LIVRE V. CHAP. H
dans les Charles des États suisses ^^^^ tandis que les Lnœmois jugèrent nécessaire de munir leur ville du côté du lac contre une attaque soudaine ^^. Us apprirent que Pierre Am Stalden, dont nous venons de parler, avait été gagné par des Unterwaldiens , pour renverser les murs de la ville et les lois.
Bans la partie supérieure du Haut-Unterwalden ^ au bwd du lac de Lungem , vivait le landammann Henri Bûi^ler, magistrat cher au peuple. Il se rendait souvent avec son beau-frère Kûenegger par les montagnes dans TEntlibuch, et logeait à Escholzmatt chez son cousin^^ Am Stalden. Celui-ci , riche , jovial , valeureux , dont les paroles et la loyauté étaient l'oracle du peuple et surtout des soldats qu'il avait menés à la victoire^ plaisait an landammann. Il le loua, parla long-temps du bonheur d'un pays entièrement libre et de la position qu^un homme comme lui pourrait y occuper; il déplora les sentimens si peu suisses des seigneurs lucernois : «r Mais y » ajouta-t-il ^ << il y a encore des h<mimes dis- » posés à aider et qui le peuvent , par exemple Adrien
'*' CA* SO avril 1480 t « Amour bien fralemel, fidélilé, incUoation
• et amilié cordiale ; par le châtiment de la damnation étemelle que
• nous demandons à Dieu de faire retomber sur les contrevenans; nous « restotma éternellement unis tant que subsisteront les fondemens et
• les murailles de notre viUe; aucune disgrâce, animosilé ou infidélité
• ne doit jamab éteindre cette flamme; nous en faisons le serment , en k levant la main et avec des paroles sacramentelles ; aucune méchante
• invention , rien de ce que l'esprit humain ou la précipitation peut
• imaginer ne doit nous écarter de là* Nous réservons le pape, l'Bmpire,
• mais pêraomu autre. > Dans les alliances perpétuelles on réservait les relations antérieures. Ce traité de combourgeoisie fut considéré comme un renouvellement de celui qui subsistait déjà depuis 1236, plus de cent ans avant les alliances confédérales.
••* Meurtrières daos les tours et les murailles et une herse. *** Balikasar, Fragmens,
>} de Bubenberg , le fils , jeune homme audacieux , re- » venu naguère du Saint^Sepulcre ^^ ; tout puissant » dans rOberland , il n'est pas trop satisfait de Tétat » des choses. Toi, Pierre, tu pourrais aussi soulever » TEntlibuch. Autrefois commandant de ce peuple » » pourquoi ne pas te présenter comme landammann^^? » Qu'a-t-on besoin d*un bailli? Traitez Frankbausen^^ » comme vos ancêtres ont traité Landenberg. La Suisse » entière vous admirera; la postérité vous célébrera n dans ses chants! » Pierre , déjà captivé, promit d*y réfléchir. Dès ce jour il n'eut plus un instant de repos; ses connaissances s'apercevaient bien d'un changement, et , le soir^ auprès d'un verre de vin , devinaient à moitié le sens de ses paroles ambiguës.
Au bout de quelque temps le landanunann revint une seconde fois avec son beau-frère à Escholzmatt. Pierre dit alors qu'il avait tout pesé; que l'entreprise était belle et noble, digne qu'on risquât sa viç; que lui ne la ferait pas manquer ; que toutefois quand il se représentait l'avoyer de Hertenstein , le vieux Hassfurter, Albin de Sillinen , si expérimenté , Frischhans Theilig, tantale jeunes hommes vigoureux , la force de la ville, leurs partisans dans le pays; quand il réfléchissait avec quelle promptitude Zurich et Berne seraient là, alors son espérance s'ébranlait, tt Moi - même , » répondit le landammann, «j'ai réfléchi de mon côté, » comment pourrais - je vous oublier ? Les afiaires » d'État m'en ont d'ailleurs fourni l'occasion ; les cho-
«•• Vers la fin de 1480. Ansheim,
*^ Il n'est pas bien clair si l'on voulait détacher TEntUbDch on démocratiser la ville et la campagne de Luccrae. »«> Plutôt la seconde alternative. D. Lu H.
