‹ Histoire de la Confédération suisse (volume 3)Chapitre 81 sur 127 · LIVRE V. CHAP · texte numérisé non relu

LIVRE V. CHAP

entre J^xThurgOYiens et ceux des Suisses^ qu'en cas de guerre ils fussent dispensés de se lever au cri du pays. Les Suisses étaient si peu diposés à céder^ qu'ils laissèrent absolument sans réponse ^^'^ sa proposition de renmveler l'alliance ^^^. Lorsqu'il céda^ le renouvellement fut adopté sans contradiction de la part de £eme ^^. Dans la suite , quand le même prélat gémit sous le joug de Rome^ tandis qu'il faisait de son côté peser sur les prêtres de nouvelles impositions , et qu'il évoquait à sa cour les différends relatifs aux intérêts et aux dimes^ il trouva tout ensemble une protection

ladéDommation de jus primariarum preeum, un droit relatif à la collation des bénéfices ; il consistait , pour TËmpereur , dans la prérogative dénommer pendant son règne à un bénéûce vacant dans chacun des ebifibesde TËmpire , et pour un seigneur, dans une prérogative semblable, mais uniquement applicable aux chapitres imméijUats de sa sei- /Sneone. Le pape , chef suprême de l'Église dans toutes ses parties , pour De pas reconnaître formellement ces droits, les avait concédés sous forme de priéreê adressées an Saint-Père, reconnu par là comme le véritable souverain de toutes les églises. Une lettre de l'empereur Badûl- M^Idans GoldoMt, Corutit, Imp. t III, ^06 , renferme sur ces relations on passage classique : « Gnm ex an tiqua et approbata ac a divis impera-

• toribas ac regibus ad nos prodncta consuetudine quselibet ecclesia in

• nostro Romano' imperio constituta ad quam benefidomm eocleaSasti-

• coram pertinet collatio , euper uniuê beneficii collatione precutn nottrU'

• mm primaria» admittere teneatar, devotionem tuam etc. • On trouve même des exemple de ce droit de première requête exercé par des impératrices et d'autres souveraines dans des chapitres de religieuses. K. F. Bichhom, Deutsche Stuats-und Rechtsgeuhichte ; IV. Th. s. A40 u. kki. G. M.

'^' Recds de B^, i48S, ap. Invocavit.

'^ n s^agit du traité conclu en iil69, par l'évéque Herrmann de Breiteolandenberg pour la durée de sa vie.

'^ Alliance de l'évéque Ottan avec les huit Cantons, 9 avr. â688. Stetiler tttcste que Berne seul n'y prit point de part ; dans la copie de Lûnig { SpiciL etelcs, II, 169 ) Berne est expressément nommé avec les autres.

bien décidée contre le pape et Bon moins de résolution contre ses propres empiétemens ^^^.

Le pape même. Sixte lY • reçut à Bâle^ et en quelque sorte à la face de TÉglise, Taffront d'être publiquenxent accusé par un noble cardinal', entre autres crimes, de celui pour lequel Hohenbourg fut brûlé à Zurich cette année-là ^^^ Un Esclavon^ André, de Tordre des frèresprêcheurs, connu sous le nom d'archevêque de Crayna, cardinal du titre de St. -Sixte ^^^, était un homme bien intentionné, franc, non sans instruction, mais étranger à la connaissance des hommes et k Tart de jouer avec les mots et les mœurs , néanmoins ambassadeur de l'Empereur à Rome, Par la lecture et d'après son honnêteté naturelle y îl $*était fait du vicaire de Jésus-Christ, dépositaire des clefs du ciel et chef de la plus vaste société morale qui ait jamais existé, une image dont il ne retrouva dans la réalité pas un seul trait. La cour du Saint-Père lui parut bien moins sainte que celle de Vienne, que le vieux Empereur, exempt de passion, maintenait en bon père de famille dans la décence , dans Tordre et dans le respect que le Mord professe pour les mœurs. Probablement ses rapports étaient rempUs de ses lamentations, et la cour avait loué son

^*® Ces négociations ont été exposées (faprès les Reeéi de iàSh par J, Hotiinger, Hist» eccles. II, 506, 507.

'** La source principale pour l'histoire qui suit ce sont les Gesla ar^ ekiepiseopi Craynensiê de Pierre Numagen, de Trêves , notaire de ce même archevêque , ensuite greffier du grand chapitre de Zurich , où il mourut en 1514; ce livre a été extrait d'abord par WuntUen dans la Chronique ifâtoiêe, ensuite en latin par Hottingêr, l'ancien ^ HiâU eeeL L IV, 547.

^*> Il parait qu'à la recommandation de r£mpereur il fut nommé en celte qualité par le pape , mais qu'il manquait encore quelque chose à la forme. Voy. fhitinger, le jeune , Hi9i. eccL de CHelv, t II , 498.

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zèle. I] osa foire au pape en personne^ et même en présence de cardinaux, des représentations sur la pratique impudente des péchés les plus scandaleux. Sixte , d'abord an peu confus , se remit en prince politique^ loua tant de zélé y déplora la perversité incorrigible du moode, mais éloigna le plus qu'il put un homme si iocommode. Cependant l'indiscrétion du prélat alla si loin que le pape dut à la fin s*assurer de sa personne ^^. L'Empereur lui-même , s'apercevant que son ambassadeur à Rome était meilleur c^iseur. que bon diplomate, le rappela. André prit alors la résolution la plus étrange. Sans parler beaucoup de son rappel, il se rendit en hâte de Rome à Bàle. Arrivé à Berne , il déclara que, dans l'intérêt d'une réforme de l'Église, affaire la plus importante, la plus nécessaire, il se codait dans la ville où le dernier concile oecuménique a Fait été convoqué; qu'il entretenait des relations étroites avec la cour impériale ; qu'il était Torgane des sentimens les plus intimes de beaucoup de grands prélats. Les Bernois, bien persuadés des abus du gouvernement de l'Église , se laissèrent engager à lui donner des recommandations pour Bàle ^^. La chaleur de son àme le rendait éloquent , et ceux qui ne comprenaient pas la confiance qu'un tel homme puise dans sa foi lui supposaient des moyens puissans ^^. U vint à Bàle.

