LIVRE V. CHAP* III
lak^, touf fut prodigué pendant trois jours dans des festins joyeux. Après cela oes hommes s'embrassèrent, et VoQ accompagna les Zurioois jusqu'à Brnnnen.
De là ils remontèrent les prairies jusqu'à Ten* trée du bourg de Schwyz , où le landammann Rodolphe, petit-fils d'Ital Réding, héritier véritable de la Wgueur de son aieul , les attendait à la tète de trois cents hommes. Ils virent avec étonnement cette jeunesse à stature imposante , salués par des cris de joie jusqu'au moment où le chef des huissiers commanda de faire siknce, et que Réding, au nom de ses concitoyens, adressa aux Zuricois des paroles de cordialité fraternelle et les conduisit dans les demeures préparées. Tandis qu'ils prenaient un repas exquis^^, et que pluâeurs s'étaient déjà mis à la danse ou au jeu, deux eoQseiUers d^Uri arrivèrent en hâte rapportant les deux cents florins laissés secrètement au départ comme un pràent pour les femmes et les jeunes gens. Les Zuricois essayèrent en vain de les leur faire reprendre. Ceux de Schwyz demandèrent instamment un jour de plus. Mais le bourgmestre Rôoust et les conseillers de Zurich répondirent : « Notre ville est sans magistrats ; » samedi nous avons conseil et tribunal ; il né peut se « &ire que nous laissions les gens de la campagne venir » inutilement à la ville ^^. » Les Schwyzois les prièrent de leur accorder au moins encore la nuit. Sur ces en-
^ Dessert, confitare, dragées dont on couvrit les tables avec une profaaîon au-delà de toute expression. Id, Aucnn anbeigiste ue voulut recevoir de paiement; personne n'osait rien acheter, de peur que les marchands ne voulussent rien recevoir.
^ Chez ceux de Scbwys la collation fut superbe. Id.
^ Ce n'est pas à dire qu'il ne fût point resté de magistrats à Zurich, mais le itombre n'en était pas suffisant pour les affaires importantes.
trefaites il vinl une multitude de campagnards condamnés à des amendes pour avoir pris illégalement du service et pour d'autres délits; on leur fit grâce de leur peine y à la sollicitation des hôtes; les Schwyzois, à leur tour 9 intercédèrent pour ceux qui se trouvaient à Zurich dans la même position ^. Le lendemain de bon matin , Zurich et Schwyz se mirent en route , à cheval, à pied y et arrivèrent aux frontières du canton prés d'Ârth. On accorda aux Zougois la soirée et la nuit. Le vendi^di^ dès l'aube , le bourgmestre repartit avec les Zuricois. Bientôt ils découvrirent du haut de TAIbis leurs rives populeuses ^^ Le soir^ ils firent leur entrée à Zurich 9 au son d*une joyeuse musique. C'est Fannée suivante que le renouvellement de l'alliance et la con*vention monétaire furent conclus.
Le premier soin d'un grand nombre de diètes (ut le maintien des mœurs nationales et la belle union des vertus domestiques et des plaisirs décens. On avait surtout à combattre les effets du service illégal à l'étranger^ l'oisiveté débauchée, l'insolence soldatesque , les excès de boisson , la séduction des jeunes gens et dés valets. Les Confédérés assemblés à Béronmûnsler résolurent, à l'exemple des Bernms, de faire prêter serment d obéissance à toute la population mâle audessus de quatorze ans , de traiter les vagabonds militaires comme assassins, et de les faire mettre à mort en quelque lieu qu'on les trouvât , de même que les séditieux et les brigands, toujours prompts à nuire; de ne Jamais appuyer leurs prétentions auprès des
*^ Ge jour-là l'on ne se refusa rien les uns aux antres. Dïïos Hoiiingert 182.
