LIVRE III. SECT. 2^. CHAP. III
» mit 9 sans autre , pour sa sûreté , la seigneurie de
» Windek dont récemment encore l'Empereur lui avait
)) de nouveau permis le rachat ; mais Zurich a l'habi-
)» tude de faire pour ses amis plus qu'ils ne sont en
» droit d'exiger; il se contentera donc d'une charte du
» comte qui lui assure^ après sa mort^ la propriété de
» Windek. Maintenant la mesure de la condescendance
» est pleine : le bourgmestre et le conseil n'ont pas reçu
» du Grand-€(»iseil ^ des connétables et des tribus Tau-
)) torisation et ne sauraient pas non plus leur donner le
» conseil d'aller plus loin à l'égard de Windek. Une
» autre proposition concerne le Tokenbourg même ;
» elle ept digne de la modération avec laquelle Zurich j
» comme on l'a vu dans la conquête de l'Argovie ^^^
» aime à partager tous les avantages avec ses confédérés
i) quand la chose est possible ^ moins occupé d'étendre
» sa puissance que de remplir son devoir de canton
» directeur en veillant à l'intérêt de la Confédération
» entière. Zurich ne demande au pays du Tokenbourg
» aucun avantage particulier; il sera stipulé entr'eux
» un traité de combourgeoisie j et dans le même temps
» une alliance aux mêmes conditions avec ses confédé-
» rés de Schwyz, l'un et l'autre à perpétuité ^®.»
Cette généreuse et prudente proposition ^^ ne manqua pas son effet. Il était évident que de telles dispositions
^^ Zurich avait invité les autres cantons \ participer an gouvernement de Bade et des bailliages libres , aussitôt qu'il ent payé la somme pour laquelle ces pays étaient hypothéqués.
** Protoe, munie, de Zurich,
^^ L'esactitude de la fidélité historique exige de moi la déclaration que, dans ces sortes de discours, l'essentiel , le fond, les propositions mêmes sont fondés surdes documens; que les tournures et les réflexions m'appartiennent , mais sont conformes à des circonstances mentionnées dans les chartes.
permettraient de conclure^ aussitôt que l'on connaîtrait ï'hëritier, une convention durable et qui préviendrait les plus grands désagrémens. On convint que le comte solliciterait auprès de l'Empereur le droit 4e laisser son héritage à qui bon lui semblerait ^. L'Empereur était en Italie. Les grands de la Suisse s'empressèrent aussi d'assister à son couronnement ^^ . La négociation fut différée une année entière ^^ jusqu'à son retour.
Le comte vit l'Empereur à Fëldkirch lorsqu'il se rendait en Italie ^^, et à son retour^*. Comme l'Empereur avait des motifs de lui vouloir du bien de même qu'aux Confédérés ; Frédéric obtint sans peine que ce monarque lui accordât et lui confirmât le droit ^^ d'instituer à son libre choix pour héritières ^^ la comtesse ou d'autres personnes ^'^.
D'après cela , Frédéric donna aux Zurîcois une réponse ^^ qui pût les satisfaire pour le moment sans lui lier les mains à lui-même : ((Madame Elisabeth^ sa
••29 nov. Protoc munie, de Zurich,
" T. IV, p. 540.
s2 Jusqu'à la St. -Martin 1&S3.
^* Gi-dessus n. 2.
«* T. IV, p. 346.
®^ Il l'accorda comme roi, la confirma comme empereur. Instruction des députés de Zurich, 1437^ p. 10. Supplétnens de Lauffer, 1. III, p. 9.
^* L'objet de la succession n'est pas îndi(]iué. Nous verrons plus bas que l'opinion de l'Empereur n'était pas qu'il fallût y comprendre la seigneurie patrimoniale de Tokenbourg. Le vague de ces sortes d'actes est souvent prémédité; la force des circonstances doit en faire le commentaire.
*^ « Dont les noms étaient dans la même charte. » Instruction, 1. c. Je regrette d'autant plus que cette charte soit perdue, ou que je ne la connaisse pas. C'étaient probablement les maris des nièces de la mère de Frédéric.
^^ 7 décembre 1433.
UVRfi III. SBCT. 2'. CHAP. III. 33
» femme^ si elle lui survivait, serait, écrivit-il, son héritière et leur* combourgeoise ; outre cela il veillerait à ce que ses. gouverneurs s'engageassent à observer le traité de combourgeoisie. Si la comtesse mourait avant l'expiration des cinq années, le traité lierait ceux auxquels ses domaines appartiendraient ensuite de Tordre de succession ; qu'il avait le droit de déterminer et de changer cet ordre aussi souvent qu'il lui plairait et à sa guise ; que le traité de combourgeoisie aurait le pas sur tout le reste ; que le rachat des hypothèques était réglé dans les actes hypothécaires ; que la comtesse se conformerait à cette règle ^®. »
Pendant deux années les prétendans à l'héritage firent des efforts inouis pour déterminer, chacun en leur faveur, l'âme impénétrable de Frédéric. La comtesse se persuada qu elle ne saurait mieux faire pour sa sûreté que de s'unir bien étroitement avec Zurich. Gomme Schwyz paraissait avoir le plus de crédit auprès du vieux seigneur, Wolfhard de Brandis fonda sur ce canton l'espérance de sa fortuné.
 la fin il parut en effet subitement toucher au but. Le comte se rendit de Feldkirch , sa résidence ordinaire , à Sargans. De tous ses parens il n'y avait auprès de sa personne que le sire de Brandis, qui avait pour lui Nicolas de Wattewy^^, banneretde Berne j envoyé dans son intérêt, Ital Réding , le landammann Jean d'Yberg , l'homme le plus influent de Schwyz après Réding, et le landammann Conrad Kupferschmid. Les principaux conseillers du comte, tous les baillis du Tokenbourg et
** On ne peut gnère douter que l'alliance avec Schwyz ne fût confirmée alors en même temps que la combourgeoisie dQ Zurich.