"* Il fut remis en liberté à l'intercessioD de l'Emperear. Miâùve de f Empereur à BàU^ Vienne 20 oct. ikSt. 11 était, non an .ambassadeur ordinaire, investi de tous les droits introduits dës-lors, mais seulement dâ^é pour certaines affaires , peut-être sans titre. ^ Anthelm , i A83. Numagen : « Bemenses in sui amorem traxit. » "^ Numagen : « Facundia snblimalns , nihil pondrravit , consiliuin nec qussivil nec cepit. •

Il y fit afficher u que des opinions hérétiques , la » sodomie el: d'autres Tices^ qui souillaient en quelque » sorte la chaire de St.-Pierre, exposaient TÉglise uni- » verselle au plus grand péril. Qu'on avait trouvé, à » Constance 9 un remède au mal, les assemblées péri(v« » diques de TÉglise. Que la cour avait su les paralyser. » Que lui , sans respect humain , sans crainte , était » venu au nom de Dieu , à Bàle, où s'était assemhlé » pour la dernière fois un concile légal. Qu'il renou- » vêlait ce concile, et invitait la chrétienté à se montrer; » que le pape ent à se justifier, sans quoi l'on ne lui » devrait plus obéissance; que la résistance aurait » pour conséquence sa destitution ^^. » Après cela il lui adressa cette allocution : « 0 François de Savone, » élevé par simonie sûr la chaire de St.-Pierre, que » tu déshonores, que de fois, tandis que tu enrichissais » tes favoris, m'as-tu raillé sarcastiquement quand je » te reprochais le trafic intéressé des bénéfices et des » prérogatives ecclésiastiques, ton ardeur pour enri* » chir des paysans, tes cousins ^^'', ton indulgence et » ta préférence pour les scélérats audacieux , les far- » ceurs et les chasseurs , pour les ivrognes , pour les » Ubertins abusant des religieuses et souillant leurs » propres familles, pour les jeunes gens à la chevelm^e » frisée ^^^ et les sodomites ^^^ ! Des imitateurs de tes » voluptés gouvernent l'Église. Tu as dilapidé des

"' Ceci dans le chœar de la cathédrale , 18 jaillel 1^82.

**^ « Capîs ditare rusticos , attiaentes tibi. Quis pontiûcum magis exaestua^it in ditando filio suo? •

^*' « Crinescalamistrantes, longos nntrientes. (Kojtiirai, comme chez les ^ciens ).

''* Cette tolérance rend assez digne de foi la n. SI 9 du chapitre précédent.

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» trésors amassés contre les Turcs et les Hussites. La

MTeiigioo du Christ deyient semblable au culte des

» dieux du paganisme ^^^. Le temps est Tenu de Taf-

» franchir et de te juger. Tes foudres sont impuissan-

» tes; j'en appelle au Seigneur et à TÉgUse. » André

dit toutes ces choses dans une maison particulière ^^'

du Petit-Baie, avec Teffusion d'une àme ardente, plein

de confiance dans reffet qu'il produirait , sans aucune

certitude de secours; il adressa ses écrits à tous les

sourerains.

L'inquisiteur de la foi dans la Haute-Allemagne, Henri KrsBmer, comme lui de l'ordre des fréres-précheuïs, fit aussitôt afficher, par mesure préalable, qu'il ne pouvait s'étonner assez en voyant un Esclavon en démence traiter de la sorte le restaurateur de la ville de Rome ^^^, le fondateur de tant d'églises, le père, non-seulement des Romains pauvres ^^^, mais des familles royales déchues ^^^ et des préla'ts expulsés ^^^, celui qui défendait la chrétienté de spn argent et de

*** Sixte aimait l'antiquité ; une rdigion bornée au culte ne lui déplaisait pas.

'*' Dans la grande chambre de la maison à l'enseigne du roi , en présence d'un Strasbourgeois , d'un clerc de Trêves , d'un tailleur , (Tun cordonnief et d'un barbier. Numagen*

**' Il confirme tout ce qui est mentionné au chap. précédent, n. 216. 11 déblaya l'arc de triomphe de Titus , la petite rotonde de Vesta ; c'est loi qui, en i47Â, donna, pour l'eaibeUissement d»la ville, la constilotion Etsi de euneiorum, Carlo Fea, dans l'excellent ouvrage Dei Diriiti àtl principato sulU aniUhi edifizL Rome 1806.

**' Les pauvres honteux de chaque Rione reçoivent des assistances.

^** Qu'il entretenait la reine de Chypre, et donnait chaque mois 50 I

florins & celle de Bosnie (était-ce la veuve de Thomassevich ? )

*'^ Ceux-ci reçoivent de la caméra chacun de 8 à 15 florins d'or par ^

mois.

320 HUTOnB DB LÀ 8UI89B.

ses troupes ^^^ Sixte enfin, responsable à Dieu seul. t< Qu'un homme, » répondit André, ce souillé des mè- » mes vices que le pape ^*'', chef d^un ordre rempli de rt pécheurs et d'hypocrites de la même espèce ^^^, voie » arec étonnement un cardinal qui ose enfin ouvrir la » bouche, seul, d'entre un si grand nombre ^^*, rien de » plus naturel ; mais il n'en est pas moins feux que le » pape soit le père de l'Église (comment serait-on père » de sa mère ^^ ? ) , ou même un homme respectable » par son ^^ractére; les constructions romaines ont » servi de prétexte pour de nouveaux impôts ; dans la » guerre des Turcs , Bajazet a reçu du pape de bonnes » armes et l'autorisation de marcher contre Flo- » rence. »

Rome lança ses foudres contre lui et contre ceux qui lui donneraient asile ; le pape demanda son extradition. B&le sollicita des ordres de l'Empereur pour la conduite à tenir ; Berne s'excusa auprès du pape '^^ L'Empereur, se croyant bien mieux qualifié pour convoquer un concile ^^, somma le cardinal esclavon de

t«f 12,000 dacats aux Rhodiens, beaacoup aax Bongroia; participation à trois expéditions ; deux vaisseaux chargés d'armes et de mnntlioDs pour les Rhodiens.

i*7 « Simili criminam qaaiitate detnrpatus. •

*** « Adducto supercitio , grandia verba tratinantes, inter malieRulas ■ de S. litteris pfaiosophantur , a feminis discentes qnod Tiros do- • ceant. •

<** • Gardinalium nnllns se murum opponere volait pro Ghristo. •

*** « Le bœuf suit ta crèche , et non la crèche le bœuf. »

^** « Qu'on avait respecté en lui un cardinal. • Anshelm,

*** « Ad nos plurimum respicere noscitur. • Que si la corruption du chef et des membres nécessitait un concile, le droit de le convoquer appartenait incontestablement au chef temporel de la chrétienté.

