman y dans l'inté-

^ Sialder, Pragmens êur l'EntUbueh ,L IL Sar Zurich, Balllnger.

*** n ne s'empara point, comme on l'a dit , de toute rartiilerie sur le champ de bataille; le recé$ de Beme du commencement de juin est très-explicite à cet égard : il demanda avec des paroles amicalss qualqaeê canons. Les antres furent partagés dans une diète à Fribourg. • iM , parlemqne abduxit ab illis. Ab omni arfoe aliqaot » Blarrorivo. n poussa jusqu'à Epinal ; ce lieu se rendit à son apparition. On avait répandu le bruit de sa mort fVttVêtiêen.

**' If ous l'avons tu à l'égard de Thoune ; par une distinction que le doc René accorda sur le champ de bataille , la bannière deBàle fut écar* \éét,Id.

rieur du Jura et par-delà; les vieillards et les femmes , qu'ils éparguèreut^ le clergé et un petit nombre de magistrats vinrent seuls à leur rencontre dans un état pitoyable. On n'égorgea personne j mais on pilla beau* coup*. Pendant que les bannières étaient à Moudon, la nuit fut soudain éclairée par l'incendie du château élevé de Lucens^^^. Aussitôt le con$eil de la guerre eavoyades messagers pour préserver Téglise de Notre- Dame de Lausanne d'un malheur semblable. Le comte de Gruyères avait pris les devants; il conduisait dans ses montagnes une file de chariots chargés de butin ^'^* Des députations de Genève ^ de la Savoie , de la France vinrent auprès des Confédérés solliciter un congrès pour la conclusion de la paix. Elles leur apprirent le sort que la duchesse Yolande s'était attiré par sa politique peu sage ^^^.

Le duc de Bourgogne était arrivé , sans débrider y de Morat à Morges^ et le lendemain dans la petite ville deG^L en Savoie^ non loin de Genève. Il y demeura quatre jours ^^^ Le comte de R<«nont l'y trouva. Le prince de TarciiMe ne reparut pas. Charles Tayait long-temps bercé » comme tant d'autres^ de Tespéranœ d'obtenir sa fille unique ; Frédéric était un jeune prince aussi remarquable par l'esprit que par la beauté, et magnifiquement doté par le roi son père.

* Noos ne l'avons pas rendu en I79S , malgré le soaTenir récent des avanies de 1792. Les patriciens et même les baillis ont conservé leois propriétés. D. L. H.

^* Appartenant à l'évoque de Lausanne.

*>* Stumpffbk^ , 6. Les Confédérés ne purent pas empêcher leurs propres gens de piller les églises. Schilling.

*** Sur cette expédition^ Schilling, Edlibach , Etterlin.

**^ n y resta jusqu'au 27 juin aux frais de la duchesse. Compté dm wutttrtdthétel dans YExtrait tTunc chronique, Comints, t II.

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Anilt la guerre déjà il avait remarqué que Charles cherchait à gagner la Savoie par les mêmes espérances ; il demanda aussitôt un passe-port au roi Louis. Mais ia guerre le retint ; il combattit à Grandson ^ peut*étre i Morat; la veille de la dernière défaite , il reçut de soQ père Tordre de prendre congé ^^. Charles devait du reste s'apercevinr' que son crédit bais»it généralement ^^. Il était alternativement dans un état de furear et d*absence d'esprit; souvent il restait assis en silence des heures entières , négligé dans toute sa pertaaae^^y sans nourriture^ sans faim ; tout à coup il se kvait comme en sursaut, grinçant les dents , s arrachant les cheveux, terrible aux siens , familier seule* nent avec Campobasso, qui le trahit; on a prétendu même qu'il dédaignait tout entretien avec des serviteurs lo^ux, ainsi que toute communion avec Dieu^^. Ses médecins lui donnèrent tour à tour des caïmans et des toniques**^.

Il était probablement dans cet état lorsqu'il reçut la nouvelle qu'après la journée de Grandson la duchesse Yolande avait dépuflé vers le roi son chambellan Mon-

**^ Camimê; Paradin : • Poar les disBimulations donlle duc uaoit à ion égard* •

*** Paradin assez impoliment : « Après celte grande bastonnade. • Mais Olivier de la Marche troore lui-même qoe « après tdles rompnres , k doc ne pot avoir que petite obeysnnce. •

*** Il laissa croître sa barbe jusqu'à ce qu'Angeio Gatto , auquel il accordait » comme Italien, une grande confiance , le fit revenir de cette résolution. Comines,

**^ Le mime expressément.

*** • Lui firent user en son manger force conserves de roses pour le rafraicbir ; on lui bailla ventouses à l'endroit du cœur pour lui en retirer le sang ; alors on lui ordonna du vin bien fort et sans eau. OUv. de la Marche d'après Gamines ; celui-ci fait la remarque que Charles ne buvait pas de vin avant cela , mais de la tisane.

