‹ Histoire de la Confédération suisse (volume 3)Chapitre 40 sur 127 · LIVRE Y. CBàP · texte numérisé non relu

LIVRE Y. CBàP

goerriers plus sérieux pendant quelque temps ^''^. Le jour du premier paiement venu^ il Inanqua au duc douze cents florins ; pour en obtenir le prix , le comte ûswald de Thierstein donna ses deux fils en otage ^'^^. Tombé en disgrâce auprès de l'arcbiduc Sigismond ^"^^^ il était entré au service du duc en qualité de maréeha). Au moment du départ^ un bon Lorrain courut de Baie à Nancy ; osant ce que nul n'avait tenté depuis CifpoQ) il pénétra dans la ville ^ déguisé en porteur de bois; avant d'annoncer la bonne nouvelle il courut à l'église^ remercia le ciel , puis il répandit la joie dans tout Nancy ^''^.

L'année se mit en route le jour de Noël , après la messe. Elle rencontra dans Blozheim le duc René» qui^ à pied , en simple soldat , marchait la haHebjirde sur Yé^ule. Il gratifia chaque porte-enseigne d'une pièce d'or. U avait lui-même six cents chevaux ; les troupes étaient au nombre de quinze mille hommes ^''^. II ré-

*^ On regarda ce désastre comme an jugement de Diea. « Ib avaient

• pamf la semaine sainte dans des Henx déshonnêtes et an jeu, et n'a-

• Taientpas mis le pied à l'église depuis bien des jouis. • SelûlUng, Sn général ces gens de guerre étaient moins rangés que nous ; mais ila conquirent ce que nous avons perdu.

*'* Caimei. Ducloi ne parle que de 12 florins; c'est une erreur. Pour nne si chélive somme on n'aurait pas laissé deux comtes en otage.

*^ A cause de quelques maladresses , dit fVartiUen; il avait fait beaucoup d'innovations à Ensisheim , à Fribourg et à Meubourg , et perçu des oontribotions injustement Knebel ( dans Sekâpfiin , AU» llUutr» II, 599) d'après une relation de Herrmann d'Eplingen.

*'* Thierry le drapier de Mirecourt ; Picard-de-Fer n'avait pas osé se hasarder. Calmet»

*'* A peu près. L'armée se grossit de plus en plus de geos qui la joi* gnaient ou la suivaient Elle monta enfin à 20,000 hommes. Relation du dac René dans le recueil des pièces de Comine$, » T. III , p. 49i*A95 sous ce titre s La vraye dielaration dn fait et eonduite de la bataille de ïlaney , etc. Nous l'indiquerons simplement par le nom de René. G. M.

gnait un froid excessif; on manquait de vivres ; néan*moins l'armée fut nourrie aussi bien que possible , suivant le traité ^''^ ; elle en usa fort librement avec les juifs ^''^^ C'est ainsi qu'elle passa par Ensisheim^ Golmar, Schletstatt^ près d'Ortenbourg , le long de la vallée de Wyl jusqu'au haut des Vosges; de là, René vit son pays ; le ciel était parfaitement pur ^'' ; il fut bientôt au bord de la Meurthe. Les Lorrains ont de tout temps aimé leurs souverains : combien s'estimèrent heureux , à St.<^])iezy ceux qui au retour de leur prince purent toucher seulement la queue de son cheval ^'^^ L'armée se porta sur Lunéville^''^. Là Hassfurter et ses amis la re» joignirent pendant la nuit. Les guerriers se formèrent en assemblée; le héros les harangua. Il rappela Morat, les devoirs des hommes , Tamitié , la double victoire sur le même ennemi. Ému jusqu'au fond de Tàme, le jeune prince se leva précipitamment, embrassa ses compagnons d'armes, leur recommanda sa personne, son pays, son peuple ^^. Les vedettes placées, la faim et la soif apaisées avec modération^ l'armée se livra au repos.

On cacha aussi long-temps qu'il fut possible aux

*^* Eecéê d^BnêUkeim, 8 déc. (immédiatement après la diète de Lacerne )i combien chaque district doit livrer de farine et de pain ; de quelle manière il convient d'organiser la bonlangerie, de conduire l'armée, de régler le butin. Manuscrite de T»ehudi,

*'* On leur enleva tout ce qu'ils avaient EdUbaeh; fV urêtUen.

Vil Blarru. Ce fut le dernier jour de l'an iàlS.

