‹ Histoire de la Confédération suisse (volume 3)Chapitre 50 sur 127 · LIVRE V. CHAP. II · texte numérisé non relu

LIVRE V. CHAP. II

Locemois seuls s'en tinrent à la promesse qu'ils avaient faiteau roi^^^.

Avant que les États et Marie confirmassent cette né- ^tion^^, Téloignement de Graon et la sagesse de m successeur donnèrent aux affaires une tournure inattendue. Du jour où Charles d'Âmboise, seigneur deChaumont et lieutenant du roi^ vint en Bourgogne ^ il entreprit d'exécuter ses plans par le moyen des gens de guerre qu'il attirait de là Suisse malgré les défenses desgouyernemens^ et^ sans s'inquiéter de leur maunise humeur^ il fit aux Cantons mêmes des propositions ataDtageuses. Il avait une connaissance des hommes ^ une activité, une souplesse peu communes ^^^- Louis XI loi fournissait tous les moyens nécessaires; les Pays- Bas étaient épuisés; TEmpereur n'ouvrait jamais ses trésors en temps opportun ^^^ les conseillers de Sigismond et beaucoup de Suisses étaient gagnés ^^, d'autres trop faibles contre l'ardeur belliqueuse du peu-* pie ; à la fin on ne pouvait plus refuser les six mille hommes demandés ^^. De concert avec eux, d'Âmboise résolut d'exécuter une action décisive. Dans l'aimable et

^* Le même et Daclos.

*•* La cour n'avait pas beaucoup d'argent, et l'archevôque ne craignit pas de sceller la négodatîon, tu que la responsabilité n'en pouvait retomber que sur les États on même sur l'archevêché.

**^ « Très-vaillant homme, sage et diligent. * Comines, VI. Ducios, IX : «Ferme, humain, prudent, désintéressé, il donnait l'exemple delà fidélité. • L'humanité n'est pas un Irait à signaler ici. . ^** «Tbesauros cumulât Fridericus, inutilis armis,» a dit de lai à Vkoue Gaspard Felius.

^'^ Au renouvellement de l'alliance , on fixa non-seulement les subâdespour chaque canton, mais aussi les pensions des particuliers. **' La promesse avait été formelle ; la négociation pour un accom-

modenient n'avait été qu'un prétexte ; on aurait pu l'éviter ; plus tard ce

fut chose impossible.

166 HISTOIRB DE Lii SUISSE.

fertile Val d'Amours brillait la capitale de la Haute* Bourgogne y Dole^ sur le Doubs, ville forte, belle » riche par son commerce, refuge universel, guide et appui de toutes les entreprises; Rochefort, dans le voisinage, étant tombé, et la jeune milice de Dole ayant considérablement souffert dans une sortie, ie duc Sigismond renforça la garnison par des troupes de la Haute-Alsace ; il se trouvait ^atussi dans la ville beaucoup de Suisses et des francs *- archers transfuges du service du roi. Ceux*H», d'accord, dit-on, avec des Suisses ou des Alsaciens, livrèrent une des portes ^^. Au milieu de. la nuit, Amboise-Chaumont entra subitement dans la ville avec de grands cris ; on se battit dans toutes les rues , dans toutes les maisons , prés de Téglise de Notre-Dame; Dole entier, sans distinction d'âge , de sexe ni de rang fut abandonné à la fureur de la soldatesque; dans les églises les choses saintes furent profanées , le sang des prêtres, des femmes, des enfans, confondu. Les Bourguignons, sérieusement dé* voués à leur pays et à la liberté "^, n'avaient épargné ni argent, ni pierreries, ni ornemens d'église, ni chaînes d'or, ni vases précieux , et , tandis qu'on hésitait à payer aux Suisses la somme due , ils avaient dissipé sans plan le sextuple ^'^ Après la ruine de Dole, le prince d'Orange s'enfuit ^'^; Salins, Arbois, Poligny

*** Gollut attribae 'cette trahison aox Alsaciens; Drniod, aax francsarchers ; Stettier, aussi aux Suisses; chacon avec une entière impartialité.

*** « Noos les prélats, les seigneurs , les chevaliers et les écuyers, les » villes, les campagnes et tonte la communauté des pauvres et désolés » habitans de la Bourgogne à la ville de Berne. • Salins , 2 S juin 1678.

*" Schilling, Comines aussi fait la remarque que ces bonnes gens, autrefois si heureux, ont en quelque sorte perdu le sens à la suite de coups si répétés.