**' Tsckudi le nomme Frunthofer.
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» ses en sont venues à la dernière exirémilé ; les Lu«n cemois sont prêts à fouler aux pieds le droit, en » cessant d'être Suisses. Ainsi tout est permis contre >i eux. Foor prévenir la guerre, qui n'épargne pas non >i plus les gens loyaux, il n'y a qu'un moyen, un coup » prompt et infaillible* Ce moyen , » ajouta-t-il , et Kerre prétait l'oreille avec une attention redoublée, (r oe moyen est trouvé ; réjouis-toi , écoute. A la dédi- » cèce de St.-»Léodegar, tu le sais, au jour du grand n cortège ^^, afflue de toute la campagne et du voisi- )» nage une multitude immense ; depuis l'avoyer jusk qu'au garde de nuit , tout passe la journée dans les >i jeux et dans la bombance; nous y serons aussi avec n force gens de TEntlibudi et d'Unterwalden. Mais les » véritables amis viendront dans le silence de la nuit » par la baie d'Alpnacht, abordant à Lucerne même » ou à Winkel. Alarme subite; Tavoyer, le conseil et les » Cent passent dans l'autre monde ; on enlève les por- » tes ; on allume tours et circuit ; on ouvre les mu- » railles ; Lucerne devient un beau village ; toute la » campagne, libre comme Schwyz; l'Entlibuch, un n canton, et celui qui le gouvernera, cousin, nous le 9 connaissons, n Dans Tivresse de leur imagination ils oublièrent et la loyauté unterwaldienne et la vénération du peuple lucernois pour les héros qui le gouvernaient avec sagesse. A l'approche de la crise , Pierre Am Stalden , emporté par l'exaltation de sa secrète espérance, laissa échapper des paroles par lesquelles il voulait accoutumer ses concitoyens à concevoir de lui une plus haute idée.
Le bruit d*un complot se répandit à Lucerne , sans
£o souvenir de la conspiration nocturne. T. II. 339, 333.
qu'on pût en déterminer les circonstances ni l'étendue» L'insouciance était impossible ; la précipitation parais* sait dangereuse. Le gouvernement ordonna au bailli Frankhausen de venir à Luceme, et d'amener avec lui Pierre Am Stalden , comme lui officier supérieur pendant la même guerre ^®. A peine arrivé y Pierre fut incarcéré dans la tour de Teau ; avant qu'il pût se recueillir parut l'avoyer de la ville avec les membres les plus considérables du conseil y ses cbefs dans plusieurs guerres^^^; il lui demanda l'explication de ses propos i et lui lut les rapports faits sur son compte. Pierre, abasourdi , fut quelque temps sans pouvoir proférer une parole. A la fin , ouvrant sa chemise et découvrant sa poitrine, il montra les cicatrices de ses blessures^^', tomba à genoux et demanda sursis et grâce. L'avoyer lui fit espérer son pardon; mais un sursis était impossible^^. Il n'épargna ni menaces ni représentations touchantes. L'ancienne loyauté, que les illu-^ sions de la vanité avaient étouffée pendant quelque temps, se ranima. Pierre avoua tout. On prit des mesures de sûreté. La nouvelle du complot ne tarda pas à circuler dans toute la Suisse. Le Bas^Unterwalden fit porter par une députation des assurances de dévouement et demander qu'on ne permit pas que la honte des aveux souillât le nom d'Unterwalden entier ^^^. Le
*°' Schilling, leLucernois, le nomme banneret; T$ekiuli» ^poit^-eam-s gne. n porta sans doute une bannière dans la guerre de Bouigogne.
^''^ On nomme Pierre d*Âllikon et Henri Feer.
*** « Il avait mainte grave blessure. • TuhudL
. **^ Il dit qu'il parlerait en sa faveur , mais qu'il devait rapporter immédiatement sa réponse.
*^* L'ancien landammann Paul Ennentach ou Entacher et Henri Winkelried. Ch, de Lucerne, lundi av. St. -Martin 1& 78. Cette date,