•7s Blarru expressément

*^* Les chroniques suisses nomment le premier de ces lieux SI. -DidoU, le second LUrutatt,

**^ L'honnête Etterlin, sans doute présent, dit que « le duc fat si en- » thonsiasmé, qu'il s'inclina humblement , et il se mit à faire de tels » remerciemens , que tous ceux qui en étaient témoins furent cnflom- » mes d'ardeur. •

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tnnpes bourguigaonmeai l'af^irodie dSme armée su-* périeure en nombre et composée des vaincpieurs de Giandson et de Morat ^^^ Celle de Bourgogne était peu coQsidërable ^^, en mamvaU état, sombre comme 1 ame àd Charles y abattue par ks maladies et la disette ^^, aos argent 9 sans courage 9 trahie par Campohasso^ ntais fidèle et dévouée. Ou représeola au duc l'état des dioses ; il s'écria transporté de colère : cf Quand je se-» » rais seul 5 je me battrais; je ne ferais jamais la paix » avec le jeune Lorrain j je vois bien que vous êtes par- » tisans de Vaudemont ^^^ » Le froid terrible des nuits aux envir(»is de Noël fit périr quelques centaines dliommes et de chevaux ^^^ ; alors 00 perdit patienoe ; OD maudit le duc ^^ ; quelquea^^uns même labandon*

^^ « Les Snisses , > disait Charles , «aiment les chambres chandes » ib » se gaident bien de faire la guerre en hiver; Renë n'a que de la canaille ;

• il TDodrait paraître un chevalier, et il n'est qu'un jeune renard crain- B un » Blarriu

**' Olivier de la Marche : « Je prends sur ma conscience que le due n'avait pas 2,000 combattans, • Lè.comie Chimay dans Deeloê : à peine »,000 hommes en état de porter les armes. D'autres : pas pins de i,30S. Dtmod déjâi sentait qne c'étaient là des exagérations. 11 n'est prQèal>iement question dans ces témoignages que de bon» officiers et soldats ; mais d'à* près ceUe manière de calculer, il faudrait changer le chiffre de toutes les armées. Pugger, Stampfei d'antres évaluent l'armée à 40,000 hom* mes. Edlibaeh compte 25,000 cavaliers et 80,000 fantassins. 10,000 nous paraîtrait le nombre le plus vraisemblable. Noos avons pour nous Pontuê Hemter.

H» Sans antres provisions que celles ^e foorniseait le prince Georges de Bade, éTéqne de Mets. Màntitr,

»«* DtuU».

«M Trois à quatre cents hommes dans l'armée et parmi les vedettes, amqneb il fallut amputer pieds et mains. Le C&ntinuateer de Kânigêhoven^

»•« Un chevalier, du nombre de ses principaux officiers, disait : t Notre

• seigneur le duc affectionne singulièrement la guerre ; il aimeroit à être

• dans Nancy i je voudrais qu'il fût dans notre grand canon; nous le

nérent ^^ Alphonse , roî de Portugal , lie rendit dans le camp pour interposer sa médiation ^^. Charles était fils unique de la tante paternelle de ce monarque ; personne ne yoyait d'un oeil îndifiérent la prochaine ruine de la inaison de Bourgogne ^'*. Charles lui demanda s'il voulait se charger de défendre Pont-4-Mousson contre les Lorrains ^^. Alphonse comprit alors l'inutilité de sa présence.

Fortifiées par le repos de la nuit^ les troupes qui approchaient se mirent en route pour St.-TIicolas-de- Varengeville ^^^ , lieu florissant par l'affluence des pèlerins ^^^. Elles furent aperçues par les valets d'écurie logés avec leurs chevaux dans les villages^ derrière l'armée ^^^. Charles, qui ne s'attendait à rien, n'avait placé dans ce poste important que peu de Bourguignons; ils s'enfuirent ou se cachèrent. Toutefois la plu-

• tirerions dans la ville, il aurait asseï de la guerre , et nons ne gèlerions

• pas ici« » Id,

^"^ Le à de janvier, messire Jean de Montfort, avec 120 hommes, et le sire Angelo ( relation de la batailU de Nancy dans le recueil des pièces de Comûicf ) ; celni-ci n'était sans doute pas Catto , pins tard archevêque de Vienne, mais quelque capitaine. Angelo Catlo se trouvait déjà auprès do roi à cette époque ; il avait pris congé honorablement après la journée de MoraL Même reeueiL

^^ Compte du mattre-d^kâtel^ân 29 déc : • Régalé de vin et d'épices. •

^^* A Rivière déjà , Charles reçut des ambassadeurs de Gastille et de Pologne ( Ibid, ). Les premiers vinrent sans doate pour qu'il détournât le roi Louis de faire la guerre à Isabelle ; tout comme ceux du Portugal , pour qu'après le rétablissement de la paix , Louis soutint cet État contre la Gastille. Casimir , roi de Pologne, était un de ces souverains qui aiment à se mêler de tout.

^^ Cominêi , qui lui accorde la gloire d'un monarque bon et juste.

