‹ Histoire de la Confédération suisse (volume 3)Chapitre 94 sur 127 · LIVRE V, CHàP. III · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHàP. III

d'ATenlia^ et d'une manière différente à Tœrsletten dans le Bas-Sibenihal , à Cappelen ^^ et dans le lac de Nidau.

Le gouvernement, après avoir accepté les bulles ^^ et conféré secrètement avec Benoit, évèque de Lausanne, chaîné de leur exécution, nomma sans bruit les mem-> bres du chapitre^^^. L'évéque accompagné de tous lea chanoines de Lausanne se rendit à Berne ^^. A la porte de la ville il trouva l'avoyer de Diessbach avec le» conseils et les bourgeois , la commune entière, le prévôt, les chanoines, tous les ordres et les étudians. Ils traversèrent la ville pour se rendre à Tégliae de St.-Vincent; on lut les bulles^ puis Tévéque au nom du pape, Tavoyer au nom de la ville, élevèrent Armbruster sur l'autel; les chevaliers teutoniques se soumirent à Tordonnance, non sans la maudire ^^, et l'on installa le chapitre. Le commandeur provincial Wal* ther de Kiingenberg et Christophe Rych , commandeur de la miaison de Kônitz, demandèrent audience au conseil , protestèrent et interjetèrent appel. Le lendemain pendant les matines , les huissiers de la ville , les chanoines et les prélats de Lausanne chassèrent ceux de Tordre hors de Téglise et de leur maison. On se permit cet acte de violence, parce qu'on croyait ne pouvoir

*** Les religieuses de ee couvent aussi avaient été chassées antrefoîs ( iSSS ) pour leur vie licencieuse.

•** Le 10 janvier i&85.

*^ StÔr fut nommé doyen; mort au bout de trois mois, il eut pour successeur Pierre Kistler. Là était aussi Thiébaut, frère de l'avoyer dTErlacb ; 8 du ehapiire de Lausanne ; tous les conventuels d'Amsolittagen , au nombre de 9.

»* S mars I&S6. D'après le récit à^JmMêlm.

*** • Partons au nom de tous les diables, » s'écria Jean Steinbacber, de l'ordre tinitoniqnc.

rien obtenir par des voies de douceur^ et que les iaates de cette association étaient trop graves et trop bien prouvées pour qu'elle ne fut pas déchue de ses droits. Celle-ci porta plainte auprès du pape et de l'Emperenr, de Tarchiduc Sigismond et des Confédérés; mais en vain : on lui démontra qu'elle ne remplissait plus sa destination. Toute propriété particulière est sacrée; ce principe est la base de la société humaine. Ce que la société donne en commun à ceux qui dévouent leur vie à un but commun y snbnste en effet aussi ioi^-lemps que le but social et leur coopération pour l'atteindre, ou du moins autant que leur vie; l'équité le vent ainsi. Les seigneurs chassés de Berne , et dont les plus aptes furent admis dans le nouveau chapitre , possédaient encore les maisons de Kônitz et de Summiswald ; une somme de trente-quatre mille florins facilita leur admission^''.

Du reste presque tous les ordres donnaient le même scandale; l'exemple de Rome les rendait plus audacieux y et les progrès de la liberté humaine réveillaient l'esprit d'examen. Les Bernois expulsèrent des abbesses à cause de la licence de leurs mœurs ^^. Six mauvais abbés d'Engelberg ^^ avaient causé un si grand mécon-

**' Sentence dé 1490 prononcée par Hartmann de Hallwyl, prévôt do chapitre de Bâle. On avait tenté auparavant bien des moyens.

*** ihSl , les abbesses de Tniob et de Goltstatt , les supérieures de Bachsée et de Wangen. Anehelm; Hottinger, HUt. eecL en latin, IV, 166.

^'* Siumpf, 1. VU, 5 I Jean Kambar en 1421 gouverne mal, maqge de grands biens , meart enfin dans la mbère ; Bodolphe de Bade en 14S7, homme méticaleux; Jean Stryne, en 1445, libertin, dépensa beaucoup avec des femmes ; Jean Am BOel, 1451 , la ruine du monastère; Henri Porter, 1457, mauvais maquignon; Ulrich (Stalder) de