** De dix paroisses, chacune fournissait 200 hommes en état de porler les armes. Edlibaeh, ikSi.
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priaces, et de bannir les gens sans patrie , d'interdire enfin les habits courts et les longues épées^. Plusieurs approuvèrent l'exemple donné par les Lucernois d'établir dans chaque district pour les violateurs de la loi un registre d'infamie et de le faire lire de temps en tempe devant les communes ^^. Mais les listes des noms dcFinrent trop considérables^ les lois eurent le dessous. Une diète se réunit à Bade pour prendre des mesures de sûreté publique de concert avec le chef de la société du bouclier de Saint-Georges et avec les délégués de la noblesse du Hégau. Elle statua que « quiconque mar-» » cberait dans des lieux écartés ou à des heures indues^ » ou serait dénoncé par d^s aubergistes comme suspect, >) serait arrêté, et ceux qui le recevraient chez eux, n punis comme lui-même ; qu'en tous lieux on pourlirait juger les gens dangereux'^, d On combattit avec constance un mal plus odieux encore que l'immoralité des soldats , c'est l'usure. Les Juifs, qui généralement [passaient leur vie à fair dese affaires d'argent, avaient à force d'habileté subjugué la Thurgovie au point que les Gantons les bannirent de la Suisse entière ^^, sans inhumanité, avec des ménagemens, mais pour toujours^. Dans ces temps d'agitation, au milieu d'un
*' Recé$ de MSn9ter, dans Ànshelm, 14 janvier 1^84.
" Ordonnanee, mars i485. Ibid^ ,
** Rêôéi d€ BmU, i4S5. Id.
'* A l'exception de deux viUj^ges badois, Lengnau et Endingen.
** Recéë de Badê, «p. Invocavit, 1489 ; Ch. comme quoi Uschaasèrent de lean maisons et de leurs métairies les panvres gens de Steckborn avec leurs petiU enfans; Zurich au bailli, 1487, ordonBant d'aviser à TexécutioQ, après l'expiration du sauf-conduit 1 1491. ils demandent un sursis (le deux on trois ans. Ulrich, HaU dee JtUfe, S44, SS7, S72.
luxe croissaat, l'usure conduisît des Tiiles enlières au bordderabtme^^. .
Pendant ces années les vices d'un chevalier, un procès du riche Môtteli et la turbulence d'un carnaval excitèrent des troubles dans quelques cantons.
Richard Pullèr de Hohenbourg, chevalier d'une bonne famille des Vosges '^, fils unique de Wyrich, qui par Tactivité d'une longue vie avait considérablement agrandi sa maison ^^, fut^ dans sa jeunesse^ chassé du château de Kléebourg par l'électeur palatin Frédéric , parce qu'il inquiétait le pays*^. Ce même chevalier était porté à des voluptés contre nature, inusitées dans ces contrées. Ce qui dans un malheur semblable inspirait pour d'autres de la pitié ou servait à voiler leurs faules lui manquait; savoir, une vie illustre, de nobles actions ^^ Au lieu d'ensevelir sa maladie morale dans
'' Becéi de Lucerne, iS mars 1488 : Mulhouse, qui devait payer 25 florius par semaine , tomba dans on tel embarras qu'on parla d'abandonner la ville. ÀnêheUn, qui fait voir aussi comment cette yille se releva par .^a prudence, dès qu'on lui eut donné quelque secours.
'* Apparenré originairement aux Fieckenstein, plus tard aux Wurniser et aux Sickingen. Richard , dont nous parlons, était oncle malerael du célèbre François de Sickingen.
*' Nous le trouvons à diverses époques t en i&iS il obtient Kléebomg. en 1420 il acquiert la moitié de Gamsheim ; en 142S, Bheinan ; en I&27 au sujet de Mutzig, en 1A32 au sujet de Griessheim im Loch, en i486 à Weyersheim, en 144& à Firdenhcim, en 1450 acquérant Hofen et Bflren ; il doit être mort vers 1455, du moins sa femme est veuve en 1459. Schôpflin. AU. illttstr. t II, 187, 160, 154, 148, 145, 161, 264, 258. H reçut des fiefs impériaux d'Albert et de Frédéric. 16. 438. Des renseigneroens sur un fief de Sigismond se sont probablement perdus.
** Sehôpflin, 187. L'électeur le força de lui céder Firdenbeim, 264*
*^ Ce n'est pas ï dire que les actions ne soient pas bonnes on mauvaises en elles-mêmes ; les hommes le plus à plaindre sont précisément ceux dont un vice semblable déshonore , aui yeux du monde , la grandeur et la vertu. Toutefois il y a une différence entre César et Néron.