-•* Dans la ville de Bâle. fVurstisen,

LITRB V. CUAP. 11. 167

capitulèrent; AuxoDqe tint six jours; tout U bailliage S\nl fut soumis; celui d'Amont^ ravagé; Yesoul» brule par vengeance ; Jouy dans le Jura , acheté ; Besan- Ç0D méme^ forcé de rendre honneur au roi ^^^. Lorsque les Confédérés apprirent le désastre de Dole , ils convoquèrent à Lucerne une diète, où ils décidèrent de faire mettre à la torture tous ceux qui en reviendraient^'^, de faire pendre et rouer les auteurs de la trahison et dlnfliger pour le reste de leur vie des peines infamant» i is ^ ^yg leurs complices. Le dernier soulèvement en Bourgogne fut promptement dompté ^'^; çà et làqnelqae gentilhomme résistait entore dans les forêts, dans les gorges des montagnes'''^; le roi semblait le maître du pays; il acheta les prétentions des Confédérés ; la guerre se dirigea vers les Pays-Bas.

Le succès et la suplériorité de ses forces ayant soumis au roi presque toute la Bourgogne, les Suisses lui abandonnèrent leurs prétentions, et conclurent avec loi, sans noblesse, mais sans injustice, une alliance,

défensive comme toujours, et non offensive '''; ils lui

*** domine» et Dunod disent que Besançon rentra dans ses anciennes relations avec Tarcfaicomte , et que Louis fît la remise de la finance de piotectioD; Besançon, comme on sait, relevait de l'Allemagne à titre de ▼Die impériale.

^ BulUmger.

*** Inhabiles à témoigner, à siéger dans un tribunal ou un conseil. SehiUing»

^** Verdun fut surpris à cette occasion; l'évéque Guillaume d'Haraucoort était pour Tarchiduc Maxirailicn. Quelques-uns prétendent que 800 Confédérés furent tués dans cet endroit ; nos renseignemens ne nous apprennent rien de semblable ; mais Comines dit qu*il rencontra 600 Alsaciens sous les ordres de Simon de Quingey.

"■ Dunod.

'" AUianee, Luccrnc, 9 septembre 1479. Dans les célèbres disserta-

recommandèrent le pays conquis ^^^, et obtinrent de lui des assurances de bonne volonté ^^^; en cherchant l'appui d'un État ami, ils n'avaient entendu conspirer contre aucun autre. Une jeunesse onéreuse à sa patrie pacifique ^^^ exerçait ainsi l'esprit militaire sans^ lequel

lions de Waser * ( Correspondance de G. J. R. SchUker, L VI) , les i50,000 florins dn Rhin sont estimés équivaloir en i780 à 495,oao florins ; la contribntion du roi aux frais de la guerre, les indemnités et les présens donnés à la première dépulation, les 20,000 francs stipulés pour les premiers dix ans f 1679-1489) en faveur de chaque canton, et 20,000 autres pour les gonvemtmens, formeraient avec la premître somme, calculée pour 1^ même époque, un total de 1,520,000 florins. Gomînes, qui pouvait savoir ce qui fut donné secrètement en mainte occasion, estime 5 un million l'argent que les Suisses reçurent du roi. C'était beaucoup pour eux, mais peu de chose en comparaison des services qu'ils lui avaient rendus. On a fait on calcul d'après lequel la Suisse a fourni à la France, de 1480. à 1715, 700,000 hommes, et a retiré en subsides publics et en pensions particulières 1,146,868,621 florins. En additionnant la solde et tout le reste, on peut arriver à une telle somme. Mais nous ne trouvons pas la moindre probabilité que cet argent ait été livré effectivement Combien de promesses n'ont pas été tenues ! Combien d'hommes sont morts avant d'avoir retiré leur solde l Quels désordres pendant ce seizième siècle ! que d'étrangers dans l'armée ! Rien de moins sûr, en' général , que l'article des dépenses secrètes, pour lesquelles on a porté en compte bien plus qu'on n'a payé.

**' AnsheUn, Non sans effet; voy. dans Duelos^ 1. IX, comment il fonda un parlement à Salins , etc.

^^ Les habitans de la Haute-Bourgogne durent voir l'embarras des gens de bien et leur propre impuissance ; ils remercièrent pour la bonne volonté {Anshelm) , et l'on demeura toujours uni autant que possîb^; les deux pays en ont retiré de grands avantages comme nous aurons souvent occasion de le remarquer.

*^^ • Vous autres Confédérés , il vous faut une ouverture, • dit alors le landammann Réding. jinslielm, 18â0 : il fallut faire cette expédition dans le courant de l'année pour occuper la multitude turbulente. = Peut-être pour le moment , mais d'un fâcheux exemple pour l'avenir. » D. L. H.

* Q'ii lui onl coûte 1j vie. D. L. H.