*** Chron. uandaL (Test l'ancien nom ; aajourd'hui on l'appelle généralement St.-Micolas-au-Port

B*> Pierre de Blarru : « Félix et victu et mercibus uber. •

»fi Edlibaeh dit qu'ils capturèrent 2,000 chevaux.

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put périrent par I*épëe , ou furent poussés dans la Mcortlie , ou jetés du haut du clocher y sur les piques planlées au bas , ou pendus à des arbres ^^ , parce que k doc avait naguère renouvelé sur des Allemands trèslaleareux Tacte de cruauté commis à Grandson ^^^. L'année conduite par René se pourvut de vivres ^^y H se tint tranquille.

Le duc de Bourgogne assembla un conseil de guerre.

cr Les voilà de nouveau, les gueux, s'écria«^il; ces masses

» de chair sans àme ^^ , gonflées de vin et de viande ^^,

» sont arrivées ici ; quel est votre avis ?» A Fexcep-

tioQ de Gampobasso , la plupart des capitaines ^^ estt-

maieut que rapprovisionnement de Mancy « était le seul

» mal inévitable ; que le duc devait se garder surtout

» de oe que Tennemi désirait le plus y une bataille, qui

M pourrait facilement tourner à sa perte. Ils lui conseil-

» hieat de se porter à Pont-à^Mousson sur la Moselle ,

M vo qu'il n'était pas encore réduit à. tout risquer dans

A un nuunent de désespoir; qu'il y avait à Luxembourg

^** Eittrlin : « Grande occisîon. > René dans sa relation.

M» 900 facHnnies dp Sondgan , qui rencontrèrent des Boargaignons A oè ils cioyaient trouver des Lorrains , se défendirent contre 5,000 cavaliers depaû midi jusqu'à la nuit ; 180 tombèrent; cenx qni se rendirent liirent massacrés; cela eut lien au mois d'octobre (probablement le 15). EMibaelu Ce fut sans doute l'expédition contre Rappobtein, meolioniiée par le eantinuateurde Kânigshaven, p. 879.

*** Beaucoup se rendirent malades à force de manger du miel , raconte Eiierlin en guise d'avertissement.

**^ m Non homines in polUce metior et ulna (pas encore à cette épo que ! J solus al in pretio est animi vigor. » Blarru.

M* Fata mero atque voragine quaerunt ,

Nunc m anus ad calices sese occupât utraque latas. 1<L *

On se représente les grands verres contenant une bouteille , et que ■ODS avons encore vus dans les festins des tribus.

*** Car quêlqueê-unê, probablement les traîtres, représentaient « qu'il serait réputé cobart» (couard ). Parûdin,

vin. 9

» un trésor considérable^^ ; que^ bien qu'ils désirassadt >i la paix j on pouvait refaire l'armée pendant Thi ver. » Où le duc René prendrait -il le nerf de la guerre ^^, » l'aident nécessaire pour entretenir les Suisses pen- » dant plusieurs mois ou pour les faire revenir? tandis » que lui , puissant duc de Bourgogne^ n'avait perdu ni » un pouce de terrain ni autre chose qu'il ne pût recou- I» vrer par son esprit et son courage. » Le duc répondit : « Mon père et moi avons battu les Lorrains ^^ » » me retirerais-je devant un enfant ? Cette nuit même » nous livrons l'assaut y et demain la bataille. » Ils s'en allèrent attristés ; l'âme de Charles fut tour à tour en proie à la colère et à une sombre appréhension ^^. Bientôt le roulement de l'artillerie^ les ordres à donner vinrent l'étourdir et le distraire.

L^assaut fut donné à Nancy avec des efiForts inouis ; l'artillerie épuisa toutes ses munitions de boulets et de poudre. René entendit les coups et remarqua des signaux de détresse. Vers minuit donc il convoqua les chefs ; ils lui promirent de faire lever le siège le lendemain ^^^ Tourmenté de la crainte que Nancy ne

•01 450,000 écus selon Comines , qui pense aussi qu'il y aurait ea des moyens de saluL

**^ Sola dat omnipolens et sancta pecunia robur

Princîpibus , était l'opinion de Charles , suivant Blarru,

*®' Il rappelle ici la bataille de BuUegneville du S juillet iéSi , où le vieux Ren6 , grand-père du duc actuel, alors lui-même fort jeone, fat fait prisonnier par Philippe. I<L

**> « Bel ictus trislibus , heu , fati curis , et ignés ejectans oculis. •

*** Etterlin. Il est bizarre qu'après avoir pesé les témoignages , noas ne puissions pas décider si la bataille eut lieu le S ou le 6 janvier. Les babitans de Nancy ignoraient que René fût si près. Liu*fiiAH0. Ils allumèrent du feu sur la tour de St. -Nicolas, en signal de détrease. Cmimet.

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