COMMENCEMENT DES TROUBLES
Origine de la ligue des Dix-Juridictions.-— Zurich et la comtesse. — Rachat autrichien. — Le pays de Sargans et Zurich. — Tot kenbourg, Uznach et le Gaster en rapport avec Schwyz et Glaris. — Intervention de l'Empereur. — Le comte SchKck.
Après la mort du comte y Elisabeth se crut héritière et pensa pouvoir se maintenir à l'aide de ses alUancea et de ses combourgeoisies. Le baron de Brandis^ indépendamment de cette circonstance y voyait disparaître la belle perspective qu'on lui avait ouverte à Sargans; il s'en fallait de beaucoup qu'il fût assez riche pour racheter toutes les autres prétentions ^ Il avait compté sur l'assistance de Frédéric , et maintenant tout l'argent de celui-ci rentrait dans la masse. Mais il soutint avec les autres héritiers^ que la déclaration de Sargans , corroborée par le conseutement de la comtesse ,
^ J. G. FûssUn croit qu'ils avaient le projet d'eifectuer ce rachat ; il le conclut des propositions faites par Schwyz devant les arbitres de Luceme. Saint Geoi^es , 1&37.
' Thierstein ne figure pas dans leur nombre y peut-être avait-on fait un arrangement avec lui ; Hôwen , qui n'avait pas grand'chose à prétendre , se sépara des autres et prit parti pour la comtesse ; il ne parait pas que Metsch ait agi de même , quoique d'autres l'aient cru , autre^t ment elle n'aurait pas refusé de le prendre pour son conseiller.
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prouvait clairement que le défunt seigneur n'avait point eu l'intention de l'instituer son héritière. Le duc Frédéric d'Autriche, qui passait sa vieillesse à Inspruck. et dont une sage économie avait considérablement amélioré la fortune, se réjouissait de racheter lés hypothèques qu'autrefois, dans ses besoins, il avait engagées au sire de Tokenbourg^. Zurich se disposait, en vertu de privilèges impériaux confirmés, à prendre possession de Windek. Mais les Schwyzois furent les premiers qui agirent; ils exigèrent à Tuken le serment des sujets et des juridictions de la Marche supérieure, • que Frédéric leur avait donnée en récompense de leur amitié. Lorsque l'Empereur apprit que le comte était mort sans avoir fait un testament en forme, il considéra le fief masculin de Tokenbourg comme dévolu à l^Empire et crut pouvoir, d'après la constitution d'alors, en disposer librement*,
* n donna snr-le-ehampairis de sa résolation à ses conslns d'An* tricbe ; j'ai va la lettre où le duc Frédéric, pins tard emp^renr^ zp* prouve et loue ce dessein , à la date du 81 mai 1436 ; rien de plus naturel.
* Nous ne pouvons nous empêcher de transcrire ici les sages réflexions de M. J^. 6. ZêUtoéger {HUu ttJppenzell, 1 1, p. 497 et 498 j : • A la mort du comte de Tokenbourg personne n'eut l'idée de former un nouveau canton de ses vastes domaines qui confinaient aux cantons de Zurich , de Schwjz et de Claris , et enceignaient presque Appenzell. Zurich , Schwjz et Appenzell ne songèrent qu'à tirer pour eux-mêmes le plus grand avantage possible de cette succession. Mais ce furent surtout le bourgmestre Stûssi , de Zurich « et les deux Ital Réding , le vieux et le jeune, de Sehwyz, qui se passionnèrent pour l'agrandissement de leur canton. Gomme d'ailleurs Stûssi et les Réding , réciproquement jaloux ;, voulaient faire voir dans cette occasion leur prépondérance personnelle^ tous les nobles sentimens , toutes les considérations tirées du bien général de la Confédération furent étouffés. Ainsi s'alluma cette formidable guerre, connue dans ThisEoire sous le pom de l'ancienne guerre de Zurich ; preuve ajoutée à tant d'autres des
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Les sujets, affranchis du joug qu'un maître sévère leur avait fait porter durant tant d'années y trouvèrent aussi naturel que nécessaire de pourvoir eux-mêmes à leurs intérêts. Ils n'avaient réfléchi ni au mode ni aux principes à suivre j chaque portion de pays formait des vœux difiEérens, analogues à sa constitution particulière; la réunion de tous les pays émancipés, et Tunité de hut étaient d'autant moins possibles que le comte les avait laissés étrangers les uns aux autres , regardant l'uniformité de lefùr organisation politique comme dangereuse pour son autorité. Les communes qui agirent avec le plus de sagesse furent celles qui étouffèrent l'esprit de parti et concertèrent d'avance avec d'autres , dont la situation était la même , l'adoption de certaines mesures fort simples dans l'intérêt de la sûreté gé^ nérale.
