‹ Histoire de la Confédération suisse (volume 4)Chapitre 105 sur 157 · LIVRE III. SECT. 2*. CHAP, IX · texte numérisé non relu

LIVRE III. SECT. 2*. CHAP, IX

comtes qui n'avaient ni l'autorité ni l'habileté nécessaires pour faire respecter leurs sentences. Us renvoyaient alors les parties à des seigneurs puissans^^*,<|ui souvent n'acceptaient pas le procès ou le conduisaient au gré de leurs vues personnelles.

Le landammann Ulrich Haech d'Appenzell, homme puissant parmi le peuple , était en procès avec un paysan , Ulrich Himmeli. Ordinairement les inférieurs en rang se croient victimes de la partialité : cet Âppenzellois, persuadé qu'il n'avait pas obtenu justice des tribunaux de son pays , porta sa cause devant le siège du comte de Suk , juge impérial de Rothwyl , qui cita la partie adverse. Appenzell^ et^ à sa demande^ les Cour fédérés prouvèrent au juge impérial que > d'après leurs franchises ^^^, cette affaire, dont les circonstances nous sont inconnues, ressortissait à leurs tribunaux ordinaires. Himmeli en fut courroucé, et s'unit avec un certain Jean MuUer d'Usshofen pour se venger lui-même;. Le landammann H^ch habitait le hameau de Gmund sur le chemin de TûQen dans la vallée qu'arrose la Sitter. Un jour qu'il se rendait à la forêt, ils l'assassinèrent^*^. Ils quittèrent aussitôt le pays, formèrent une bande avec des mauvais sujets et attaquèrent les Confédérés, Appenzell et Saint-Gall. La cour de Rothwyl les mit en vain au ban ^**. Le chevalier Guy d'Isenbourg

Pentecôte 1436 dans Tschudl) mentionne les cours libres de Folmënstein et Holenhorn. La premitTe étail dans le comté de Mark en West- .phalie.

*** Dans le cas cité , il y eut renvoi au chevalier Jean Rych de Rychenstein, puis au margrave Guillaume, enfin aux Confédérés.

2*^ Selon Bischofberger , chronique tVAppenzell , 106 , ils avaient reçu en 1&S6 de l'empereur Sigismond la juridiction criminelle.

>** Tsehudi^U , 264 , 301 , 302. Le meurtre fut commis en 1437.

^^* Vendredi après l'Exaltation de la croix en automne 1438. V. ■ 17

et Jean de Rechberg de Hohenrechberg ^*^, hommes plus turbulens que braves ^*^, pour qui toute mauvaise querelle avak de Tattrait et qui regardaient comme légitime le mal qu'on pouvait faire aux paysans suisses^*'', se chargèrent de la cause de Himmeli. Celui-ci représenta dans le même temps au tribunal provincial de Nuremberg que, n'ayant pu obtenir justice, ni dans sa patrie, ni à la cour impériale, il s'était fait justice hii'-méme , poussé pai' la nécessité , et que maintenant il se voyait exposé aux persécutions des premiers auteurs de ce malheur. Les Appenzellois refusèrent d'ohéit à la nouvelle citation du tribunal provincial pour un difiFérend définitivement jugé par la cour impériale. Si leur adversaire fut mis au ban par le premier de ces tribunaux, ils le furent, eux et les Confédérés, par te second; aussi dans ces contrées le commerce et les communications furent -ils journellement troublés par des actes de violence , à une époque où des dissensions intérieures affaiblissaient déjà la considération de la Suisse.

Tendant te» troubles et d'autres plus fâcheux eneôre, les trois partis ^*^ des chevaliers souabes^*^ du

**^ Le second est impliqué dans une méchante affaire , n. 127.

' ^** « Leur naturel les portait à prendre en main de mauvaises causes; M en venait-on à un combat , leur gloire consistait à peu près à s'esquiver » de bonne heure. » Tschudi II , 264. Je ne sais si la haine nationale a été injuste ; mais nous verrons souvent Rechberg à la tête des troupes , et quand il fuit ce n'est presque jamais sans raison.

S47 , Par jalousie des Confédérés, ils prirent fait et cause pour ces » gamemens. » Ibid, 302.

^^ Nom alors usité au lieu de canton.

**• Acte d'association des trois partis dans l'Ailgau, le Hégau et sur^ le Danube, en 1413 ; voy. Burgeiineister, Archiv. desChev, d'Emp. p. 27.