. L1VRB V. CHAP. Ut. «121

rendre compte de son entreprise ^^é Celui-ci répliqua ^^ n que la conservation de la foi ne saurait être indiffé- » rente à un cardinal ; que son entreprise, méditée de- N pois des années , avait pour elle l'approbation de n beaucoup d'hommes éminens et respectables et d'am- «Ittssades illustres; qu'il fournissait à l'Empereur «Toccasion de remplir un grave devoir; que la vie » qu*il avait souvent exposée pour le servir, ne lui pa- Mraîssait pas trop précieuse pour servir la cause de » Dieu ; que l'Empereur devait songer à son grand âge » et au tribunal de Christ. » L'évéque de Mie répugnait à se mêler de cette affaire ; l'université voyait ce mouTcment avec satisfaction ; la cour d'Inspruck, sans déplaisir; Laurent de Médicis, le Magnifique ^ et la ligne italique envoyèrent des ambassadeurs ^^. Sixte ans» en délégua huit en peu de temps ^^, et tandis (ptH semblait lui-même captiver Bàle par des bienfiite '^^, Angélo de Sessa , un de ses légats , mit la

*** • Qua aoctoriUte , CDJus ope et consilio. > C'était de la part cTan piiticoUer nne chose si extravagante , que chacun soupçonnait par derrière un mobile paissant.

'^ Lettre, St-Lanr. HSl : « Magnificentissime Frederice, tertios haJQs Dominis ecclesis advocatns ! •

**^ Baccio Ugolîno. Rmcoe, Lift ofLor. calUd tke Magnifieent (FU diLQttrenideMédieis)f t. II. PFar<fû«ii en nomme un second, l'archiprétre Bartoloméo de Plaisance.

'^ Le prévôt d*Erfurt » Hugues de Landenberg , dans la suite évéqoe de Constance ; le prévôt de Feldbach , Pierre de Kettenheim ; lorsque raffaire devint plus sérieuse, Antoine Gratia-Dei, Antoine de Roche, , prévôt d'Aignes-Mortes , le légat évéque Angélo de Sessa , à la fin aussi Sillinen ; le minorité ^erich Kernel , tout à la fin le commandeur Servicio OrsinL

*" Ccw/SrM4rtNNi de §€• hypothéquée (Liestal, Wallenbonrg, Homberg), U82. BrtJoMr, iOOS.

▼III. a I

322 lUSTOlRB DB Lk BUISSB.

Tille à l'interdit} mais les seuls chartretui s'y conformèrent *^.

A la fin» après rarrivée d'Antoine Gratia-Dei , docteur de Tordre des chartreux ^^^^ que le pape a^ait envoyé à Baie par Vienne, le bourgmestre et le oonseil s'assemblèrent en {présence du célèbre évèque Jost de Sillinen, du vieux margrave de Neuchàtel, du oomte Philippe de Savoie, d'Oswald de Thierstein ^^^, des ambassadeurs bourguignons'^^^ et d'un grand nombre de seigneurs spirituels et temporels^ de docteur» et de chevaliers ^^^* Antoine se leva et prit la parole. Après avoir passablenient excusé l'interdit lancé prématurément par excès de zèle , il exprima l'étonnement universel a de ce qu'une bourgeoisie en tout temps loyale ^^ » accordait asile et protection au calomniateur ^^ du » pape le plus savant I le plus illustre, le plus recom- » mandable par ses mérites, qui avait blanchi au ser^ » vice de la religion ; mais, » ajouta-t-il^ c( les meilleurs

«M Comme on lear défendit à ctose de cek de metidier, ils risquèrent de mourir de faim. Jnêhekn,

"* Dont le pape même avait été général; André était de fordre do frères-précbeurs.

*** Il se trouvait là en qualité de comte palatin de Tévèché. Gaapaid Ze Rbyne , dont l'inaction dans cette affaire est si remarquable, était alors en grande querelle avec la ville, qui avait nommé cbef des Iribons un autre candidat que celui qu'il avait proposé. Pour se venger, il entreprit , mais sans résultat , de retirer tons les droits et les domaines bypolbéquésà la ville parTévéché, après déduction préalable de 100,000 florins pour la longue jouissance ; dans cet état de cboses, il ne vint sarement pas à la ville. Aiakelm,

«M An nom de Maximilien ; Claude Toulongeon de la Bâtie, €rnillanme de Rochefort , docteur en droit et cbevalier.

Ht La séance eut lieu le 18 déc. 148S.

^•* • Optime ab antiquo famati cives et popains egregitos. •

*** • Plenus furia , lubricus , fallax , stoHdus , insolens. •

LlVftB T. CHAP. III. 323

» hommes peuvent être dupes de rhypocrisie. » André comparut; on eut pour lui des «égards. Cependant une misôîe impériale exprima la désapprobation souveraine des démarches insensées par lesquelles le cardinal , abusant de sa dignité, s'était attiré, à Rome déjà, les pins grands désagrémens, ajoutant qu'à Bàle ce fanatique s'était rendu coupable du crime de lèse-majesté ; qu'il avait parlé imprudemment devant des gens du ▼ulgaire de vices inconnus ; qu'il méritait assurément d'être enfermé; qu'en conséquence l'Empereur requerrait Bàle et chaque État de l'Empire de pourvoir à l'exécution. Antoine abordant André d'un air amical : tt Tous deux y » dit-il , « nous appartenons au même » ordre, et nous nous sommes connus dans des mis- » sions communes ; avoue que la calomnie est née de » ïenvie, et je serai ton intercesseur. » André persista dam ses accusations, demanda trois jours pour exposer ses preuves, et déclara les soumettre à l'Empereur, au roi Louis et à l'université de Paris ; ses paroles étaient empreintes d'une émotion profonde. Antoine s'efforça de prévenir ces longueurs. « Vous avez appris de sa » bouche qu'il persévère dans sa désobéissance et sa n folie. De quel droit un archevêque convoquerait-il » l'Eglise entière ? L'Empereur a fait connaître au » bourgmestre et au conseil leur devoir. » Au bout de trois jours , André , qui n'avait ni pris la fuite ni fait UDe rétractation , fut arrêté. Sixte ne le persécuta pas davantage ^^^ ; trois mois après la mort de ce pape , on le trouva pendu dans sa prison'*^. Mourut-il, comme

*" L'Empereur ne permit pas Vextndition. Il savait qne ce prélat n'était point méchant , mais impradent

'*' Le pape moomt le 45 août 1434 ; André vers le milieu de novembre, 00 selon Simmpfle 25 janvier I4S5.

334 msTOiRB DU la «uisfts.

on Ta dit, accablé sous le poids d'une vie inoccupée ^, ou, comme on Ta cru aussi, victime de la crainle ou de la haine des ennemis qu'il s'était faits ^^^ ? Fendant les jours de sa captivité naquit Martin Luther.

