LIVRE III. SECT. 2*. CHAP. X
c'est folie de se montrer si scrupuleux sur les moyens 'de remporter la victoire ^^^.
Tout s'exécuta. Le soleil dardait ses rayons ^^^ lorsque les Confédérés traversèrent les champs de blés ; il les éblouissait à tel point que craignant que l'ennemi ne profitât de cette circonstance, ils fortifièrent leur ordre de marche. La chaleur devint excessive. Les Zuricois devaient laisser le soin des escarmouches à la cavalerie et occuper eux-mêmes entre la Sihl et le faubourg une position presque inexpugnable; mais ils rougirent ^^''^ à l'idée de ne pas attendre Tennemi en rase campagne. La bruyante soldatesque dédaigna le plan militaire. On se plaça donc en deçà de la rivière dans des prairies bordées d'une haie vive et qui s'étendaient entre Wiedikon et une antique chapelle de Saint- Jacques, près de la maladrerie^^^. Les soldats envoyèrent chercher à la ville du vin , du pain et du fromage. Ils mangèrent, burent, firent les braves , poussèrent des cris de joie ^^^. Apercevant l'ennemi
"^ Schmid Hiêt. iPUri, II , 90 , approuve le jugement porté sur ce stratagème ; je le vois avec plaisir. Pourquoi blâmerait-on le landammann d'avoir fait ce que personne n'a reproché à Rodolphe de Habsbourg (T. n, p. lOi)?
'<< « C'était l'heure du déjeûner, et le soleil dardait ses rayons au vi- » sage des Confédérés. > Tschudi,
''^ « Quand on parvint an principal ravin , ils s'écrièrent que c'était » nne honte pour la ville. » ButUnger,
*** On en attribuait la fondation à Gharlemagne. Faber. On y trouve en effet au milieu du Xn* siècle des sœurs de la charité pour soigner des maladies contagieuses ; la chapelle était une succursale de St. -Pierre; Fabbesse lui assigna en 1221 un prêtre particulier , par suite d'une dotation faite par les In der Cassen, chanoines du grand chapitre. Mémoire de la commune de Zurich,
^«9 • On eût dit d'une fêle de la dédicace. » Edlibuch,
qui suivait le pied de la montagne^ ils crurent qu'il évitait la bataille et se retirait au-delà de Wiedikon vers rArgovie^ ou bien songeait à camper dans les pâturages communs au bord de la forêt du Hard ; là il ne serait pas impossible de le battre entre la Limmat et la Sihl^ et de le précipiter dans les flots.
Le corps des deux cents hommes de Schwyz qui descendait près de Friesenberg excita l'attention pendant quelques momens; mais le bourgmestre^ trompé par les croix rouges^ le prit pour la garnison d'Uetlibourg ^''^.
Avant que les Confédérés parvinssent à Wiedikon^ les provocations des cavaliers irritèrent un bataillon plus impatient que les autres ^''^ y qui s'avança et les repoussa; ils reculèrent en combattant. Une colonne subitement formée leur livra une attaque plus vigoureuse et les mit en fuite. Les cavaliers s'étonnèrent ^"^^ de voir les Zuricois en deçà de la Sihl. Ceuxci , recevant de la ville de continuels renforts ( même des vieillards impuissans accouraient pour voir une bataille avant de mourir ou pour encourager les leurs), s'étendirent avec un ordre apparent ^^^ dans la plaine de la Sihl. A l'approche de l'ennemi , les Zuricois s'agenouillèrent pour prier , se relevèrent , et , dès qu'il fut à leur portée , tirèrent à travers et par-dessus la
^'^ Edliboeh, confirmé par la Relation, n. 362.
*7* « Upe partie des plus vigoureux et des plus avancés. » TsckudL
s 72 Parce que cela était contraire au plan convenu. Aussi Edliboeh le désapprouve-t-il ; il pense que la position était désavantageuse ; Tsehudi, au contraire , estime , non sans raison , « que les Zuricois avaient dans » cette prairie une position beaucoup plus avantageuse pour se défendre, » si d'ailleurs la fortune avait voulu les favoriser. >
'^> « Toute la troupe en bon ordre de bataille. » Tiekudi,