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entendirent la messe, et implorèrent la protection de St. Ambroise , patron de la ville y sur l'œuvre de Taffranchîssement de Milan. Galéazzo vint, sans armure^ poussé par la destinée ^^''. Lampognano s'approcha^ lui présenta une requête, lui plongea son poignard dans le l)as-ventre , les autres Tachevérent à coups redoublés. Plusieurs des meurtriers périrent sur-le-champ; un seul, dans des supplices douloureux^^^. Cette action n'affranchit pas plus les Milanais, que le meurtre de César n'affranchit les Romains. Un peuple qui parle beaucoup et n'agit pas, à qui tout sert de spectacle, et rien de leçon , n'est pas digne de la mort de nobles martyrs *• Bonne de Savoie , duchesse douairière ^^^, et son fils Giovan Galéazzo, âgé de huit ans, furent affermis dans le pouvoir, grâce surtout à la prudence singulière de Checco Simonetta, le principal ministre ^'^. A la nouvelle de la mort de Charles de Bourg(^e, qui avait entraîné le duc de Milan à prendre une attitude hostile à Tëgard de la Suisse, Checco chai^ea Pier Francesco Visconti de faire quelques sa-
**^ Macehiavtl raconte des incidenfl singaliers s le duc vint là dans le moment désiré, sans armure, contre sa volonté; il sortait d'embrasser et de qoitter ses enfans et de leur faire ses adieux avec une émotion inaccoutumée.
s** On arrêta Olgîato, dont les dernières paroles furent t • Mors • acerba , faroa perpétua , stabit vêtus memoria factL • MaechiavêL sa Voj. cette histoire dans SUmondi, RépubL iiaL t XI, 57-67; Ildephom pÊÊchs, Diemaltandischen Feldzâgê der SehweUer, I, 101-108. G. M.
* Grande et triste vérité applicable aux Français comme aux Suisses modernes et à d'autres. D. L. H (Note écrite ver» 1809).
>** Fille du duc Louis , belle-sœur d'Yolande.
^* De Gaccnri dans la Calabre citérieure, frère de l'historien Jean Stmonetta , tous les deux dévoués aux Sfona depuis un demi-siècle avec une fidélité inébranlable. Muratori, Seript. rer. Ital. XXI. Il signe CtcAm. Ch. dans SalU, HiH. de la VaMeUnê, Vf\ 89.
188 HISTOIRE DE LA SinSSE.
orifices d'argent pour rétablir ia bonne harmonie avec les Confédérés ^^^ En conséquence la capitulation fut éclaircie , renouvelée et acceptée par plusieurs cantons^^^. Peu après , le pape alluma la guerre entre eux et Milan.
Sixte IV^ né dans le village géncns de Cella, monta, par les dons extraordinaires de son esprit et par son savoir, de la condition la plus humble^^^ au trône qui donnait des lois au monde et représentait la majesté de Dieu. lî y avait dans son àme de la grandeur et de Faudace ; jamais timoré , il agissait avec la supériorité d un homme de génie; le premier, il apprit à l'Italie ce que pouvait la puissance sacerdotale unie à Tesprit entre* prenant d'un prince ^'^; il avait la main dans toutes les grandes affaires; les monarques les plus éminens le flattaient ou le redoutaient. Il orna Rome de palais, du pont de Sixte et de ruespayées^^^; il jeta le fondement
<*« 6,000 florins. Reeéê de Lncerae 11 joio, 9 juillet 1477. Les pea* fiions arriérées forent acquittées au moyen de 24)000 florins.
''* Voy. sur l'ancienne capitulation de 1467, t VI, 402. La nouvelle est du 10 juillet 1477 i Uri/eçoit à perpétuité Finvestiture de la Léventine; Milan devra faire passer à l'avenir à l'hôpital de Poleggio ses revenus; St-Gall accède; les négocians jouiront de la franchise du péage pour les marchandises et les produits de l'étranger, et n'en abuseront pas pour ceux qui leur viennent de la Lombardîe.
><* Rovère , son père , était un pécheur. Guichenon fait la i^jemarque qu'il aurait pu rattacher son origine à la maison piémontaisc des Rouvères de Vineuf (H Ut. de Sav, Charles I, a. 1484). Sa famille, en effet, éclipsa bientôt cette maison.