Ainsi, les Tokenbourgeois primitifs formèrent une communauté^, et instituèrent, pour l'administration provisoire de leurs affaires, des capitaines et des con-^ seillers.
Les hahitans d'Uznach suivirent leur exemple.
Les sujets des seigneuries hypothécaires de Windek et de Sargans souhaitaient un adoucissement à leur condition^ quelques-uns l'espéraient de la maison d'Au-^ triche, d'autres de Zurich ou des peuples de Schwyz ^^ ou de l'amitié de leurs voisins de Glaris ; d'autres en«*
ravages qae causent les flammes de la discorde , lorsque les chefs des républiques font servir leur énei^e au triomphe de leurs vues persoil* nelles , et provoquent dans leur orgueil des collisions de jalousie. » Voy. ci-dessus, chap. III, p. 19, avant n. *, C. M.
* On ne sait pas si , ni depuis quand , le Tokénbourg forma un seul tont« La vallée de la Thour est nommée à part, comme si elle n'était pas nécessairement comprise sous la dénomination générale.
core nourrissaient un désir ^ que dans l'incertitude des affiiires ils osaient à peine exprimer^ celui d'une li^berté absolue^.
Les habitans de Feldkirch y plus éloignés de la Confédération^ partageaient les sentimens de ceux qui seraient assez volontiers rentrés sous la domination de TAutriche , mais à de certaines conditions et non sans prévoyance : un gouvernement aussi oppressif^ aussi hostile que celui du comte^ leur paraissait insupportable^.
Les onze juridictions des districts supérieurs qui s'étendent au dedans de leurs limites naturelles ^ depuis Mayenfeld jusqu'aux sources de la Landquart et depuis la frontière de Montafun dans la haute montagne "^ du Prettigau jusqu'à FÂlbula^ savaient ce que demandait leur bonheur, et le voulaient sérieusement ; elles prirent en conséquence une mesure dont le résultat subsiste encore jusqu'à ce jour*, w Elles jurèrent » ensemble unanimement, loyalement, sans fraude et » à perpétuité, de se soutenir les unes les autres dans » leurs prétentions légitimes; de respecter aussi les n droits de leur seigneur héréditaire lorsqu'il serait dé- » signé ; de s'unir par un lien si indissoluble que les » onze contrées et juridictions se présentassent toujours » aux étrangers comme une seule , dont aucune partie /) ne pourrait s'allier avec qui que ce soit sans la par-
' HùpU : • On concevait bien que ses sujets eussent désiré d'être leurs propres maîtres ; maïs ils n'osaient l'avouer, ca Déjà les villes gouvernantes ne voulaient plus que des sujets. D. L. H.
* HàpU : « Ils onl à réclamer sur bien des articles. » ' Le Rhastico. Guier, Rhœtia, 820, a.
* La ligue des Dix-Juridictions ; Mayenfeld faisait alors cause commune avec elles.
