LIVRE III. SEGT- 2*. CHAF. IX
Tieux château de LaufFen. Ce manoir^ le casteldu Word, qui contemple avec sécurité les terreurs voi^ sines de ces flots subitement calmés , les collines cou^ ronnées de pampre de Tautre rive, et un grand nombre de beaux domaines situés sur les hauteurs et au milieu des forêts jusque dans la fertile vallée du Klekgau, appartenaient aux sires de Fulach , une des plus anciennes familles du pays et qui avait vu naître la ville ^^®. Le ch,ef de cette maison, le chevalier et bourgmestre Conrad de Fulach , avait six fils ; quelques-uns de ses domaines furent cédés au couvent de Tous-les- Saints^^* ; LaufFen passa au second fils. Celui-ci mour rut de bonne heure ; les fils qu'à son tour il laissa ^^ entrèrent en possession de cette seigneurie ^^^. La propriété du fi^ef donna lieu à une querelle dont l'histoire n'a pas conservé les détails. Les nobles de l'Autriche antérieure , au nom de leur duc , assiégèrent le château, qui fut peut-être surpris ^^* et ne put tenir, faute de vivres et de munitions. Comme sa situation ne per-
**• [iCs deux villages de leur nom étaient très-voîsîns de la ville (Ruger, Cftron. schaffh,); non loin de là se voyait un castel dont le souvenir subsiste encore dans le nom de Fulenburgtein,
28* Le castel de Word, Neuhausen , Hofstetlen. Laurent Waldkirehj Hist. de la ville de Scha/fh,^ à Tan 1429.
2** Conrad et Jean.
*^* L'histoire qui suit est racontée par Ràger, WaUkireh, Bakn, à l'an 1441. Je ne révoque pas en doute les faits , mais la date. Il ne paraît pas que le duc Albert ait formé en 1441 quelque entreprise dans cette contrée , comme il faudrait le conclure de la narration de ces écrivains ; cette date ne s'accorde d'ailleurs point avec les autres. Voy. I. IV, chap. VI.
^'^ Les sires de Thengen, seigneurs d'Ëglisau, selon la ch. n. 258, possédaient Varrière-fief de ce château. Il n'était pas difficile de rassembler à Églisau, sous quelque prétexte , des troupes pour exécuter une surprise.
mettait pas de le cerner et que le bruit de la cascade empêchait d'entendre le mouvement des broussailles qui couvraient la colline escarpée , toute la garnison ^ à l'exception d'un seul homme y quitta de nuit le château ^ à Taide de cordes. Elle échappa ; le soldat resté dans le fort et que l'on croyait chargé de porter la parole pour tous, négocia les conditions de la reddition et sauva'beaucoup de choses ^^^. Les ennemis, étonnés de le voir sortir seul , respectèrent son courage et leur parole, et placèrent un bailli dans le château. Quelque temps après 2^^ les de Fulach réunirent parmi les bourgeois de Schaffhouse une troupe d'hommes d'exécution^^'', et comme ils connaissaient mieux que personne la singulière situation du château, ils l'escaladèrent de nuit et firent passer le bailli et son fils du sommeil à la mort 2^*. Par suite de cet événement et de quelques autres, la ville de Schaffhouse, qui même depuis son émancipation ^^^ avait été favorable à l'Autriche et à la noblesse, commença d'incliner pour les Confédérés. Winterthur et Rapperschwyl, villes les plus importantes que le duc aspirait à recouvrer dans cette contrée, eurent à se louer de ses égards, et plus d'une fois de petits incidens fortifièrent leur aversion pour les Suisses. Quoique le roi Sigismond eût inféodé Winterthur à l'Empire (1417), après sa mort cette ville reconnut volontiers ses anciens seigneurs ^''^ dans les
>6^ Autrement le château aurait été pillé.
26 B Probablement pas avant 1450 ou 52.
~^' Il n^ parait pas que la communauté de la ville ait pris part à la chose.
2«8 Jean Schoop , mon grand-père , Extrait de la chron. msc. de Rahn, Le bailli s'appelait Hagenbuch.
, 269 voy. t IV, p. 203 et 20A,
''*' Voy. les détails dans le chap. suiv.