''* Panvinius in Fiia : • Hunc primum majestati qu« religione tantum venerabatur, armorum terrorem addidisse. • D'après Maechiavei aussi {Fiorent. \U) il fut « il primo che cominciasse a mostrare quanto un pontifico poteva. ■ Voy« sa biographie très-bien faite, probablement par PUaina dans Maraiori, ScriptL III, 1051.
^^ ÀMceHsiu» dans Hottinger, H..E. N. T, t. IV.
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de la bibliothèque du Vatican ^^^. On laccuse , en re- TUiche y d'une excessive prodigalité envers ses nemoc^^^ et un grand nombre de beaux jeunes gens^'^^ H d une indulgence inouïe pour des égaremens auxquels lui-même prenait plaisir^^^. La guerre de Bourgogne lui ayant fait connaitre à fond les Suisses , il ne négligea aucun moyen de les gagner pour ses projets. U voulait renverser les ducs de Milan , soit pour affranchir Gènes ^^, soit pour priver Laurent de Médicis de leu^appui'^^
A cet effets il envoya en Suisse l'évéque de Gatane, Pierre de Camuli y et après lui Tévèque d'Ânagni^ Guido
^* Et que squalore lalebat
Gernitur in celebri bibliotheca looo. Goipard de Vérone. Les amis des beaaii- arts* que dis-je? de la vertu même, apprendront arec plaisir qu'on lui doit la conservation de MarcAurèle et de son cberaL Platina. A beaucoup d*^ards il était animé de l'esprit des anciens Romains.
*" On a fait passer Pierre et Jérôme pour ses fils (Maeehiavel) et Ton a loola ajouter qu'il les avait eus de sa sœur (Hœberlin, HisU d*Empire, VU, 688) ; on â donné d'autres raisons encore de sa singulière tendresse (n. Sis}. Ce que les Suisses savaient à cet égard n'est pas bien clair; Anshelm écrit « qu'on ne saurait s^eo expliquer. »
^* Le greffier romain Stefano Jnfeuwra est fort explicite à cet égard dans son journal , en sorte que Muratori par égard pour les mœurs sopprima ces articles dans son édition; mais on les trouve en entier dans Eeeard, Cùrpuê hidoric, medii etvi, t IL Pourquoi ne peindrailon pas les mœurs des modernes avec la même franchise que les anciens ont peint les leurs?
^* Voy. dans PVolf, Lecîione$ memorah. 1. 1, S 56, diaprés le témoignage de M. Jean fVe$$el ( m. i&89, et qui avait connu particulièrement ce pape pendant bien des années), quelle permission ses neveux obtinrent de lui en faveur des serviteurs du cardinal de Sainte-Lucie, pour les trois mois les plus chauds de l'été.
'^ Ce qui eut lieu : les Fiesque s'élevèrent contre les Adomi et les Spinola. Matih, PaUnerÎMê.
^' Il se brouilla avec luili Toccasion de la conjuration des Pasii.
190 HISTOIRB DB L4 SUISSE.
de Spoléte, comme légat, avec de grandes indulgenees, une bannière consacrée et des projets républicains. Sixte avait appris à connaître les Bernois par le greffier de Berne, le docteur Thûring Frickard, qui, pendant Tannée du grand jubilé , avait sollicité à Rome une indulgence semblable pour la construction de l'église de St. Vincent ^^; homme éloquent , versé dans le droit et dans l'histoire, comme il convient à un homme d*État, loyal et habile, chrétien croyant , attaché aux anciennes mœurs , plein de respect pour la tradition. Les grandes . familles , Berne tout entier, à proportion que leur puis* sauce s'accroissait par leurs victoires et leurs entreprises, s'attachaient davantage à Dieu et aux choses sérieuses; semblables en cela aux Romains, qui dans le temps de leur grandeur furent religieux jusqu'à la superstition. On apprend mieux, au milieu des agitations , des efforts et des dangers, que dans la mollesse du repos , que les choses dépendent bien peu de nous , mais essentiellement d'une combinaison mystérieuse des circonstances ^^ : aussi le gouvernement libre d'un peuple énergique doit-il suivre de tout autres principes que celui qui, à la faveur d'armes mercenaires, régne sur des millions d'esclaves»
Les grâces du jubilé que Sixte accorda aux prières des Bernois ou pour leur argent ^^^, furent reçues avec
** Gruner, Delieiœ Bem, p. 188.
*^ Considérez l'histoire de la guerre de sept ans , on p1nt6t ouvrez les yeux et regardez. César voit là sa fortune; Frédéric , le jeu des circonstances ; David ou Gustave Adolphe, la main de Dieu. = L'audace toujours croissante des uns , la sottise toujours croissante des autres» D. L. H.
ss* D'obtenir par des dévotions dans l'église de Saint- Vincent à Berne ou dans la grande ^lise de Zurich les mêmes indulgences que si l'on avait visité à Rome, en 1675, les sept églises.