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» ticipation des autres; de faire régaer au dedans de » leurs limites la justice et la paix. Elles jurèrent en- » core qu'elles s'entr 'aideraient^; qu'elles se somme- » raient Tune l'autre à remplir leurs engagemens^^; M que chaque habitant se contenterait de la justice ad*- » ministrée dans le pays ; que des diètes se tiendraient )> à Davos ; qu'on renouvellerait cette alliance tous les » douze ans , mais qu'on n'y ferait ni addition ni re- » tranchement sans une délibération commune. Cette ligue fut scellée par leurs pieux et modestes ^^ magistrats ^^, présidés par Ulrich Bély , landammann de Davos^ un des principaux instigateurs^ à ce qu'il parait ^^. Tandis que les habitans du Prettigau se prémunissaient contre les dangers possibles par ce moyen naturel et digne d'hommes libres , les héritiers de leur défunt maître , immédiatement après lui avoir rendu
' Un juge peut requérir Tautre de lui envoyer quatre ou cinq bornai qui reçoivent 18 fenniogs par jour et à peu près la nourriture.
*• S'il arrive qu'une juridiction n'ait plus de juges , les autres doivent pourvoir à ce que ses tribunaux se forment.
*^ C'était le titre qu'on leur donnait , et que je transcris parce qu'il leur convient.
'^ Je vais les nommer ; de pareils noms doivent être immortels ; ils peuvent allumer le feu du patriotisme dans le cœur des descendans d'hommes de cette trempe : outre Bély, Jean Heinz ; Jos Gersta ; Barthélémy Rugett; Jannt Schneider; Guillaume Scbsrer; Jos Mallet; Jean Tbeueresta; Jean Held. Du reste , la charte se trouve entr'autres dans Leu, art. Dix- Juridictions. Elle est du vendredi après la Fête- Dieu , qui pouvait être le 8 juillet ; Pâques avait été cette année-là le 8 avril. Art de vérifier les dates.
^* Les Bély de Belfort étaient « une ancienne et illustre famille ; ils » étaient les chefs et les plus nobles de la ligue ; Davos est la première » juridiction dotée de franchises excellentes. » Ardûser, art Bély. Son père , landammann pendant 25 ans, avait été assassiné 6 ans auparavant dans la juridiction de Schanfik ( ou Schalfik ) au Gaureisertobel. Id, et Leu, art Bély. Les Bély étaient d'anciens écuyers rhétiens. GaUr, p. a.
les derniers honneurs chrétiens à Ruti '^ ^ eurent^ non loin de là y une conférence à Rapperschwyl ^^. Mais si ces campagnards^ qui ne cherchaient que la justice^ furent promptement d'accord y les seigneurs dont les droits n'étaient pas si clairs ou dont l'ambition dépassait les droits y tinrent vainement maintes longues conférences. Ce fut Torigine de la discorde. Ils s'efibrçaient de soutenir leurs prétentions illégitimes ^ l'un par la puissance de l'Autriche^ l'autre par l'appui d'un des cantons y un troisième par l'appui d'un autre y ou bien par la prétendue volonté du peuple.
Zurich et la veuve y que le . comte avait unis y s'entendirent d'autant mieux que la comtesse n'avait pas d'autre ressource^ et qu'en la servant Zurich pouvait se procurer de légitimes avantages. Elle choisit poiu* son conseiller^ probablement à la suggestion de Zurich, le baron Frédéric de Hôwen; Ulrich de Metsch^ plus proche parent ^% était trop intimement uni avec l'Autriche. Les Zuricois ne pouvaient être indifférens à ce choix, parce qu'ils aspiraient, ainsi que le duc, à racheter la seigneurie de Windek,. rachat que la comtesse pouvait faciliter à l'une ou à l'autre des parties.
Les Bernois étaient alliés avec plusieurs parens du comte de Tokenbourg par des traités de combourgeoisie, et avec Schwyz, <k tout temps, par la plus étroite amitié; ils ne voyaient pas sans jalousie, disait-on , la puissance croissante de Zurich, mais une guerre dans ce pays paraissait également onéreuse et inutile à leur république ; ils s'eflForcèrent donc de présenter comme
^* Le 90 mai.
^ *■* Lc3i.