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un cloia*e , ou de chercher un pays où l'oo s'en scandaluerait moins ^ il brava l'opinion y il usa de violence* S'éUnt souillé du sang d^un innoeent qui Tavait surpris par hasard en flagrant délit , il fut incarcéré par révéque Robert de Strasbourg > de la maison palatine^ de tout temps ennemi de la famille du chevalier ^^. Le prélat fit faire sur la voie publique une enquête juridique circonstanciée de toutes les honteuses folies du coupable^'; puis, Richard ayant tout avoué, il lui accorda son pardon ^^, soi-disant en considération de sa promesse de se retirer dans un couvent , mais en réalité, parce qu'il obtint du chevalier la cession de deux villages ^^. Cependant celui-ci , au lieu de se faire moine,
CDlre Titas et Bélîogabale, entre Trajan et le dernier des Valois. Que le jenne homme par évite donc le vice , comme le serpent an bord de la tonte, et qne le blessé ne désespère pas de la vertu et ne succombe pas i^ b liante* Voy. Hetder, Idées pour êervir à la philoëophiê de Chût, 1. XIH, cb. IV.
*^ Voy* dans 5<;Ad/i/Z(fi quelles furent, déjà S2 ans auparavant, son Ktnce et son injustice à l'égard de Wyrich. L. c 148.
*' I In strata poblica montis de Castro Geroldsek ( alors ruiné ) mardiic lianmamanater. • Ck 7 Jnin 1476. C'était le tribunal de la Marche 08 do canton , dans Tancienne circonscription dnquel se trouvait sans doute Hohenbourg {Schôpflin, 212) t un huitième de la Marche était hypothéqué à Tévéque.
** Edlibaeh mande que Richard substitua une fausse déclaration de son innocence ; il se peot toutefob que la chose sesoit passée autrement : on peut lui avoir donné cette déclaration , sans laquelle Bock ne Ini aurait pas accordé la main de sa ûlle, et si Tinstrument de 1476 n'a pas été anéanti de cette manière , comment pouvait-on avoir des doutes sur tes mœurs, et en particulier sur le meurtre en question, puisqu'il avoua Tordre donné à son secrétaire Erasme de noyer cet homme?
*' Uindisheim et Lipsheim. Schôpflm , 146. Son ancien ennemi , l'électeur Frédéric s'empara aussi de quelques chftteaux. Ediibach, Quand on convoitait quelqu'une de ses propriétés, on s'enflammait d'un beau lèie contre le vice ; pour lui , on se contenta de lui faire jurer qu'il ne ae vengerait pas. N. 43.
crut par un mariage s'accoutumer à une yîe régulière, ou cacher son désordre , et ^ au scandale d'uo grand nombre de gens , il épousa une riche héritière : Conrad Bock, chevalier, ami du père et dont lès domaines étaient en partie enclavés dans les siens , lui donna sa fille. Celle-ci ne tarda pas à se convaincre que pour la conversion de son mari la volonté manquait moins que la force. Elle s'éloigna de lui , emportant tous ses biens ; sa famille puissante et nombreuse^^ et la défaveur publique ne permirent pas au chevalier de se montrer à Strasbourg* Il pouvait se présenter arec plus d'assu-» rance devant le pape Sixte ^''y et, chose importante! il avait en sa faveur à la cour impériale la forme du droit *^ et le paiement exact des épices; pape et empereur ordonnèrent donc aux Strasbourgeois de lui livrer sa femme et la dot. Mais leurs ordres n'étaient pas ap^ puyés par des moyens d'exécution. Richard réclama en conséquence la protection de Berne, mai? pour une cause privée ce fut en vain*^ ; il eut plus de succès à Zurich. Il gagna le peuple par la fréquentation des églises^ les nobles par la splendeur de sa maison et de sa table. Il est difficile de croire que la vérité ait échappé aux regards pénétrans et à Texpérience de Waldmann ; mais peut-être était-il bien aise d'attirer à Zurich cette opulence; il fit amitié avec Richard. Le beau-père de celuici mourut^. Richard se présenta devant le Conseil , et
** « l?'œcundissim?i stirps. » Sehâpfiin, 70i.
♦' Voy. le chapitre précédent, n. 219.