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une dévotion qui lui donna de Tespérance relativement à ses projets politiques. Leur arrivée fut solennisée par le son de toutes les cloches^ par la présence des éféques^ de tous les prélats du pays^^^ et de quatre- TÎogts à cent confesseurs ^^, enfin par la lecture de la balle significative^'' que le savant curé^*® interpréta d'après les opinions des Suisses. Les âmes furent d'autant plus vite soulagées du poids des péchés commis dans la guerre de Bourgogne^ pendant les expéditions volontaires et la folle vie ^ qu'on proclama qu'il suffisait de confesser, sans longs détours , les plus gros péchés ; une banque fut organisée et chacun jetait dans le tronc une pièce de monnaie proportionnée à la gravité de ses fautes ^^; les pénitenciers les plus sa vans siégeaient dans une chapelle pour juger les cas difficiles. Cette fois on pouvait acheter le repos même des âmes qui ,
^ Walther von der Flûe , de Lausanne Benoit de Montferrand , de Bile Gaspard Zc Rhjne ; les membres les plus considérables du clergé étaient ce Bnrkhard Slôr, prévôt d'Amsoldingen , qui avait été porté au ^ége épiscopal de Lausanne, essentiellement Thomme d'affaires de Qeme à la coor de Rome , et le prévôt de Zofingue , Pierre Kistler , fils du fameux «vojer. Du reste l'année du jubilé fut célébrée quatre fois à Berne, à dater de cette époque, en 1475, 78, 80 et 81, sept fois même , selon Schilling; Zurich obtint la même faveur. Nous avons réuni tous ces traits dans un tableau unique.
>** Gomme ils n'étaient que cinquante, trop de gens avaient dû faire la roale sans parvenir à se confesser. Hottinger, ff. E. HelveU II, a. 1476.
^^ Hottinger, a. 1478. Le pape agit sagement ; il ne blessa point l'opinion publique et ne ferma pas sans nécessité la source des grîkces. Combien la Suisse était plus sévërej]ue Rome , quand on découvrait daq^ un canton des péchés tels que ceux qui sont mentionnés aux nd. 218 et 219.
*^ Maître Jean de Stein. Il avait été envoyé par le margrave de Bade; maître Henri Halm , par la ville de Strasbourg. Hottinger.
»• Grtmtr.
peu après avoir péché ^ étaient passées du champ de bataille dans Téternité y ou que le sort des mortels avait atteintes au milieu des plaisirs ou des affaires ^^^. Tant de facilités ravivèrent les jeunes hommes y et peu après on établit à Berne une maison de prostitution^'; le gouvernement sembla reconnaître que, quand il est impossible d'extirper certains vices, il faut les placer sous la surveillance des lois civiles et morales : mais ces idées accommodantes, bien que partagées par le pape, trouvaient un adversaire dans le curé de, la ville ^^^^ qui estimait que Thomme est appelé à un combat continuel contre les sollicitations des sens ^^^. Le souverain Pontife, afin d'honorer ses Confédérés, leur envoya une bannière de soie rouge, symbole du sang qu'ils étaient prêts à verser pour la liberté de TÉglise ; on y voyait le prince des Apôtres les bénissant, et le nom de Sixte, marque de son affection ^^^.
"* Campbeti dit qu*on trouva la chose an pea singallère.
>*' ■ En faveur de qai , c'est ce qae je ne dirai pas , • écrit le pieax doyen Gruner, en faisant allusion aux étrangers. Nous croyons qu'en considération de la jeunesse guerrière aux passions indomptables, ou trouva bon de suivre le précepte de Caton :
Hue, juvenis, squum estdescendere, non aliénas Permolere uxores. Horat.
^* Il prêcha avec tant d'insistance qu'on fut obligé l'an 1&81 de transformer la maison de débauche en maison d'école. Gruner, C'est ainsi que dans l'ancienne Rome Dion Chrytostome censura une condescendance dont on abusait. Orat, 7.
