LIVRE III. SECT. 2*. CHAP. X
D'abord le vieux Hégenauer , ensuite Pierre Kilchmatter, ses amis d'enfance, souvent ses appuis dans le conseil, étaient tombés. Prés de quarante ^^^ cavaliers avaient payé de leur vie le plus noble courage. Déjà, prés de l'autel de Saint- Jacques, lé baron Albert de Bussnang, en dépit de l'énorme rançon qu'il offrit, était mort victime d'une fureur hostile^®*. En cet instant la masse des ennemis s'approcha du pont^®^. Ulrich Lommis , principal espoir des Zuricois dans ces dangers ^^^, périt; le banneret avait fui pour sauver la bannière. Tandis que la mort et le péril pénètrent de tous côtés et qu'au milieu du pont Rodolphe Stûssî, distribuant les reproches et les ordres, semblable par sa haute stature à ime tour de défense, arrête l'ennemi , il blesse par un regard ou par une parole un bourgeois de Zurich nommé Zurkinden ^^*. « Par les plaies de » Dieu, tu es la cause de tous nos maux, w s'écrie celui-ci , et de sa lance il le perce de part en part. A ces mots tombe avec fracas le puissant bourgmestre; le pont retentit du bruit de son armure ^^^. On dit qu'un certain Lûthard de Mérischwanden sur le territoire de
• ris staturae, regens magistratum. » Hemmerlin , qai le connaissait fort bien. •
"® Tschudi, BuUinger : près de SO.
'^^ Celui qui le tua lui dit : « Puisque tu possèdes de grands biens , • que n'eS'tu resté chez toi ? » BuUinger,
'** « Amis et ennemis coururent pêle-mêle jusqu'à la scierie près » St. -Etienne. » Edlibach,
^^* Qui avait commandé dans le premier combat sur l'Etzel.
*** BuUinger apprit cela de Félix Scbwend, qui Favait souvent entendu raconter à son père , le long Schwend.
^'^ Aoûinooev^t ir€aà>v, àpaêmae ^i riùxi éTc'aÙTû. Car il était «bien armé , » grand et gras* • BuUinger,
Lucerne *, placé sous le pont, alors fort bas ^*®, en souleva une planche et frappa le coup mortel avec sa hallebarde. La mort de Stûssi fut imposante, il mourut en faisant son devoir.
Fendant la longue et cruelle agonie du bourgmestre noyé dans son sang, quelques centaines d'ennemis, passant par-dessus les cadavres des Zuricois et même de faibles vieillards qui n'avaient pas pu fuir assez vite, pénétrèrent , par le pont de la Sihl , dans le faubourg et jusqu'aux murailles. Là, devant la porte bien fermée, en face du pont-levis, maint citoyen perdit la vie; à la fin les cris du désespoir engagèrent les habitans à ouvrir. Avec les fuyards entrèrent des ennemis. Dans la ville le greffier de Glaris ^^'^ arracha au banneret de Zurich ^^^ sa bannière et le tua. Lorsque mille ans auparavant, dans l'antique Helvétie, les sauvages peuples du Nord , armés du fer et de la flamme, fondirent sur Thuricum, l'épouvante ne fut pas plus grande qu'à cette heure où se répandit dans toutes les rues la nouvelle , à demi vraie à demi fausse , de la mort du bourgmestre , de la défaite de l'armée et de la prise du Petit-Zurich. A ce moment un paysan de Kûssnacht^^^ village voisin , aperçut le greffier Michel Graf qui
* Mérîschwanden , grand viUage du canton d'Argovie » dont il fait partie depuis 1805 , s'était mis au xir^ siècle sous le patronage de Lucerne , en réservant ses franchises et le droit de nommer son bailli. Mérischwanden est la patrie de J, Wœber , continuateur de Toeuvre de la réformalion dans le canton de Berne, et d*un auteur dramatique da xvnie siècle , J. J. Zimmermann , professeur à Lucerne. G. M.
^*' « Car il était bas et formé de poutres. » BuUinger, . »" Rodolphe Kàng.
^^' Conrad Meyer.
3«9 « Brave homme qui voyait que les choses allaient cordialement mal » pour les seigneurs de Zurich et toute la communauté. » Edlibach,