La liberté de la Suisse et sdn organisation sociale furent de tout temps en lutte avec l'ambition et l'avidité de la cour de Rome. Les Suisses persistèrent à soumettre à la justice ordinaire les affaires temporelles du clergé *®^ et les gens d'église, déchus de leur immunité par des crimes "^ et à faire régner la loi, quand révèque fermait les yeux en faveur de prêtres riches ^'* ou se montrait en général trop indulgent "^ Leur foi s'accommodait des croyances les plus singulières. Mais lorsque le laqdammann d'Appeniiell obtint à Rome, à prix d'argent, l'autorisation d'épouser sa commère, le bon sens de son peuple se réveilla, et la landsgemeinde décida que ce qui était licite au landammann, pour

»" Accusé de suicide il fol mis par le bourreau dans un tounean.et jeté dans le Rhin. fVuT$ii$en. = « Cœlo tegitur qui non habet urnanu • Lacan. D. L. II.

4" SehUling leLucernoîs. On dit que le pape lai paya la corde. fFmtisen; HoUinger, le jeune.

«•• En 1490, à l'occasion des «dettes du curé de Wohlen; en ih^iï Toccasion d'une cause criminelle ; en 150S deux prêtres sont interroge par le tribunal provincial de Tburgovle sur un meurtre; en £504. te môme tribunal fait pendre un prêtre comme voleur. Ces faits et les soivans jusqu'à n. 17J sont constatés par des documens dans Técrit si utile de Balthasar : Dejariba$ Helvetior, eircaSaera. Zurich, 1768.

*'• En 1480 on prie le pape d'autoriser les évoques à dégrader et à livrer les prêtres au bras séculier.

i7i En 1492 , un prêtre, coupable du même crime que Hohenbooig i lui ayant été livré, on lui déclara que s'il favorisait les riches , les Confédérés puniraient eux-mêmes à Tavenir les criminels tonsurés.

"> En 1491 on rappelle son devoir à l'abbé de Salmanswyl , visiteur du cpuvcnt de Wcttingni , où régnaient les plus grands désordres.

uyitR V. cHAP. ni. 325

de Talent, le serait désormais à tout Appenzellois^''^. Sixte fut tiré de son dernier embarras politique par Il CoofédératioBy alors que pendant la guerre des Vé- «itiens avec le duc Hercule de Ferrare *'*, le pape ne pot les ibrcer, même au moyen de lexcommunicadon '^^, à faire une paix désavantageuse* La riche Ye- Dne, qui avait en Suisse des relations commerciales ^''^^ trouva beaucoup de faveur chez la jeunesse belliqueuse. Elle s'émut lorsique René , duc de Lorraine , lami des Suisses depuis les journées de Morat et de Nancy^ prit les armes pour cette république. À son rapide pas* sage , la bourgeoisie de St.-Gall lui fit cortège avec des démonstrations de joie ^''''. Le pape chargea de ses représentations l'homme qui devait le mieux connaître la Suisse^ Ulrich, abbé de St.-GalL Une députation ▼tnitimne, munie de beaucoup d'argent , vint pour adieter la médiation des Confédérés ou leur secours^; h prélat sut lui faire perdre quinze jours à St.-Gall , en lui refusant un sauf-conduit , indispensable puisqu elle 4itait à peine en sûreté dans la ville, tant étaient

"» 1489. WaUer,

*'* Au sujet des salines de Comachio.

^* L'excoauBUDÎcation est do 28 mai 1488 ; elle fui notifiée à Tabbé de SLGall le 5] juillet , à Tarchiduc Maiimilien le IS. Le doge et le goorerDement furent destitués de tout pouvoir et de tous honneurs ; kors sujets, déliés du serment de fidélité ; le commerce , interdit, liais ce gouvernement, fondé sur la sagesse alliée à la force, n'en fat pas ébranlé.

"* Il parait qu'alors comme anciennement une route commerciale traversait la Rhétie, le Gaster et Zurich; le transport faisait probablement gagner ceux de 5t-0all et de Schwyz.

•" Halimijrer, 204, 205 ; le soir des Rameaux 1488 ; lui avec cent chevaux.

326 UiSTOIRB DB LA SUISSE.

Téhémentet les réclamattODs d*uuc foule de gens ^'''. Il se rendit ensuite à la diète de Bade^ où il fit la proposition suivante : « Sa Sainteté , le pape ^ a la ferme » confiance que la Confédération n'ignore pas avec » combien d'audace et de ruse Venise tend à la domina- » tion sur l'Italie; le doge Jean Mocénigo, frère de ') celui sous lequel Chypre a été conquise injustement, M voudrait orner ses cheveux blancs ^''^ d'un laurier » semblable. Les Vénitiens ont trompé le pape^ chose fa* » die quand on ne connaît, conune lui, que la droiture et » la loyauté. Tandis qu'on négociait à Césenne, ils ont M muni leurs plaœs, enrôlé force troupes même parmi » 'les Turcs, puis demandé l'impossible; et comme Je M pape a refusé d'être parjure envers le Saint-Siège, » ils s'en sont fait un titre pour lui déclarer la guerre. n L'Italie, Rome, sont en danger; les Alpes même » finiront par n'être plus un rempart. Venise a fait >i alliance avec l'ennemi mortel de la foi^ chrétienne. » Lui , l'abbé , et Hugues de Landenberg , conseiller » intime du Saint-Père, supplient, exhortent, conju- » rent, au nom de l'alliance et du devoir des chrétiens, » de rappeler les volontaires accourus à Venise, et aux- M quels on donnera l'absolution ; de ne pas permettre » que la Lorraine abuse d'une manière inconvenante » de l'ancienne amitié, et, si les négociations reprises » demeuraient sans succès, de marcher au secours du » Saint-Siège ^^. m Vers le même temps , Schwyz et

*^* On ne dit pas si leurs rédamalious coocernaient la solde, oa des frais de transport, oa des foomitirres de marchandliies.

*^ Il avait 75 ans.

*'* Nous réunissons des traits épars dans cinq Ufir€9 du pap€,ikmi quatre à Tabbé et une aux ConCédérés, 1A84, toutes dans la collection de B Aller.

UYRR T. GHAP. III. 327

Glaris 6reiil priscmniers dans le Gasier^ sur la route de Bade ou de Zurich, le noble Giustiniani et son compagnon Gabriel Morosîni. Les Confédérés désapprouvèrent cette action et se refusèrent à punir les représailles dont Venise usa contre les Schwyzois ^^^ • Les volontaires qui, pour leur compte ou'sous les drapeaux du duc René, avaient joint les ennemis du pape, furent rappelés avec menace et avec succès *^*. Avant que Sixte ne pût s'en réjouir, il apprit qu Hercule avait acheté la paix au prix de la Polésine de Rovigo ^^^; il l'apprit, en fut saisi *•* et mourut (13 août).