M* Beaucoup penseront à cet égard comme la princesse Louise , n. i^i. L'homme le plus parfait serait celui qui proGterait de cette période de son organisation sans que l'esprit public et les soins pour la postérité cessassent d'être Cûme de son existence,
^* La bulle est dans BulUnger; mais elle a aussi été imprimée dans V Histoire eceUsiastique de Hottinger, écrite en latin , t. IV, p. 349. Selon jinshelm (mais il y a quelque obscurité sur ce point), Henri Mûller, prévôl de Schôncnwôrd, ne devait appOitcr la bannière qu'en i 479, mais
uvRB y. cflAP. u. 493
A la fia, le légat, ayant accepté le droit de bourgeoisie à Berne, fit dans une séance secrète de la Diète fédérale ^^ Touverture suivante : A Milan , beaucoup de nobles et de bourgeois notables, las depuis longtemps de la tyrannie des Sforza, ont l'intention de profiter de ce moment où le chef de la maison est un enfant, pour établir, avec le secours du margrave Guillaume de Montferrat et d'autres seigneurs , une corn-* mmie libre unie à TEmpire ; le succès ne saurait être douteux à Taide des faveurs papales et de quatre millions et demi d'argent comptant qui se trouvent dans les trésors de Milan et de Pavie , mais surtout avec le secours des Confédérés, si Milan et Rome peuvent les gagner au moyen d'une somme annuelle, considérable et fixe^^^. L'Italie est dans un péril extrême; Checco Simonetta projette de livrer l'État milanais aux mains du roi de Naples , prince astucieux et turbulent, 9mi des Turcs ^^'^ ; par le plan proposé la cause de la liberté serait gagnée en Italie* Ce projet, si séduisant^ avait pour adversaires, non-seulement la puissance et la ruse des Sforza, mais les Médicis et les Vénitiens, que favorisait la France ; le pape lui-même s'intéres^ sait moins à la liberté des communes qu'à ses neveux; il était âgé , et l'on ne pouvait prévoir la personne et le
il la perdit en chemin. On ne l'envoya probablement pas après loi : SîxCe avait l'habitude de promettre bien des choses de brillante appaicnce ; mais il oubliait de tenir sa parole. Les Confédérés paraissent s'en être doutés (dans Anskelm).
»* A Laceme, i«'nov. i47S. Anthelm.
^^ Lui, le pape, promit annuellement 10,000 ducats; 20,000 florins à ceux (pii feraient one invasion aar4e-champ.
^' Le jeune doc était fiancé à la petite-fille du roi Don Femand. VIII. |3
caractère de son successeur. Les Gonfédérës témoigné-reot le déyouement le plus entier ; mais en Suisse , dans les affaires essentielles^ les chefs ont l'habitude de ne prendre aucune résolution sans le concours du peuple ^^^ * } or, des projets secrets de cette importance ne peuvent pas lui être communiqués. Les diplomates romains avaient prévu cet obstacle ; ils s'adressèrent directement et avec succès aux gens d'Uri , leur inspirèrent de la colère et du mépris pour le gouvernement milanais, nigrirent les esprits , les encouragèrent, et firent si bien qu'on projeta une alliance avec le pape''^, et qu'une guerre s'alluma entre Milan et la Suisse entière au sujet d'une châtaigneraie.
Les habitans de la Léventine prétendaient posséder la propriété d'une forêt dans laquelle des sujets de Milan avaient coupé du bois de construction ^^^. Leurs plaintes renouvelèrent le souvenir fâcheux de la perte de Bellinzone^^^ La neige, qui fermait les Alpes aux troupeaux , n'empêcha pas des jeunes gens d'Uri de passer le St.-Gothard pour faire une incursion dans le Milanais. Afin de légitimer cette action, Uri fit une déclaration de guerre , arbora sa bannière, se mit en marche, et appela aux armes tous les Confédérés.
^* C'est sous nn prétexte différent qa*ils favorisèrent l'armement de ceax d'Uri.
* Vous avez prouvé le contraire à l'occasion des affaires de Booisogne« D. L. H.
*** Ce projet du 9 oct id78 est celui qne Bm'mgêr a donné dans les pièces justificatives de son Hi$U eecl, de l'Heb, t IV, p. 107.
^* Cette forêt était ntuée sur le territoire des villages dlragna et de Lodrino , comme on le voit par le traité tU paix,
»* T. rr, 268, 264.