LIVaE V. CHAP. II. 169

un peuple libre ne saurait subsister^ et gagna des sommes devenues indispensables au milieu des richesses cnissantes des peuples voisins , noble prix d'armes dévouées à la justice ^^. Ce n'est certes pas une institution à dédaigner que celle qui pendant plus de trois siècles a ooDsenré et rajeuni la gloire des armes suisses^ et n*a pas produit dans les mœurs plus de changemens que nen amènent inévitablement et peu à peu les relatkms commerciales et autres avec les pays voisins. Les agriculteurs et les guerriers font la sûreté d'un peuple libre.

La querelle entre la France et la Bourgogne fut décidée prés de Guinegate^ sans la participation des Confédérés j par une victoire douteuse et sanglante ^^. Le roi ménageait trop ses troupes pour désirer de semblables victoires. Les États de Marie avaient surtout besoin de la paix^ mais ils ne voulaient pas l'acheter au prix de leur soumission^ et Maximilien^ autrefois ami de la chasse et de la volerie^ commençait à briller dans l'armée ^^*. Le roi jugea pour lors que l'acquisition du duché de Bourgogne y des villes situées sur la Somme^ et la mort de son ennemi suffisaient à sa cou-

^'^ Lenr emploi était conforme à la Jasiiee, puisqu'il s'agissait de défendre le royanrôe dans les limites des traités. Le roi vanta au pape cette alliance qni le rendait plus puissant dans l'intérêt de la cause de la chrétienté. Discoure de Cambouale française dans l'audience privée , 20 janvier i&SO, dans les actes de la négociation en Italie. Comines de Lenglet du Fresnoy . t. IV.

'° Anshelm parmi les Suisses , Fugger et Roo parmi les Autrichiens , Ccmimes et la Chron. êeand, parmi les Français ont parlé de celte bataille, dans laquelle le comte de Nassau , fait prisonnier devant Nancy, et surtout Romont arrachèreiit à la France une victoire décidée.

*** Olivier de la Marche : • Voulontiers et moult bien jouloyt et lour-

* noyoit, et aîmoyt le déduit des chiens et d'oyseaux sur tons les princes du

* monde; toulefoyi^ éloigna vcrlucusement toutes ces plaisances. »

ronne , à son repos et à son honneur : il n*aiinait pas à tenter la fortune au-delà des bornes; d'ailleurs il vieillissait. Il témoigna donc de Tamitié à l'archiduc ^^^ entretint les espérances du comte de Romont^^^, et prépara la paix par des trêves souvent renouvelées ^^^ L'ancien fief de Bourgogne demeura réuni à la France^ mais la Franche-Comté^ fief féminin^ familiarisée d'ailleurs avec le nom de l'Empire germanique^ fut rendue à Marie ^^^. Les deux parties réservèrent chaque fois la paix avec les Suisses ^^^.

Le roi avait une si haute idée de leur utilité dans la guerre sous une foule de rapports ^ que, pour coqsolider Talliance, il consentit à tout ce que la nation pouvait demander raisonnablement dans l'intérêt de

*>' Il lai fit présent d*ao beau cheval , magnifiquement équipé. Fugger.

^^ Romont avait contribué le plus à enlever aux Français la vicloire à Guinegate; le roi lui promit son intervention pendant la prochaine trêve, pour le faire rentrer en possession du Pays-de-Vand, ce qoi, à supposer le roi sincère, ne pouvait se faire sans le consentement des Confédérés, et n'eut jamais lieu.

^^^ La première trêve à Ârras, il juillet 1478; la paix, 23 décembre 1482.

^2s Déjà en vertu de la première trêve.

AS* m La seigneurie et committé de Berne, les Confédérés de la grande et • ancienne ligue d'Allemagne (la Suisse ), les princes. Confédérés et alliés » de la grande et nouvelle ligue d'Allemagne ( la ligue inférieure) ; • première trêve ^ Arras dans les pièces deCamine», Dans la pat j; de cent ans avet l'Angleterre, « Dominium et communitas ville Bemensis et eorum alligati » et confœderati , item iUi de liga allas Alemaniae, » sont réservés par la France , tout comme l'Angleterre réserve la ligue anséatiqne. Manimilien et Marie , Instruction pour les commissaires , 12 aofiit 1480 ; ils ordonnent de réserver « les vieilles et nouvelles ligues d'Allemagne. • Ibid, Berne est nommée à part> parce qu'elle était assez forte pour agir seule au besoin ; le mot committé ne désigne pas la commission qui, avant la guerre , traita les affaires avec la France , mais la commune.

