LIVRE III. SEGT, 2*. CHAP. VI
qui répand du jour sur les rapports des paysans et de leurs seigneurs. D'abord il ne fut pas question d'hommage avant la confirmation des alliances qui protégeaient les droits des gens de Wartau ^'^. Ensuite il y eut à corriger une foule d'abus , ou introduits par les derniers seigneurs ^^, ou bien (car la certitude manque) devenus insupportables depuis- que les campagnards avaient acquis la conscience d'eux-mêmes. Ils ne niaient pas leurs obligations , mais ils demandaient qu'elles fussent déterminées et allégées. Rarement le èentiment de ses forces rendait le peuple des campagnes injuste , à moins que des chefs de parti ne l'égarassent^ qu'une loogue oppression ne l'eût plongé dans la barbarie ou que les seigneurs ne comprissent pas leur temps. L'intelligence de l'époque importait également à la tranquillité publique et aux seigneurs eux-mêmes. Les droits^ difficiles à soutenir étaient rarement abandonnes sans dédommagement^ ou ils ne se perdaient que peu à peu ; tandis que des maîtres inflexibles perdent à la fois et pour toujours corps et biens ^ non sans causer de grand3 dommages à leur pays ^^. Les gens de Wartau ne refusaient pas de continuer à payer leurs douze livres
des comtes, « le vénérable prélat, sire Jean, abbé de Benwyler. » Beînwyl est un monastère dans une étroite vallée sur la Lûsel , non loin dé Thierstein ; cet abbé était de la famille d'Uttingen ; il mourut en 144i. Leu,
*' