LIVRE m. SECT. 2*. CHAF, IX
térent sous les ordres de son fils Jean. Tant que se prolongèrent simultanément les horreurs de la guerre civile et le fléau de la guerre étrangère, ils continuèrent leur métier en braves vivant de leur épée ^^^. La paix avec la Bourgogne ayant rendu l'entretien de bandes si considérables inutile et onéreux au roi , elles cherchèrent elles-mêmes , où que ce fût , leur existence dans la force de leur bras , sans respect pour les lois et sans ménagement pour l'humanité^ Le peuple donnait à ces aventuriers le nom d'écorcheurs^^^; les provinces tremblaient devant eux. Cessant d'obéir au comte d'Ai^magnac^ ils désolèrent pendant bien des années , sans égard pour lui ^^*, les pays où te prétexte de ses guerres ^^^ les avait primitivement conduits ^^^, ainsi que beaucoup d'autres contrées.
Cette coutume d'enlever leurs biens aux bourgeois et aux paysans aisés ^ sans cause , sans guerre formelle ^ eut du succès en AUemagae et y excita l'envie et l'émulation des seigneurs et des chevaliers ^^^. Us 1^ con-
'^' Les mœurs autorisaient cela ; on le voit par ce que dit notre vieux Tschachtlan à Toccasion de Texpédition dans le pays de Sargans^ d/i40 : « Ils pillèrent là, comme font en pareil cas d'honnêtes compagnons. » Quant aux Armagnacs « diffus» phalanges absque more , sine » lege, hostibus détériores, impune per regnum vagantur. » Germant CabilUotiensU , vita Philippi Boni ; ap. Ludewig, reliq. Msc. xi, 68.
2io Protoc* munie, de Bâle, 1439, dans fru^ner^ 447. « Ëstorcherae. • Cermanus, h c. « Écorcheurs, » Olivier de la Marche, h
^^^ Il fit la paix avec le roi , 1448. Art de vérifier les date», 736.
^** Avec la maison de Foix.
'^' Encore en 1454 , les ambassadeurs de l'Empereur craignaient dans le Rousslllon « periculum Armegkcensium , qui confratemitas bellatorum sunt. • Nie, Lanckmanni de Falkenstayn, hiaU desponsaiionis-Frid» III, ap. Petz, S. R, Juatr., II.
^^^ Histoire de ce qui s*est passé Jour par jour dans la guerre des Arma^ gnacs ( « Armengecken » ), dans Schilter sur Kônigshofen , p. 913 i
sidéraient comme le véritable moyen de dompter, par la pauvreté^ les classes inférieures qui s'élevaient, et de les faire rentrer dans le sentiment de leur néant ^ afin de pouvoir ensuite les gouverner plus commodément comme serfs. Mais quelque orgueil qu'ils déployassent sous leurs vétemens et leurs -cuirasses à la française ^^^, ils n'en étaient pas moins malheureux en réalité. A peine quelques-uns eurent-ils, non loin de Bâle, exercé le brigandage contre des ecclésiastiques anglais, que les bourgeois attaquèrent Neuenstein et Biedertan avec tant de vigueur et de hardiesse que , si les nobles n'avaient pas relâché instantanément les prisonniers et remboursé les frais, leurs châteaux auraient été ruinés ^*^.
De pareils actes d'audace populaire engagèrent quelques gentilshommes à conduire dans ces contrées les véritables maîtres de leur art. L'honneur de cette' idée appartient à un vieux seigneur, le comte Guillaume de Diest, évêque de Strasbourg, qui vivait continuellement en dissension avec Strasbourg et d'autres villes de l'Alsace^*''. Pour la mettre à exécution, il s^unit
« On les vante maintenant et on les appelle bons et accomplis cheva-
• liers; mais il arrive aussi qa'on les livre au supplice et leur donne le
• nom de brigands et d'écorcheurs. »
2^^ Ibid,, 914 : « Les Allemands ont adopté depuis quelques années » les mœurs françaises; ils s'enorgueillissent de porter des cuirasses fran- » çaises et de s'habiller à la française; quelques-uns sont même devenus
• bien étrangement français. »
M6 fVurstUen, 1. c, 859 : 15 avril 1439; le pape Eugène IV avait en litre abandonné ees Anglais à leurs ennemis.
**^ La guerre du Armagnacs ( Der Armengecken Krieg j, autre relation qui se trouve également dans Schilter, 1. c. p. 1000 : « Gomme l'évé-
• que Guillaume cherchait sans cesse les moyens de faire du mal à la « ville de Strasbourg » ( parce que les bourgeois l'avaient autrefois mis en prison dans le Pfennigthurm ) etc.