LIVRE III. SECT. 2^ CHAP. X
haie vive. Si k courage était moins sujet aux altérations que produit le hasard ou la ruse de l'ennemi y la victoire eût été balancée ou chèrement vendue.
Un grand nombre de cavaliers ne tinrent ni devant le front, ni sur les ailes , ni même derrière la ligne prêté à les recevoir. La plupart traversèrent le p^mt, entraînés par l'effroi, ou, comme Hallwyl etRechberg, désespérant du succès ^^^ et inquiets, sinon pour la ville, du moins pour leur [tairti. Le gouverneur de l'Autriche antérieure, le margrave Guillaume, suivait des yeux les événemens du haut du Lindenhof , au^-dedans des murs^''^. Si les Confédérés triomphaient, on pouvait craindre la chute subite des magistrats dévoués à l'Autriche et Femprisonnement ou l'assassinat de beaucoup de seigneurs et de chevaliers. Toutefois maint belliqueux chevalier sauta de cheval et rejoignit les Zuricois.
Les Zuricois tiraient. Les Confédérés qui poursuivaient les cavaliers fugitifs le long de la haie vive rencontrèrent enfin les deux cents Schwyzois à croix rouges, qui venaient de se retirer tout au fond de la prairie, du côté du ppnt^''^^. Quand ceux-ci virent que les autres cessaient leur poursuite et pénétraient dans la partie inférieure de la prairie , tandis que le principal corps d'armée coupait et renversait la haie dans la partie supérieure, ils poussèrent tout-à-coup des cris terribles : « Sauve, Zurich, sauve qui peut. » On
*'* « Us prirent tôt la fuite , bien qu'on les crût des avaieurs de fer. »
''* Car il craignait , s*il sortait , qu'on ne fermât» les portes « derriCTC » Ini. » IL = Le Lindenhof est une place ou promenade ombragée de tilleuls et située dans la partie élevée de la ville. 0. M.
376 Quelques-uns furent, dit-on, assassinés par leurs propres gens, qui n'étaient pas instruits du stratagème. Hemmerlin,
découvrît dans ce moment les croix blanches sur leurs dos ; mais le but était rempli ; non - seulement leurs cris de terreur avaient brisé les courages, mais on craignit encore qu'ils n'interceptassent le pont aux bourgeois. Alors l'épouvante s'empara de l'armée entière ; on ne songea plus à la résistance ; chacun fuyait; on se pressait vers le pont ^'^*^.
Dans ce péril extrême Rodolphe Stûssi ne négligea rien de ce qu'on devait attendre d'un chevalier et d'un bourgmestre de Zurich ; il ne suivit point Hallwyl et Rechberg; il oublia queRéding en voulait surtout à sa personne ; il ne songea qu'à l'honneur de la patrie que dès sa jeunesse il avait aimée d'un amour trop passionné peut-être et pour laquelle il avait tant veillé ^ travaillé, combattu. Lors donc qu'il vit au bas de la prairie le désordre général,, du côté opposé les bannières qui s'avançaient, l'armée entière des Zuricois emportée irrésistiblement par la terreur, il jugea indigne de ses cheveux gris de se faire le chef de la faite; il saisit sa large hache d'armes , se pla^a au milieu du pont de la Sihl et cria d'une voix de tonnerre ^'^^ aux fuyards : « Arrêtez, citoyens, arrêtez. » Pour eux, sourds, éblouis, entraînés, ils passaient rapidement à coté de lui. Stûssi ne fuit ni avec eux ni après eux ; il resta grave et ferme , comme autrefois au conseil ou à la diète ^'^^. Le péril croissait de moment en moment.
^" « La terreur se répandit d'abord dans les derniers rangs; chacun » s*enfuit à qui mieux mieux ; il ne servit de rien de }es appeler ni de » les exhorter; nul ne voulut rester ni s'arrêter, qu'on Texhortât peu on » beaucoup. » Id.
579 , Miles strenuissiraus pr« cœlerîs , elegantis formae , pr«poUentio>