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bouclier de Saint-George ^^^, donnèrent une nouvelle force à leur juste ^^^ et utile alliance^ en s' unissant d'un côté avec SchaflFhouse^^^ et d'autres villes situées sur le Rhin et le lac de Constance ^^^y de l'autre avec Louis et Ulrich comtes de Wurtemberg ^^*, La prospérité croissante des villes et des pays n'avait presque nulle part détruit la noblesse, mais l'avait forcée de se soumettre aux lois. Ce péril y qui. lui paraissait menacer son existence , l'avait dés long-temps ^^^ engagée à tenter des essais imparfaits d'alliances semblables à celles qui lui rendaient redoutables les classes inférieures de la société. Le danger qu'elle courut dans la grande guerre appenzelloise l'ol^ea à consolider ses ligues et à les mieux organiser ^^^. Ces diverses confédérations pouvaient concourir au maintien de la paix et de Tordre en établissant l'équilibre des forces ; mais des hommes passionnés placés à leur tète pouvaient amener entre elles des conflits plus graves que les

*5« Ligue de 457 comtes, seigneurs, chevaliers et écuyers de Sonabe, pour porter la bannière de St. -George , 1592 , d^ns Burgermeister, Archives des Chevaliers d'Empire; Ulm, 1721, p. 39.

^^ CA. de l'empereur Sigismond, Nuremberg , dim. avant FEsaltalion de la croix, 1422 : « La chevalerie peut et doit s'unir et se liguer en- » tr'elle, afin de conserver se» droits et l'égalité» •

^^ Même avant le traité accessoire de la chevalerie avec le tVuriemberg^ Stnttgard, mercredi a{Mrës Oculîl438, dans Du Mont , Corps diplomatique^ t. m , p. I , p. 47. J'ignore pourquoi Schaffhouse ne consentit pas que le Wurtemberg fût réservé dans son alliance; la cause en fut sans doute dans les intérêts privés d'une puissante famille de la boui^^eofisie.

^> Bnchhorn , Radolfzelle , Ueberlingen , Diessenhofen.

*5* La cA, Stuttg. Ascens. 14*7, est dans Burgermeister,h c. 32.

256 YQy^ jjan3 BurgermeisteTj I, 6, 12, 21, les alliances des seigneurs et chevaliers , formées contre les Appenzelloîs dans les années 1407 et suivantes.

guerres particulières, et des résultats terribles pour les contemporains, funestes à la postérité. Elles ont fait beaucoup de bien et beaucoup de mai jusqu'au moment où d'autres révolutions ont imprimé une ^utre direction aux afiàires du monde ^^''^.

Dans l'affaire de Himmeli, la cheyalerie suppléa au manque d'autorité de la justice. On assembla une diète à Schaffhouse ; le chevalier Frischhanns de Bodman , capitaine de la ligue du Hégau, et cinq membres de celle-ci, qui s'adjoignirent Thûriqg de Hallwyl, négocièrent la paix, confirmèrent les jugemens des Appenzellois et obtinrent qu'on s'en remit pour tout le reste à la décision sommaire du chevalier Guillaume de Grûnenberg^^^.

Non loin de Schaffhouse , au-delà du Rhin , sur la montagne dont ce fleuve ébranle le pied depuis des milliers d'années ^^^ par sa chute écumeuse , s'élève le

'*^ La formation des grandes monarchies, à la fin du xv« et au cornmencement du xvi* siècle.

^^" LacA., Schaffb. jeudi après la St. -Bartbél. 14&0, est dans Tschudi^ II , SOS.

^^' On a prétendu dernièrement que cette chute du Rliin pouvait être le résultat d'un grand éboulement arrivé il y a peut-être quinze siècles. Si les rochers qui le forment n'avaient pas fait primitivement partie du sol, le Rhin les aurait dès long-temps entraînés ou précipités dans son gouffire* L'opinion que nous venons de rapporter se fonde sur le silence des anciens ; mais d'après cet argument , le lac de Genève serait aussi de nouvelle formation ( 1. 1, p. 18 ), et avant Pyrrhus Rome n'aurait pas possédé l'empire d'une grande partie de l'Italie ( Manso , dans le 53* voK de la iVotft;. Bibi, des belles-lettres; Leipzig). Le hasard a caché aux anciens beaucoup de grandes choses et leur a fait faire des découverlci auxquelles on ne se serait pas attendu. =Le docteur Ebel attribue la gorge de Lauffen à l'action des courans de la mer ; fondé sur des faits historiques, il la croit antérieure h l'époque où les Romains occupèrent THclvélie. Voy. Mnnuel du voyageur en Suisse , Art. Scbafîhouse. C. M.

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