Innocent VIII , du nom de Gibo , homme d'un bon caractère ^^^, mais inférieur à Sixte en savoir et en énergie , tout occupé d'enrichir ses nombreux enfana ^•^^ fit la paix avec Venise *^''. Il s'efforça de maintemr avec la Suisse l'alliance renouvelée ^^^ : l'intérêt de sa considération en Italie l'exigeait ; aussi la France

ut Venise augmeDta mm les péages et le droit de ooiidiiite an détriflieot de ces deax cantons, qoi demandèreat inutilement nne ambassade ftdèrale. J. H. FâêêUn, dans le nouwêou Mu$éé iuii»e. S, d'après les sonroea. Gomment peavent-ils dire qnc l'ambassade coûterait à peine an fkoftin à chaque canlon? Ne devait-elle être déléguée que yen celle qui se trouvait enccNre quelque part ea Suisse?

**^ SieiiLer, SSft. Pierre Kaiser, de Berne , était capitaine au service du duc de Lorraine. Anshsim»

*** Le 7 août 1484. Il fut lui-même compris dans le traité de paix, mais sans qu'on lui eftt demandé son avis.

^* « Obstnpoit, ddait valde, obmntnit • Infgêsmra,

*** Infeiêmra, qui ne flatte pas i • Vir bonus in se Justitiam semper firoposîtam babuit. »

*** Le même dit qu'il eut sept enf ans de plusieurs femmes ; Hotimgei', d'après MareêlUu, H têt, ecêL II, 509, lui en donne seiie.

'*' Il léeoocilia aussi FÉglise avec Florence et Milan. Anêhâlm.

*^ Par le mojen de l'arcbiprôtte a. i5i , de Blets , chanoine de Constance (cousin d'Anshelm) et de l'abbé de St-Oall. Amhelm, i&S5..

338 H15TOIBB DB LA SUISSB.

ne trouTa-t-elle pas de meilleur moyen de gagner le pape qu'en lui promettant d'engager les Suisses à lui fournir quatre mille hommes ^^^. Le bourgmestre Waldmann saisit cette occasion de négocier pour Zurich un concordat qui assurait à la ville la juridiction sur les ecclésiastiques ^^, la haute tutelle des biens d'église ^^^ et la collation des bénéfices dans les mois du pape ^^^. Quoique cette conyention elle-même n'ait ja*

*'* Infesutra, i4S6 ; il doute néanmoifis que l'écrit soit antheo tique.

'** Le droit de leur infliger des amendes ( « car un grand nombre se comportent de jour et de nuit moins décemment que des laïques , heureux que nous ne puissions pas les punir •], de les tenir en prison pendant trois jours pour les livrer ensuite à Tévéqne, de juger comme des laïques ceux qui laissent croître leurs cheveux par-dessus leur tonsure , qui portent l'habit séculier, etc.

*** De veiller sur les successions des ecclésiastiques jusqu'à ce qu'il se présente des héritiers on des créanciers; de les faire contribuer aux fra» de k guerre comme le reste du pays ; de leur faire rendre compte de l'administration des revenus ; de les obliger à ne pas laisser se dégrader les presbytères.

*** Sixte avait accordé cela ; dignités et bénéfices à Embrach tons les mois. Pas de cumul de cures dans les chapitres de la ville. Point d'op* position de la part des candidats recommandés par le pape. Hotiinger, I. c. donne ces articles d'après la eh. ; ils sont tonl-à-fait dans l'esprit de Waldmann. k^? C'est au pape qu'appartenait la collation des bénéfices de certains prélats quand ils mouraient dans certains mois de l'année , désignés dans le texte par l'expression de moiê du pape; il ne faut pas confondre ceux-ci avec les moi$ romains, imposition qu'on levait sur les États de l*£mpire dans les besoins extraordinaires. Les candidats dont il est question dans la note portaient , en Suisse du moins , le nom de comrtisant; c'étaient des ecclésiastiques, souvent sans emploi, qui avaient acheté du pape des recommandations pour des bénéfices racans. Mais loin que ce fussent là des recommandations véritables pour des prêtres, qui parfois ignoraient même la langue du pays , quelques cantons , notamment celui de Berne , avaient statué des peines sévères contre ceux qui se présenteraient à ce titre. Les mois du pa^e, mên$e$ papaUs, objet de concordats, variaient suivant les conventions des parties conlractantes, comme on le voit, par exemple, dans le concordat du i7 février

LIVRB T. CHAP. III. 329

mais reçu son exécution, les principes en furent maiur tenus. Le légat dut promettre de faire absoudre le cantcmd'Uri, que Tarchevéque de Milan avait excommunié à cause de la Léventine ^^. On laissa tomber les subsides arriérés ^^; on renouvela Talliance, et l'on empêcha que Milan ne pût se liguer avec Naples contre Aome, au cas que le Maure l'eût voulu.

Ce même pape envoya vers les Confédérés deux commissaires pour extirper les petites communautés disséminées dans les montagnes , qui, avec la simplicité des chrétiens primitifs, quelques-unes aussi dans un sens plus élevé , dédaignaient les lois de l'Église romaine ^^^. Il invita la Suisse h venir prendre part aux grandes conférences de Rome contre les Turcs, alors que Dshem ^^, frère du sultan tombé dans son pouvoir, apparut comme un merveilleux instrument

iéiS eoiie l'Empereor et le pape, par leqael celai- ci gagna , oaire on giand nombre de réserves, les moues papalet. U fut stipulé que les béné- ^ qui deTiendraient vacans dans les mois impairs seraient conférés pw le pape, les autres par le collatenr ordinaire. Mais on réserva au Prochain concile le droit de modifier cette disposition. Voy. Wurdiwein, SahùtL dipL IX, p. 78 ss; deHorix, Concorda, nat, Germ, additamentU «7intrata^ t. TL et III ; K, F. Eiehhom, Deuiiche StaaU- und Reehtêgetehiehte, m» Th., s. 501. CM.

*** Anêhetm, 4^86 ; Becèt de Zurich, ap. la Chandeleur, i&87. '** Les 1,000 ducats dus à chaque canton. Anshelm, I. c. *'* BuUe d^Jnnocent à Albert Gapitanei et à Biagio da Bena, 26 avr. 4&87(on a imprimé par erreur 1477 j, dans Léger, Hitt. dee églUeê M«^ÎMf« Leyde 1669, t. II , 8. li*évéché de Sion y est nommé ; de là sans doute la recommandation aux Confédérés. Le mémoire de Gapitanei sur ces gens est remarquable , p. 21. Ils paraissent avoir été de bons Weox chrétiens sans mélange d*idées pataréenne3.= Les idées paiaréenneê étaient les idées ou doctrines des Vaudois. Les diverses étymologies qoVm d<Hine de ce mot ne sont guère satisfaisantes. C. M.

