LIVRE III. SECT. 2*. CIIAP. X
Mais^ ainsi qu'à l'époque de la guerre de Sempach ^^^, il faut chercher la véritable cause des hostilités dans les dispositions réciproques des populations; les occasions ne pouvaient manquer. Sans avoir reçu des ordres '^'^, les sujets des Zuricois occupèrent les frontières. Lorsque Zoug et Schwyz firent de méme^ ils aperçurent pour la première fois les croix rouges de leurs confédérés. Rien ne les blessa plus profondément que ce dédain pour les signes auxquels ils s'étaient reconnus tant de fois sur le chemin de la victoire. Quelle que fût leur colère contre Zurich , leur haine éclata surtout contre ceux qu'ils regardaient comme les séducteurs des Zuricois. Dès ce moment , on risquait ses jours parmi les Suisses , en parlant honorablement de la noblesse ou de l'Autriche ; une plume de paon coûtait la vie. On raconte que , plusieurs Suisses buvant ensemble ;» les rayons du soleil se réfractèrent dans le verre de l'un d'eux , un autre s'écria tout étonné : « Eh! voyez; une véritable queue de » paon. » Aussitôt le premier, enflammé de courroux ^ brisa le verre avec son épée, en exhalant mille imprécations ^^^. Les armoiries de Habsbourg 3 peintes sur les vitraux des églises ou sur des murs, furent partout effacées ^^^. On accusa les Suisses des contrées pastorales des crimes les plus honteux ^^^, et les prêtres les vouèrent à la damnation éternelle ^^. On porta Tin-
**^ Ci-dessus, n. 114.
"« Félix Faber, 1. c.
'^^ • Abraserunt. » 16.
<*o On les appelait publiquement « Kûgehyer. » TichudL
*•* Félix Htmmerlin, DiaUtg. de Suitenaibus (dans le Thesaur. rcr.
cendie sur le territoire de Zoug'^^. Les relations commerciales et journalières subsistaient encore ; néanmoins au marché de Rapperscbwyl on enlevait à beaucoup de Suisses leur laitage^ ou^ hors de la ville ^ l'argent qu'ils en avaient tiré. D'autres étaient précipités du pont dans le lac; la justice ne protégeait personne contre la licence de la soldatesque étrangère.
Berne et Soleure ^ redoutant une guerre imminente dans laquelle ils seraient enveloppés y députèrent leurs magistrats les plus considérés ^^^ vers les autres Suisses et à Zurich^ où se trouvait le margrave. Les premiers promirent de garder l'alliance et la paix , si Ton congédiait les soldats étrangers ^^*. Les Zuricois s'excusèrent sur ce que Thûring de Hallwyl, étant à la solde du roi , n'avait d'ordres à recevoir que du roi , et sur ce que les soldats mercenaires avaient été engagés pour un temps déterminé auquel la ville était obligée de se tenir. Quant à la garnison mise dans Rapperscbwyl , le margrave prétexta l'ordre royal contre lequel il pouvait faire des représentations y mais non prendre des mesures. Il protesta, du reste ^ de même que Zurich y qu*on n'avait pas à craindre de leur part une rupture de la paix.
Les Bernois surtout cherchèrent, par cette réponse, à calmer leurs confédérés ^^^ ; ils prévoyaient une
Helvet, ) démontre fort savamment qne ni l'ignorance ni Tobéissance envers leurs supérieurs ne peut les préserver du feu de l'enfer.
*" Tsc/iachiian.
"* Les avoyers Hofmeister et de Spiegelberg , Jean de Mubleren et le banneret Thormann. BuUinger,
''* Tschudî et BuUinger sont d'accord sur les négociations.
*" Voy. dans Siettler 1 , 142 , la lettre très-sévire des Bernois à Scbwyz.