*^ Le fils de son frëre« Selon Sehodeler, Hôwen n'était pas asseï ami 4e la comtesse pour avoir le droit d'être son conseiller.
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le meilleur moyen de conciliation un partage entre les héritiers et une parfaite égalité de rapports de tous les domaines du comte avec Zurich et Schwyz. Mais Zurich ne voulait consentir ni à un partage qui réduisait la veuve, d'héritière qu'elle prétendait être, tout au plus à la condition d'usufruitière, ni à une égalité avec Schwyz qui lui aurait enlevé sa prérogative sur Windek. Cependant le droit de ta comtesse n'était pas si incontestable , ni son caractère si inflexible, qu'un arrangement avec elle eût été impossible, surtout parce qu'elle n*avait pas d'enfans; quant à l'autre point, les Zuricois laissèrent entrevoir qu'on pourrait s'entendre, si l'on détachait de la convention générale Windek en faveur dé Zurich, tout comme la Marche supérieure en faveur de Schwyz , ou si l'on y comprenait l'une et Vautre contrée, en sorte que l'avantage ne fût pour personne ou fût pour les deux cantons*''. Windek avait été pour Zurich l'objet de négociations si longues , si compliquées, si dispendieuses, que la plupart de ses conseillers auraient donné les mains à tout moyen équitable de terminer l'aSaire avec honneur.
Mais les Bernois, qui faisaient l'office de média-* teurs, accueillirent cette dernière proposition moins bien qu'on n'espérait; sans doute parce qu'il était également difficile de faire eonsentir l'Autriche au rachat de Windek , et Schwyz à la restitution de la Marche supérieure. Impatientés et défians , non sans raison , à ce qu'il parait, les Zuricois prirent la résolution de mieux assurer les intérêts de leur ville par des négo-
'^ Ces circonstances ont été le mieax exposées dans un écrit âur le commencement de cette guerre , ^ui m'a été communiqué par un sa- Tanf diplomate et un bomme excellent , feu le conseiller zuricois Jean Henri Sehinz.
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dations directes avec le pays et avec la comtesse. Le chevalier et bourgmestre Rodolphe Stûssi était à la tête de la députation nommée pour cet objet ^^; par un zèle excessif elle dépassa les bornes de sa mission et ne fit qu'embrouiller les affaires.
La plupart des habitans du Gaster et de Sargans paraissant plus disposés à rentrer sous la domination de l'Autriche qu'à se soumettre aux Confédérés^ et le duc, à ce que disait la comtesse , voulant racheter Windek sans délai ^ on résolut d'assurer à Zurich par un moyen nouveau la souveraineté de ces pays.
La reconnaissance pour le passé y la prudence pour l'avenir obligeaient la comtesse à consentir à toutes les demandes de la députation zuricoise. Celle-ci eut presque plus de peine à faire agréer son plan aux autres conseillers ; qui en comprenaient l'utilité , mais, efirayés parles difficultés, n'osaient s'engager dans une entreprise neuve , vaste et d'un succès douteux. Ils y consentirent enfin, lorsqu'on fixa pour l'exécution un terme précis et peu éloigné ^^. La base du nouveau système fut posée à Mayenfeld au moyen de deux, chartes accordées par la comtesse aux députés de la ville de Zurich ^^.
*^ Il élaii accompagné du conseillée Brunner et du greffier municipal Michel Grœf; voy. t. IV, p. 523.
*' Ces dispositions se manifestent dans une lettre des Zuricois à la comtesse, du 21 septembre. Je dois la communication de cette lettre et de beaucoup d'autres documens à la bienveillance d*un ami que je n'oublierai jamais, et que je ne veux pas nommer parce qu'il vit en-» core ; = et parce que vous redoutez pour lui le sort de l'infortuné Wa- 9er, décapité pour avoir communiqué à Schlôzer des documens du xiv« çt du XV* siècle. D. L. U.
^^ Ils avaient négocié avec elle à Fcldkirch. Quand la chose est indif" firente, je réunis deux députations, deux lettres, pour allier la marche