"• Que nous appelons Zizim. Son père, le grand et savant Mahomet pouvait connaître le mythe du vieux Dsheroshid.

pour semer le trouble dans Tempire des Osmaolit. Peu après, le pape prit envers Bajazet l'engagement de retenir Dshem dans Tinaction à Rome , moyennant quarante mille ducats par an ^^''. Maïs ce qui fâcha le plus les ConfédérëSy ce fut la réponse du pape à leur ambassade au sujet des désordres du clergé '^ : elle portait « qu'ils devaient se garder de mettre la main sur les D oints du Seigneur '^^« » Beaucoup furent d'avis à cette occasion de rompre l'alliance avec Rome ^^.

Du reste y dans une seule année les Suisses firent quatre guerres en Italie.

Innocent YIII , brouillé avec le roi de Kapks ^ don Fernande l'ancien ^ craignait que Lodovico-le-Maure^ régent du Milanais, ne soutint ce roi, son allié ^^^ Pour y mettre obstacle , il souleva contre lui Ortlieb de Brandis, évéque de Qoire. Les vallées élevées, salubres et fertiles de Poschia vo et de Bormio , passages importans y au milieu des Alpes rhétiennes , avaient été soustraites fort anciennement^ comme nous gavons fait voir *^^, à l'évêque de Coire et à l'union avec la Rhétie, sous l'archevêque et seigneur Jean Visconti. Mais

^'^ Tiehudi et tous les Mitres.

iM Pierre de Hertenstein et Roland Gôldli (eux-mêmes candidats dt pape et chanoines peu chastes , • dit en soupirant An$htlm) » délégués par les Lncemois au nom des Confédérés. Leur mission était celle dont il est parlé n. 470.

*** • Les bénéfices furent conférés aux ecclésiastiques immoraux ei au]( moines échappés • (les oints du Seigneur). Anêhebm»

>** Beeéê de hacemê, Geoige iA9i.

^^ Depob 1482. En outre, le véritable duc de Milan avait épousé une petite-fille duroL

^*> T. III , 154, iS5 ; d'après 5prMW, PaUâ», p. S7. Une faute typographique de ce même ouvrage, p. 966, répétée dans beaucoup d'antres et par nous-mêmes , t. VI , 4ii, a fait croire qu'un fait semblable avait eu lien en 1450 ; Campbell décide pour 1550.

LIVAE V. CHAP. m. 331

PoschiaTo surtout appartenait de cœur à la Rhétîe^^^. Lodovico y prince rusé , qui estimait peu la droiture des Grisons^ ne jugea pas convenable de leur accorder plus loDg'temps la franchise de certains péages ^^^ tandis qu'il la renouvela ^ par des considérations per* sooaelles, en faveur de la vallée de Bergaglia ^^^. L'évèque détermina sans peine le& communes à redemander à Ciseitnundo, commandant milanais de Bormio^ par Tox^gane du bailli d'Ârdez , Ulrich Massoî» de Sus ^ dans rEogadine, cette vallée ainsi que Poschiavo» Cisermundo refusa. « Que vous vouliez la paix ou la guerre, .» ditril, u cela m'est plus indifférent que le verre de vin » placé devant moi. » Le Rhétien répondit : « Dans »peQ vous désirerez sans doute racheter la paix au • prix de bien des tonneaux de ce vin. » Cisermundo d(maa un signal. Soudain la garnison remplit la grande place, « Ne crois-tu pas, » ditr-il à Massol^ (c que je «paisse tenir jusqu'à ce que le duc débloque la ville? » Lodovico était alors occupé de la guerre de Saluce^ que nous raconterons bientôt.

Lorsque les Rbétiens eurent appris ces choses , les nulices de TEngadine remontèrent , au troisième jour, la vallée de I<iivino, précédées d'une si grande terreur, qu'il ne resta dans Bormio que sept vieilles femmes : le reste de la population, avec bétail et richesses, chercha son salut dans les montagnes. Cisermundo s'enfuit ahandonné^^^. Posohiavo fut pris aussi ; le vin, répandu dans les eaves. Le tocsin retentit plus loin aoLCore ; des

^* Depuis 1408 il se rattacha de nouveau à l'évéque. htvL, Poscbiavo. »* Voy. t. VI , p. AO cl suiv.

'*» i484 : CampbelL

'** Nicolo Zenoni perdit probablement à cette occasion ses fiefs de îHJiidal et Luere, dont Lodovico investit aussitôt un Milanais. Gnlêr,

333 HISTOIRB DB Lk 8UISSB.

vallées sauvages du Sepiimeret d'Oberhalbstein^ les ban*niéres, grossissant comme les flots de la Maîra , se ré* pandirent depuis sa source élevée^ le long de ses bords, j usqu'à Ghiavenne , unies à celles de TEngadine et de Bergàglia. DeTautrecôtéduSplûgen vint la ligue Grise. Un homme fut tué prés de Madésen^"^ ; portant sa tète au bout d'une pique , un habitant du Jacobsthal donna l'alarme au pays. Le comte Balbiani ^^, Landoliao à la tète de Tinfanterie^ s'empressèrent d'occuper les passages , suivis des peuplades épouvantées ; le cœiur leur manqua lorsque les hordes grisonnes , poussant des cris sauvages, descendirent de la montagne comme des avalanches ^^^. La noblesse espérait défendre les bords de la Rabiosa ; mais quand Andréa de Pestalozzi^ Rato, Yolpi^ Stamp^ eurent succombé ^ la cavalerie débandée s'enfuit avec une telle frayeur, qu'Eliud Limaga mourut de saisissement sur les bords du lac de Come. Peu de jours après, Ghiavenne devint la proie des flammes , et Pleurs allait subir le même sort. Mais un citoyen d'Oberhalbstein, Bertoldo Fontana, s'écria: i< Yerrai-je brûler le lieu où j'ai reçu tant de bienfaits, » alors que mon frère Enrichetto y guérissait de ses » blessures? » L'été vint, Thiver se passa, les troupes rhétiennes occupaient toujours le pays. Dés le printemps de l'année 1 487, les Grisons se portèrent de Bormia, par Tirano, jusqu'à Sondrio, qui fleurit an milieu de la Valteline ; ils ravagèrent tout sur leur passage. L'armée milapaise s'avança de Léno vers le lac

M7 Tarvesède d'Antonin. Camphell, notre unique gnide dans cette partie.

'*' Voy. t. VI, ^05 et 406 comment son père acquit Ghiavenne.