** Tout ce qai avait précédé fut effacé par la eh. n. kh ; il prit sans doute des précautions pour qu'aucun fait subséquent ne pftt être prouvé.
** Il avait un procès avec George Freybonrger (Edlibach)y homme très-considéré de celte ville. Leu,
^' Je le trouve pour la dernière fois en 1480. Schôp/lin, 220.
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die cr que , -sur des prélexles catomnienx^ ses enDemis n strasbonrgeois lui retenaient sa femme et son hërin tage ; qu'il désiraîc leur répondre devaat Tammestre M et le conseil de Strasbourg ; qu*il priait Zurich de lui a obtenir un sauf--conduit pour aller d^oander justieej • que si l'on prouvait son crime^ il se soumettrait à la Il peine de mort. » Les Strasbourgeois rèftisërent saufconduit et justice } leurs procédés purent faire croire qo'ils n'étaient pas sûrs de leur fait ou qu'ils craignaient des reproches à leur tour. Us redoutaient à tel point sa langue, son audace ou sa ruse^ sa figure imposante ou son argent, que lorsque le chevalier Henri CroldM, boui^mestre de Zurich^^ leur offrit de s'en remettre au jugement des évêques et des villes de Constance et de Baie, ils réooutérent à peine, et portèrent plainte auprès des Confédérés et des États d'Empire de i'ap» pui qae Zurich donnait à cet faomme^ Les choses en vinrent au point que les Zurioois voulurent veng^ par la force l'aOront d'un déni de justice. Ils permir^it que le chevalier s'emparât dans une auberge de Zurich des gentilshommes alsaciens qui se rendaient i Einsidlen^ et qu'il les retint prisonniers, jusqu'à ce qu'ils jurerait qu'ils n'étaient pas strasbourgeois^. Par l'intermédiaire des Confédérés on offrit au chevalier huit mille florins de dédommagement^^; mais malgré la conscience de ses Saïutes et de sa position , il fut assez présomptueux pour les refuser, si les Strasbourgeois ne lui accordaient
^* Délégué avec le tribun Jean Daielhofer. Ediibaek.
^^ Cela offensa ceux de Schwys, avoués do luonastërt-, protecteurs des pèlerinages. Un des pèlerins fut arrêté, parce qu'il était Strasbour" geois.
'2 Edlibach, ,
pas un acte de réhabilitation. Ils craignirent qu'il n en abusât ^^. Lui, au lieu de terminer promptement l'affaire, bien qu'il dût appréhender que tant d'éclat n'amenât des découvertes , eut Taudace d'insister sur la réparation d'honneur.
La querelle s'envenima ; Zurich déclara la guerre à Strasbourg y arbora la bannière de la ville à Thôtel du gouvernement, ordonna une levée de troupes dans la campagne, adressa une réquisition à tous les Confédérés. Les Strasbourgeois députèrent en hâte vers Berne. Berne conyoqua une diète à Zurich^. Le bourgmestre prévint les députés de l'ouverture du Grand Ccmseii , et leur accorda la parole Iorsqu*ils se présentèrent ^. L'amitié de Strasbourg, épouvée dans la guerre et dans la paix , le caraetëre douteux de la cause du chevaHer, les inconvéniens d'une prise d'armes à l'époque de la moisson , leur zèle pour Thonneur de Zurich, rien ne fut omis pour recommander une médiation. Les Zuricois, blessés de l'orgueil de Strasbourg^'', voulaient l'abattre : ce Demain nous marchons ^ o dirent-ils ^ «r et » nous attendons nos Confédérés. » Les membres de la diète déposèrent alors tous sur le bureau des somma-* tions de se soumettre à un arbitrage fédéral à Einsi-
^^ Parce qa*il n'y aurait plus eu de molifs de lui refuser la possession de tous ses biens.
^^ Berne prit en même temps ses mesures pour qu'aucun canton ne répondit isolément à la réquisition, jânsheim.
^* Edlibaeh dit : • il leur ouvrit la bouche, > expression qui n*est plus guère usitée que dans le consistoire papal.
^^ Cet oiigueil frappa tout le monde, au rapport â'EdUbaeh; ils ne respectèrent pas même les députés zuricois malgré leur innocence ; il y avait dans tout cela beaucoup de passions personnelles.