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teDtement parmi leurs sujets , que ceux-ci firent déclarer à l'abbé Ulrich Stalder, par Schwaderauer, un de leurs magistrats, qu'ils abjuraient leur serment. Ce prélat troura son salut chez les Confédérés , dont il avait autrefois dédaigné la médiation ^^. Cent hommes de chacun des trois cantons garans , Unterwalden , Lu-« cerne et Schwyzi traversèrent nuitamment des montagnes «uivages, surprirent cette population , déposèrent les magistrats et commandèrent la soumissions^ A Wettingen, du temps de l'abbé Jean Muller^ les Confédérés s'occupèrent tour à tour de défendre sa liberté contre la ville de Bade^^ et de prendre des mesures bien plus difficiles contre la licence de son couventS'. Indifférens à la discipline monastique^ ces prélats étaient jaloux de conserver leur pouvoir et leurs revenus ; les meilleurs abbés , c'étaient les meilleurs économes ^^ ; les Confédérés faisaient aussi cas de ce mérite s^. La foi, égarée par les indulgences pour tous les péchés sans distinction, même les péchés des trépassés^ par

Berne, ii7S , aotti paresseux qae les autres. Qoel esprit devait régner dans nn convent qai pendant 60 ans fit de pareib choix !

•** Lors de son élection il avait fait la condition qoe les Confédérés ne se mêleraient de rien.

MS 1487. Hattinger, HÎMt. eeeL dé CEelv., ^vprkê Schilling, le Lacer*

nois.

■*> Qai le réclamait comme citoyen ; mais Wettîngen n'avait de comboorgeoisie qn'avec le cbAteaa. Houinger, L c. t II, 620, d'après les r«i^deiAS8eti4S9.

•*> Une vie désordonnée et licencieuse. Reeéi de Schaffhou$e, 1485; on ne voit point encore d'amélioration dans le reeé$ de Zurich, 1496.

MA Comme celui de GappeL Bref d'Innocent VIIl, 1485 , dans HoUing$r , Spee, Tigur. ,175.

**• Ainsi à Pfcvers, i486. Becée de Zerich, i486, 1487, dans HoU iinger, HisU eccL de CHelv. Le successeur administra plus mal encore.

^** 1488, sous Innocent; les Tares servirent de prétexte (il laissa un

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des miracles apocryphes ^^^ par la crainte des re?e* nans^^ et par toute espèce de sortilèges ^^'^ laissait les coeurs dans un état de rudesse favorable au vice^''^; afin d*y échapper, des âmes délicates se réfugiaient dans les déserts et les cellules solitaires , pour se livrer aux contemplations mystiques. Tel apparut le fidèle curé Meyer, vénéré dans l'Argovie*^^; tel encore sur le rocher voisin de la source du Herrgottswald, Jean Wagner, dont les jours furent remplis par la prière et la prédication dans les solitudes du Fracmont^^^. La voix rare d'un théologien savant se perdait dans le dé-

imllkm de dactU. Spanhêtm, H. £•)• HoUimger, HUt. eteL en ladn. VIÎ, 41 , transcrit une indulgence ; d'aolres formules » p. S17.

**' Noire-Dame d'OberbOren , métairie non loin de Bûren sur l'Air, donnait la vie aux enfans morts-nés , jusqu'à ce qu'ils fussent baptisés. Anihelm mande que des gens sensés et Févéque lui-même refusèrent de le croire. Les Schwjsois visitèrent cette image lorsqu'ils se rendirent I Berne pour le carnaval; d-dessus à n. 47$.

*** En i4SS Berne ordonne contre les revenans et les orages dangereux des palmes , des cierges , du sel et de l'eau bénis. Jnshebau

**' En ihSt on brûle à llorat des sorcières; en i^SS George Aof der Flub, capitaine-général du Valais, fait brftler deux frères pour cause de sorcellerie ; on lui intente à ce sujet un procès à Rome. AmUuiwu

»'* En 1489 Mie. Rôtdfink à Berne est exposé une journée entière au carcan , puis envoyé en pénitence à Rome pour s'être vanté que Notre-Dame lui avait procuré la jouissance de sa maîtresse et pour snir ajouté des détails qu'on n'oserait répéter. An»hetm.

*'* Ambroise Meyer, patron de l'église d'Arau, et le dernier chartreux de Tborberg. Jnêhtlm, iAS2.

•7> De i486 à 1509. Il était de Riedlingen en Souabe ; il quitU le monde dans la fleur de sa jeunesse; son séjour resta long-temps inconm; il mourut & un âge très-avancé; il est enterré dans la chapdie qa!! b&tit avec des aumônes. Petit traité de €ttf ehapelU {TraetatUm, n, % w. ) par IIM. de Wyl , qui en sont les administrateors. Munich , ifiS9. asFracroont (« fractns mons •), an pied duquel s'élèvent les collino boisées de Hengottswald (la forêt du bon Dieu) est l'aneten nom de Pilatr. G. M.