tagny. Il se souvint alors combien les lettreis de la duchesse, ses paroles flatteuses, les affaires de Savoie en général avaient contribué à le jeter dans cette guerre , dans cette honte, dans cet abime ; il exhala son ressentiment et sa colère en présence du comte de Romont et de l'évéque de Genève, beaux*frëres de la princesse. Celui-là, homme d*État, celui-ci, jeune homme irréfléchi et sensuel ^^, soit par crainte, soit pour maintenir les relations de leur maison avec la Bourgogne, lui conseillèrent de la mettre à l'épreuve, et, au besoin, de s'assurer d'elle et de sa famille *^^. Elle venait chaque jour de Genève à Gex pour l'égayer. Charles finit par lui dire qu'il allait partir incessamment pour mettre or* dre à ses affaires ; qu'elle ne refuserait sans doute pas d'accompagner son ami en Bourgogne ; que les grossiers paysans suisses n'oflBraient pas un voisinage convenable à une princesse délicate et à des princes en bas âge. La duchesse répondit que la régente ne pouvait guère se rendre aux vœux de l'amie; que le Rhône et les murs de Genève, la fidélité des Savoyards, le fort de Mont«mélian la mettaient en sûreté contre les Suisses ^^^. Aussitôt il donna des ordres secrets , puis il la retint le plus long-temps qu'il put. Le pays est coupé de collines^ parsemé de maisons et de villages; la moisson était debout. Vers la seconde heure de la nuit, Olivier de la Marche , grand maitre-d'hôtel de Bourgogne , attaqua

**^ t Homme léger et fort volontaire. • Le m^m« d'après Comines , qa*il prend ordinairement pour guide. Nous Tavons va figarer livre IV, cb. V et VU.

**" Paradin, Chron, de Savoie; les citations précédentes sont tirées de la Chron. de Bourgogne, v ,

*** Guichenon,

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k coiége de la duchesse sur la route de Genève ^^^. Tandis que Claude Raconis^ maréchal de Savoie , le capitaine Taillant et beaucoup d'autres faisaient inutilement résistance, Olivier prit la duchesse en croupe et piqua des deux^^'; d'autres emmenèrent le prince Qiarles^ son second fils, ses frères, ses domestiques. Mais Godefroi Rivarol, gouverneur du jeune duc , par* vint à cacher Philibert dans les blés ; Louis de Villette s'enfuit en courant avec Jacques-Louis, le plus jeune des princes. Il fit retentir l'air de ses cris, qui réveillémt la ville de Genève ; on sortit en armes. La duchesse, malgré ses pleurs, fut emmenée par Mijoux, à travers bien des vallées sauvages du Jura , au château de Rouvre, près de Dijon, où rien ne lui manqua, sinon k liberté. Lorsque le grand maitre-d'hôtel revint sans Philibert ^^^ , le duc entra dans une colère épou- Taolabie et voulait le tuer ^^^.

Les États de Savoie s'assemblèrent à la hâte pour reeûDunaeder leur maison souveraine et leur pays au roi de France ; celui-ci mit aussitôt en son pouvoir le jeune Philibert et son frère, Chambéry, capitale de la Savoie , et M ontmélian , clef du pays ; le trésor d'Yolande, fruit de longues économies, tomba dans les mains dissipatrices de l'évèque deGenève^^. Sur ces

&M Liii.iii6me : • tfoi étant k GenëYe , il me manda sur ma tête qna je priase Madame de Savoye. •

'M Dmehê.

*>* Malcommande , colonel des Lombards, dirigea la marche à travers la Bourgogne. Roiet.

M< • Le dac fit très-mauvaise chère à toute la compagnie , etprincipakment i moi , et fns en danger de ma vie. De la Marche.

•** Cmichenon,

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» ses. Que s'ils ne savaient pas le sentir^ il transpor* » terait sa résidence dans les Pays-Bas. Qu'ils pour- » raient alors ^ eux, donner à leur ennemi ce qu^ils » refusaient à leur souverain et acheter la honte au * » prix auquel ils obtiendraient la gloire. )) Après les avoir accablés du reproche de lâcheté, d'infidélité, il leur ordonna de prendre la parole. L'orateur répondit : « Que dans l'ardeur de son courage sa grande » âme méconnaissait l'état réel des choses ; qu'ils étaient » prêts à tout faire pour lui, mais que la fleur de la no- » blesse et la plupart des jeunes hommes, sortis de leur Il patrie, n'y étaient pas rentrés. Que l'armement et les » levées avaient épuisé la moelle du pays au point que » l'agriculture , le commerce , les échanges étaient in- » terrompus en tous lieux , et qu'ils ne pouvaient pas ' » lui cacher que la famine menaçait la population. » Qu'eux aussi se rappelaient son glorieux père^ dont » les premiers soins avaient été pour son peuple. Que la » maison de Bourgogne était assez grande pour ne pas » convoiter des États étrangers, et pour accorder la » paix à leurs prières, sans humiliation. Que la Suisse » n'aspirait point aux conquêtes , et que pour la dé- » fense de leur territoire ils lèveraient le reste de leurs » forces, qui se réduisaient malheureusement à trois )) mille hommes. » Cette réponse courrouça le duc; mais il garda le silence.

Il écrivit ensuite aux présidens et conseils des Pays- Bas *^^ : « Que lui , duc de Bourgogne , se portait bien » et qu^il était prêt à combattre. Qu'une entreprise » contre les Allemands lui avait mal réussi, princi-

**^ «Au président et gens da conseil à Luxembourg» ( sans doute de mCmc h. d'aiUres), dans les Mém., n. 456. La lettre est datée de Salins.

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