LIVRK V, CHAP. II. 171

son honneur ^^ et par sollicitude pour ses troupes ^^^ ; bien plas, il leur of&it les franchises les plus désirables pour les engager à s^ëtablir dans son beau royaume ^^^; il réforma toute son organisation militaire; il prenait plaisir à Toir les Confédérés plus que toutes les autres troopes'^^, et donna la première garde suisse à son fib^^* ; si, par pénurie d'argent*^* ou par une exactitude impolitique de ses conseillers ^^^, les paiemens

"* Qu'ik ne serviraient jamais contre Tempire germanique ni contre des lUiés. ni sur mer, ni isolés, ni quand la patrie aurait besoùi d^eai; que la milice de chaque canton amènerait son chef. Continuatùm h Tsehudi, iâSO.

*** Qa'oQ les indemniserait pour les chevaux et les armes qu'ils podraient , et que , blessés ou malades , ils continueraient de recevoir leur solde. IbitL

"' Les célèbres lettres patentes de Plessis du Parc-les-Toars, septembre 1481 , au commencement des Privilèges des Saisses par le grand juge Vogel: liberté d'acheter et de vendre des terres; exemption pour eux et les leurs de tous impôts, gardes et services, même quand d'autres hommes libres ou nobles sont imposés. Les choses restèrent sur ce pied jusqa^à ce que la cour de France , peu avant sa ruine , alors que la générosité disparut avec les maximes d'Etat, ne songea plus qu'à calculer et mécontenta les Suisses. =* La cour de Versailles répara un peu ce tort en s'engageant de fournir des troupes aux gouvernans pour maintenir leurs sujets dans l'obéissance. D. L. H.

<*> Par exemple , à la revue dans la belle vallée près Pont-de-l'Ârch''. Cemines FI; Zarlauben, Hist, milit, des Suisses, t. IIL

*'* Composée de beancoap de gens qui restèrent en France après l'cxpëdilion de ChAlons (n. 189). Ce n'est peut-être pas à tort qu'on fait remonter à cette époque Torigine des Gent-Suisses.

"^ Gela put arriver lorsqu'on dut payer tout ensemble, outre les subsides et les pensions, les arrérages du temps de la guerre et les indemniiés pour la Franche-Comté. Il y eut plainte sur plainte {Tsehudi, ad 1480 ) ; Bullinger prétend même savoir que les 150,000 florins furent à la fin réduits à 8000 et payés par le roi en billon.

**• Il y a un écrit de ce genre dans le recueil des pièces de Comines,

éprouvaient quelque retard^ il s'appliquait à le compenser à la plus grande satisfaction des Suisses. Bientôt les enrôlemens furent accélérés par l'envoi de seize mulets chargés d'argent qui entrèrent à la fois dans Berne ^^'^. Bientôt aussi les sept mille hommes que, dans sa dernière guerre ^ Guillaume de Diessbach et Jean Waldmann conduisirent si rapidement à Ghâ-« lons^^^ dans un moment décisif pour la paix ^^^^ rap* portèrent chez eux, en espèces d'or^*^, pour trois semaines de service, la solde de trois mois^^^ Tout cet argent ne rendait pas plus mauvais ceux qui s'y étaient accoutumés ^^^ ; les âmes communes succombaient sans

'*^ En juin 1^80 ; ils apportèrent des avances pour les volontaires ; mais da reste les arrérages senlement Tschudi,

*** Trêve pour sept ans ,1480. Anshelm, qui rapporte aussi que , pour en hâter la conclusion, une ambassade de tous les cantons vint jusqu'à Genève.

"' Zurich et Berne fournirent 1,300 hommes ( selon Schilling, Zurich seulement 1,100 , mais selon Edlibach 1,200), Frîbourg et Soleure 1000, LucerneSOO, les trois cantons primitifs, Zoug, Claris, St-Gall , les bailliages et Rothwyl 2,000, Bienne 150. Auparavant de 5 à 6,000 hommes s'étaient enrôlés sans autorisation sous ses drapeaux. Schilling, Tschudi.

^** Haffner en fait la remarque , avec quelque plaisir ; il raconte qu'on payait quatre ducats pour cinq florins du Rhin.

**^ Ad cavalier 27 florins , au fantassin , la moitié. Le premier tiers de cette solde fat payé d'avance ( n. 137 ) ; le second pendant la campagne; le troisième avant le terme convenu. Schilling; Tschudi, Recét de Luceme, mercr. ap. Ulrich 1480. Ambassadeurs du roi : Antoine de Lamet , président du parlement de Bordeaux, et Bertrand de Brosse.

^*' Les soldats irrités ayant pillé et commis des extorsions près d'Orlay, sur le territoire de Louis de Ghàteaugoyon, Guillaume de Dicssl>ach paya les indemnitC-s de sa poche. Les mâmes.

Page 1