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aert^''^. Qd n entendait du haut de la chaire rien d'aussi beau que la bataille de Morat, dont les Bernois faisaient annuellement lire l'histoire ^''^^

Le chevalier Jean WaMmann, bourgmestre de Zurich, éminent comme général, plus encore comme homme d'État, grand et heureux si la passion ne lui a?ait pas fait méconnaître l'équité^ ni l'audace son époque et sa situation, était fils d'un laboui^eui* de BKkenstorf au canton de Zoug^^^. Enfant, il vit son village réduit en cendres par les flammes de la guerre civile qu'y apporta inopinément le bourgmestre Stûssi^^^. Bientôt après il entendit raconter que deux de ses proches parens étaient morts avec gloire sur les bords de la Birse au milieu d'autres héros ^^^. Lui, jeune homme beau , vigoureux, trop ardent pour son paisible village, , se rendit avec son frère à Zurich, et fonda sa fortune sur le métier de tanneur ^^^. Mais il voulut connaître toutes

*^* Pierre Numagen (ci-dessus n. iSl ) , qnoiqae partisan de la

traossobstantîation , ne rejetait pas d*aatres explications , et répcNudait

anx objections contre la prescience de Dieu aussi bien que les modernes

les pios habiles : « Qui prsvidit damnandum , praevidît et demcritn-

rum. » Hotiinger, H. E. t. VIII.

^'^ Le jour anniversaire de la bataille, celui des 10,000 chevaliers; l'ordonnance est de 14S7. Anghelm, •

^'^ Outre rhistoire écrite par son beau-fils Hérold Edlibaeh, Thistoire iii4>arUale dJnêheUn et celle qu'a racontée si véridiquement BuUinger, nons profitons des docnmens rapprochés par J. H. FùuU, notre savant Cl ancien ami, dans l'histoire de ce bouiigmestre puMiéeen i7S0. Lorsque nous ne nous écartons pas de cette histoire par des développemens ou des différences , nous ne mentionnons pas les sources qui y sont citées.

*"• T. V, 335 ; en 1443.

^" Lteu, art Waldmann.

^'* Il est prouvé qu'il acheta son droit de bourgeoisie on 1^39 pour k florins. D'après BuUinger , il avait huit ou neuf ans lorsqu'il vint à VUK ?.6

les faces de la vie , son sérieux et ses jouissantes. Ds» les combats licites et illicites, quand il fallait prendre le parti des bourgeois, à table ^ auprès des femmes, il était partout le premier, grâce à son audace captivante ^ à ses projets , à son éloquence ; jeune , il portail en lui la vive conBance de sa force > vraie noblesse de rhomme ; il était pauvre , franc et libre , singulièrement libéral dans Temploi dos moyens.

Il dut probablemient Torigine de sa fortune à ses relations avec la maison d*£dlibach. Celui-ci, sans doute uni de parenté avec des familles du pays de Zoug^^^^ administrait les revenus du couvent d'Eiasidlen dans le canton de Zurich ; Waldmann le visitait; il gagna les bonnes grâces de sa femme , jeune paysanne des bords du lac, de moeurs aussi faciles que lui^-mème^^. Edlibach mourut; Waldmann épousa sa veuve et prit son emploi ; il devint ainsi beau->père de l'historien Gérold Edlibach ^^^ Il s'éleva dans laré^ publique , il grandit , cher à l'ardente jeunesse par la licence, redoutable aux ennemis par son habileté reconnue. On l'emprisonna deux fois y et , tant qu'il fut possible, l'envie et la crainte l'écartèrént des conseils.

Zurich; il y alla probablement peu aprèi le malhenr de lAéS; cvii était âgé de 15 à 16 ans l'fnnée où il acquit la bourgeoisie.

^'* Les Edlibach sont de Menzingen , au canton de Zoiig. Aussi BéHbaeh connaissait-il mieux que tous les autres le généreux campagnard qv s'opposa au massacre de Greifensée. T. VI , AO, 47.

^* « L'a qui veut, mais lui-même fait son plaisir avec toutes lesftames. » Déclaration dans PSssli, p. 6.

*>& Nous avons tiré parti de son ouvrage augmenté et continué pv son fils; un accident a mêlé nos notes ; nous devons donc dire ici q» dans la plupart des endroits où nous avons nommé Louis Edlibach, u faut entendre Gérold , qui termina son travail en 1617, la 65* ann^ de sa vie.

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