LIVRE III. SFXT. 2*. CHAP. X
irrésistiblement. Ici tomba l'avoyer de Lûtishofen ^^'^ , victime d'une guerre qu'il s'était inutilement efforcé <le prévenir dans maintes diètes. Là versèrent leur sang Jean Mûller^ dont les négociations avaient mis fin à la dernière guerre ^^^, et Merhi Zelger , tous deux landammanns d'Unterwalden. Tandis que Pûntiner portait la bannière d'Uri dans ses mains invaincues , périt à ses côtés le vieux général ^^9 j^^n Imhof de Biumenfeldy plus à plaindre que son père mort cinquantesept ans auparavant à Sempach ^^^ puisqu'il perdit la vie dans une guerre civile. Zweyer d'Evebach mourut avec lui, comme à Sempach, le grand -oncle ^^^ de l'un avec le père de l'autre. Non loin d'eux succombèrent le noble Henri Jauch , entre des soldats de la Léventine €t des soldats de la vallée d'Urseren ; le greffier cantonal ^^^ Jean Pfister d'Unterwalden ; les frères d'Eggenbourg , inséparables même à l'heure de la mort. Des cadavres comblaient le fossé. Un cri : « Tue, tue encore ^^^ ! » roulait sauvage de rang en rang. D'autres criaient : « Que n'avons-nous attaqué ceux de T Albis ! » Soudain , à gauche , les soldats de l'Entlibuch montèrent impétueux et pénétrèrent dans les retranchemens ; plus de trente mordirent la poussière ^^* ; on passa sur leurs corps. Le rempart fut pris ; la terreur s'empara
»7 BuUinger.
*" Voy. ch. IX, au commencement
2M n avait commandé en 1415. Schmïd, HUt, d^Uri, II, 89.
«• Leu.
2" Id.
'** Annuaire dans Bueêsinger et Zelger, Hist, d*Unierwalden, II, 60.
2" EdUbach.
25* Hùpli; selon Tschudi pvbs àe 20.
340 Histoire de la. suisse.
des Zuricois. Il en tomba plus de trois cents ^^^ : d'abord Meyer de Knonau^ leur chef^^^; le vigoureux Wemer Kolb de Kilchberg , entre ses deux frères et vingt-un autres habitans de son village; Henri Landolt^^'^, le premier d'entre ceux-ci ; un grand nombre de paysans des bords du lac ^^*, contens de ne pas voir la désolation du pays; Jean Brounner, Henri Hégenauer, Erhard Trinkler , conseillers aussi sages que militaires expérimentés. Ceux que la mort ne moissonna pas furent entraînés au milieu des ténèbres par une horrible fuite qui, du haut du Hirzel et du mont de Horgen, propagea la terreur et l'épouvante le long du lac de Zurich. Entourés des morts , les vainqueurs calculant le prix de la victoire ^^^ y passèrent la nuit dans la tristesse.
C'est ainsi qu'après une si rude marche , ils avaient enfin triomphé d'un pareil ennemi^ sur cette montagne et derrière de si forts remparts. Epuisés par le combat, ils se reposèrent; les Zougois seuls les joignirent pendant la nuit. Cet exploit les remplit d'étonnement. Les habitans d'Entlibuch leur montrèrent leur bannière percée de cent coups et qui ce soir-là les avait précédés sur le chemin de l'honneur. On vit couchés au milieu des bourgeois et des paysans les magistrats
^'^ Builinger. Tsehudi : 505, dont 296 campagnards.
^*' Hûpli l'appelle Jean Immer; c'est peut-être une faute de copie.
3*7 De Marpach ; il était probablement allé de là s'établir à Kilchberg. BuUinger,
>'> P'Erlibach , de Kûssnacht , de Meila , de Horgen , de Kilchdorf, de Maenidorf , de Greiffensée aussi et du bailliage libre.
2»» Tschudl : « ils avaient perdu 67 hommes ; » BulUnger, 800 ; Edlibach : « Us étaient attristés et fort effrayés de leurs pertes. » Les deux nombres paraissent faux ; cela provient sans doute d'un malentendu ou d'une erreur du premier copiste.