>•» Vertemaia (de Pleurs, dans Campbell) : • ils s*en fuirent comme des chevreuils et des 1itvrc< devant des lions. •

uvRB y. CHAP* lu. 833

de Corne sous Lodo vic5- le -Maure ^ et Renato Tri- Tiihio, offirant la paix plutôt que menaçante. Des lettres saisies chez le duc Gianni Galéazzo^ et dirigées contre son oncle , inspirèrent aux gouvernans une juste défiance ^^^; Lodovico trouva prudent de sacrifier à sa OQQseryation Poschiavo , moyennant quatorze mille florios. U s affermit dans son pouvoir^ entoura Ghiavenne et Tirano de murailles, fortifia le passage de Poschiavo, près de Piatta-Mala, par un rempart ^^^; les habitans de Poschiavo devinrent Grisons et libres.

Ces mêmes Grisons et un bon nombre de Gonfédérés servirent merveilleusement le duc Sigismond contre Venise. Sur les confins de l'Italie, depuis les lieux où la Sarca se précipite dans le lac de Garda pour en ressortir sous le nom de Mincio, s'étendent jusqu'à la marche de Riva les domaines patrimoniaux des comtes d*Ârco. Les Vénitiens avaient autrefois conquis Ai?a sur les sires de Scala , seigneurs du Yéronèse. Des querelles de famille ^^^ et des difficultés au sujet des frontières ^^^ avaient allumé une haine trop passionnée au gré des seigneurs , entre les habitans de la campagne et Riva , que soutenaient fortement les comtes de Lodron ; une inimitié plus ancienne subsistait entre ces comtes et la maison Gastelbarco, qu'ap-

*** Lettres de Roberto de S. Severino , qui prouvaient que le régent tnît cherché à le faire mourir. CampbelL

*" Guler: Porta.

^^ Ulrich et André d'Arec avaient chassé leur frère Camille, qui ennite prit femme à Riva. Marino Sanuto, Duchi di Fenefia, édit. de Jf aratori, p. 12 &i.

^* Elles concernaient les eaux entre l'embouchure de la Sarca et le Monte Bréom*o( raiM6ttrîfii^, Beoacus; Mantone 1756) qui était dans le Tridenlin , et des domaines d'Arco situés pr^s de Torbole.

puyait l'archiduc Sigismond '^^. Agostino Barbarigo, vieillard d'une beauté admirable^ homme éloquent et magnanime y mais fier et dur, était doge de Venise '^^; l'archiduc Sigismond, presque du même âge^^^, adonné aux plaisirs des sens , savait défendre y au besoin , son ' peuple épris de la liberté '^^. Les habitans de Riva, ayant opéré des saisies sur quelques sujets des comtes Ulrich et André d*Arco^ Sigismond ordonna d'arrêter à la foire de Botzen cent trente marchands vénitiens*^*, de séquestrer une mine d'argent*^® sur laquelle Venise formait des prétentions , et défendit les importations. Par son ordre ^ ce Gaudenz y bailli de Metsch y que nous avons vu dans la ligue grisonne des Dix-Juridictions, partit en qualité de commandant du Tyrol, à la tète d'une armée *^^, pour mettre le siège devant Roverédo**^ Ce lieu florissant est arrosé par le

^^ George et Mattéo; le Castelbarco de Gresta appartenait à Venise; Barùni, talle Lagariaa, 1776. Sigismond se plaint d'une manière générale à la diète d'Empire , que Venise encourage la désobéissance de la maison Lodron.

^^ C'est ainsi que le dépeint Jac^. PhiL de Bergamo^ SuppL êapplem. ehronicar. p. 520, b : • Gravi praesentia vir , sed terribili aspecta. • »* 11 avait 60 ans , le doge 67.

^^ A supposer que ce n*ait pas été un prétexte et que ses conseillen n'aient pas excité la guerre pour avoir l'occasion de gagner beaucoup d'argent

*^' Les États lui firent observer dans la suite que c'était contraire au droit des gens. Ch, dans les Archivée pour V Allemagne méridionale , oa-' vrage extrêmement instructif. Francf. et Leips. i807, p. i5i.

^^* Selon Piero Gittêiiniani , Bembo, Tambarini : celui-ci pouvait le savoir bien exactement; Navagiero eiSabelUciu, Enn. X. 1. Vin, 1001, croient que c'étaient des mines de fer. Storia Venet., Murai. XXIII,

**• Sanuio, S,000; Navagiero, 7,000 fantassins, 500 chevaux.

'** Nous prenons surtout pour guides, le rapport de l'archiduc à la

LiyRB y. CHAP. ni. 335

Lëoo I qui , un peu plus loin ^ confond ses flots avec TAdige. Ulrich de Frundsperg^ ëvéque de Trente, auteur principal de tous ces ëvénemens^^^ fournit des titres aux Tyroliens ; le duc Albert de Munich , dési«reax d obtenir de Sigismond les domaines qu*il avait perdus et la main de sa fille , leur envoya de Targent et des troupes ; ils reçurent enfin des secours du roi romam Maximilien, toujours jaloux d'avoir la haute main dans les affaires du Tyrol ^^.

On ne peut guère douter qu'avec de Théroisme Gaudeoz ne se fût mis promptement en possession de Rove* rédo. Nicolo Priuli, le podestat surpris ^ avait un seul homme fidèle ^ qui connaissant bien le pays pût lui amener des munitions et des troupes par des sentiers

(fiètede Noremberg ( MttUer, Thiàttê iFEmpire, VI, 181 ) ; Conrad Wenfetf chanoine de Brixen , qui adressa Tannée taîvante à l'arcbidac nn iipport véridique , mais orné de trop de passages classiques ( Frektr,* ieriptt. R. G.,Stru9; II, 445); d'après celai*ci essentiellement Ga/ Ampeckfée Bavière, dans Pez, êcripti, Rer, Àustr. t I; SabelUeuâ, lûstoriographe de Venise; André NopagUro , qui écrivit en 1&98( le Bergamtuqme, 1508 ; Marinp Sanuto, vers 1520 ; le cardinal Piero Bembo ; ensuite le vénérable chancelier Mûtthiaê Bwrglechmêr, dont le récit ^appuie essentiellement sur Wenger. Baroni renferme aossî des ehari$$, Noos avons tiré parti, à leur place, d^Ànêhêlm, de Fugger et d'autres. D'sprès Fugger le bailli de Metsch servait alors dans la guerre des Pays- Bas sons les drapeaux de Maximilien , qui l'envoya an secours de son coQsin , de même que George de Sargans ( si ce ne fut pas plutôt Sonnenbeig, père de Jean )•

^ Banmi, ISO , dit qu'il avait espéré recouvrer Riva et ses anciens droits dans la vallée Lagarina.