''^ T$chudi lui donne le nom de Conrad» ce qui n'est pas conforme aux acies que j'ai eus sous les yeux.
34 HISTCMRB DE UL SUiaSB.
jd'UzDach furent convoqués pour cet acte important. Après avoir recommandé le secret le plus rigoureux^ le comte déclara de Brandis son héritier et son successeur dans le Tokenbourg et à Uznadi , avec l'obligation de se conformer au traité de combourgeoisie conclu avec Zurich pour cinq an^ y et , après ce terme , à Talliance exclusive et perpétuelle avec Schwyz. Cependant il ne fit cette déclaration tant désirée que verbalement et sous le sceau du secret "^^ et il différa l'expédition d'une charte jusqu'à ce qu'il pût déterminer ses autres pajrens à renoncer à leurs prétentions pour une somme d'argent. La comtesse dut se soumettre à sa volonté ''^.
Il né fit aucune communication aux Zuricois ; mais à supposer même qu'ils n'eussent reçu aucun avis secret, le mystère qui planait sur cette conférence suffit pour éveiller leur attention; ils lui envoyèrent des députés à Feldkirch pour le prier de faire enfin connaître l'ordre de sa succession. Sa réponse fut « qu'il leur » avait déjà dit que sa femme demeurerait dame de » Tokenbourg et leur combourgeoise ; que ce serait D à elle qu'ils auraient affaire "^^^ »
Il n'est guère possible de déterminer avec certitude la connexion et le sens de déclarations si diverses. Peut-être renc<mtra-t^il des obstacles imprévus dans l'exécution du plan arrêté à Sargans ''^. Peut-être ne
7^ Aussi rautheoticité de «etle déclaration dul-elle plus taid être prouvée par témoignage. Sentence prononcée à Luceme^ George, 1437»
'* Elle nia dans la suite, peut-être avec raison, d'avoir donné Clibrement) son consentement.
^' Toutes les paroles que Tichudi ajoute sont de lui , et non da comte; elles ne sont pas même conformes au cavactêre de celui-ci* qui sûrement se piquait de laconisme.
'* Qui forcèrent Brandia à se déàstv daas la saila Sentence pronon^ cée à Luceme»
Livas m. SBCT. 2*. chap. m. 35
▼oulut-il h faire connaître que lorsque tout serait; parfaitement en règle '^^. Il est possible qu'il song^t à fa- Torîser tantôt son cousin , tantôt la comtesse. Il est tout aussi incertain si dans les momens où il se montrait favorable à sa femme il roulait^ suivant le droit commun de Souabe '^^, l'admettre à l'entière communauté des biens '''^ ou ne lui laisser qu'un usufruit à titre de douaire ''^. Il doit avoir dit que^ pour l'instituer comme son héritière universelle , il fallait un acte beaucoup plus solide et plus précis '^^. On lui attribue un trait de caractère peu honorable^ mais auquel on le reconnaît sans peine; on prétend qu'il se réjouit d'avance du désordre qui naîtrait après sa mort et surtout de la discorde qui diviserait la Confédération ^®. Mais une longue habitude de la dissimulation et du silence sur ses affaires lui permettait à peine de s'avouer à lui-même ses intentions ; elle étaijt plus que suffisante pour jeter dans l'embarras, de son vivant, tous ceux qui avaient des rapports avec lui , et pour produire après sa mort dans les affaires les plus importantes un désordre d'autant plus inextricable qu'il avait emporté la clef de ses secrets dans la tombe.
'^ I] pouvait craindre que les Zqricois ne contrecarrassent ses intentions ou ne voulussent d'avance être nantis de Windek.
^* Tel qu'il était suivi en Thurgovie , dans le Tokenbourg , en Argovie. Franchises de fVinterthur; it. de MeUingen. Voy. aussi Jus feud. Alletnann. c. 36.
77 Gérold Edlibach l'entend ainsi.
7* Comme le veut Tschudi»
79 « Si la chose exigeait (ce que pourtant il ne pensait pas) qu'il l'in- » stitnàt son héritière, il devrait la mieux pourvoir, afin que l'acte fût » valable. » Schodeler,
*^ « Qu'il avait voulu lier ensemble les cheveux des Confédérés. » C'était l'opinion générale, au rapport de Louis Edlibach,
Ses forces coïnmeDçaieDt à l'abandonner; Il se dégoûta des hommes et du monde. II se partagea entre une habitation solitaire et silencieuse près des tombeaux de ses pères *^ et sa, cour de Feldkirch. Ce fut là que la mort le surprit le dernier jour d'avril 1 436, cinquante et un ans après le décès de son père, avant qu'il eût suffisamment ordonné sa maison ^^. Son corps fut déposé au couvent des Prémontrés à Rûti, dans le caveau de sa famille ^^^ et comme la maison de Tokenbourg s'éteignait en lui, il fut enterré, selon l'antique usage , avec casque et bouclier.
'* BuiUnger,
^^ Il mourut abintestat. Fûssiin, Géogr,, lU, 44. La demiëre char le que je trouve de lui est du 25 mars ; il prend en fief quelques serfs achetés du couvent de Seckîngen. Herrgott Origg ; Livre des eharieê, h. a.
*' Lui-même donna déjà en 1407, à ce couvent, le patronage de l'église de V^angen dans la Marche, attendu que « ses pères étaient » enterrés à Rûtî, et que lui-même désirait attendre là aussi le jugek ment dernier. » Chartular. Rutin, qui contient beaucoup de chartes semblables de la maison de Tokenbourg.