^ U parait que le duc Albert de Saxe , qui donna sa fille , âgée de seiieans» à Sigismond, qui en avait 57, envoya aussi quelque secours, n. S15. A Venise on exagéra tout : « Conspiraverunt omnes fere 6er-

• manise principes ; • Piero Gluitiniani croit qulls vinrent • cum ingenti

• barbarorum exercitu. «On s'imagina même qu'ils voulaient rétablir 5 Padone le pouvoir des Garrara, Marino Sanuto, p. 1241.

336 HISTOIRE DB f*JL SUISSE.

de montagoes inconnus aux autres ^^^. Par le moyen jusqu'alors inouï des premières bombes ^^^ la Yille ayant été forcée de se rendre^ après quarante jours de siège , puis aussi la Rocca, après une plus longue résistance, Berne ^ Zurich et plusieurs centaines de joyeux volontaires des Grisons et de la Thurgovie volèrent sous les drapeaux de Sigismond ^^. Les villes de la ligue inférieure se souvinrent alors de la guerre de Bourgogne ^^''j on enrôla bien des lansquenets. Ce sont eux qui ont dévoué leur vie^ non à un souverain ou à un peuple, mais à la guerre, qui leur procurait une solde ^^^. Cependant les Vénitiens, sous le noble Girolamo Marcello , leur provéditeur, commandés par Jules Camertius^®, formaient une garnison nombreuse dans Serravalle. Bientôt un des meilleurs généraux italiens^*®, Robert de San Séverino, renforça leurs troupes. Ce guerrier, ayant offensé par son orgueil et sa dureté le pape et pi^esque tous les princes Italiens ^^^, et ne pouvant rien espérer des ducs de Milan, malgré les liens de la parenté ^^^, était qntré au service

^^ Tomaso del Murer di Brentooico. Baroni, d*apris des documens.

»» Bembo, 1. L

SM Anshelm , i&87 ( StettUr est ici toot-à-fait inexact ) ; SabelUems et Giiuiiniani : t Rheti et Suitenses. •

^' Les Alsaciens sous le gentilhomme Frédéric Cappeler ( SehâpfiiM, AU, IIL 640) s'attachèrent aux troupes du firisgau sons Didier de Blnmenek et autres troupes souabes.

**' Ces hordes portaient le nom de lances*

>'* Roo et Navagiero : Jules César Verani Gamertius (d'autres Ca* mets). U avait commandé dans la Romagne une armée vénitienne^ Sanato.

*^^ Ànshelm Tappelle avec raison un des princes guerriers les plus ce* libres. Aussi lui paya -ton 60,000, ducats, Navagiero.

^* Le Bergamasque, 331 , 6.

>^* Sa mère était sœur du grand Fraucesco Sforza.

LIVRB V. ClIAP. III. 337

de Venise avec des troupes d'élite. Son fils, Antonio* Maria, jeune homme éminemment distingué pâfr sa beauté, sa stature et son esprit guerrier, brûlait d*un désir extrême de mesurer les armes italiennes avec les armes aUemandes. t)ës son arrivée, emporté par son ardeur, il sortit des rangs et invita quelque chevalier allemand à un combat singulier. Un jeune homme non moins remarquable se présenta , le comte Jean de Sonuenberg , de la maison des Truchsess de Waldbourg. Long-temps égaux en souplesse et en force ^ à la fin ritalien renversa sous lui TAUemand; mais celui-ci vainquit son adversaire^ en le blessant par derrière à la cuisse ^^^. Après cela, les Vénitiens reçurent une déclaration de guerre des Confédérés qui venaient d'arriver, et qui réservèrent leur honneur ^^*. Les Italiens Vemportaient pour le nombre, par les armes et par toute espèce d'approvisionnement^*^^; Tarmée allemaode, composée de corps dont plusieurs se détestaient^^, diminuait de jour en jour, par décourage* ment , attendu que , dans le pays même , un parti nombreux regardait la guerre comme inutile 2^'', et qu'on ne leur fournissait pas suflGisamment de vivres.

En venait«on aux mains , la ruse et la promptitude de

"' Le fait est sapérieurement Vacoalé par Bembo, tjrès-bien aussi par

^^ C^Uaine et banntrei9, en campagne , à ceux de Zurich ; imprimé dans le Musée suisse.

^^ Sigismond n'eul jamais au-delà de 13,000 hommes {fVengen)^ è la fin à peine 5,000 (n. S54). SabelUeus exagère ce nombre jusqu'à 20,000.

^^ Surtout les lansquenets suisses, exposés chaque jour à des propos injurieux et au danger d*étre assassinés. J^. Gaudenz, Biuwienek, Sonnenherg donnèrent raison aux Suisses.

vni. 22

lïiessîre Robert*^* le cédait avec perte et péril ^^* à la connaissance que les Suisses avaient des montagnes*^®, au courage irrésistible d'Ulrich de Sax^*^, à ce feu dont le souvenir des batailles bourguignonnes enflammait Frédéric Cappeler, enfin à l'émulation des différentes troupes^**.

La victoire est à celui qui persévère. Gaudenz de Metsch fut réduit, par le manque total de solde et de vivres, à la nécessité de brûler Roverédo, de mettre de chétives garnisons dans Telfan et Trente, et de remmener son armée ^*^. Sanséverino résolut aussitôt, non-seulement de recouvrer ce qu'il avait perdu, maïs de pénétrer par Trente dans le pays de l'ennemi; il se renforça au moyen d'une levée en masse , et marcha. D'abord les Tienois, population campagnarde du Vicentin, arrivèrent, sans beaucoup de résistance , dans les murs de Roverédo, ruiné par les flammes^**. Puis Nomi fut battu en brèche, et Ton mit une garnison dans le château de Fétra, qui, âitué au dessus du bourg GalKano, dominait un passage important sur

'»• 11 voitHiI surprendre el fol snrprisi

• '^'Mlc croÎ9 i|ue ce fut là le fait d'armes près de Ravaiaone, arrivé le 23 (OU le 24) juin. Antonio-Maria y sanva la vie à son père , maïs fat Ipimômc fait prisonnier. GiusiinianL

^^ « Gastclwarl acconïiit à travers pierres et blocs par m sentier étroit. • N. 284.

^** Il accourut avec un grand nombre, portant une longne pique, et se mit h la télé; mesairc Melchior de Landenbcrg de même. Ibid.

^*^ t Les villes des bords du Rbin , 800 hommes de la Forêt-Noire, ainsi que les lansquenets, suivirent tes Suisses avec tant d'empressement qu'ils en furent loués. » Ibid,

^* Par une économie mal calculée , la diète de Méran renvoja de nouveaux auxiliaires de Gharwalchen et du Rbln que Sigîsmond avaR levés. fVenger et Arenpeck.

2^* MonmMnt sur la place de Tiène , cité dans BaronL

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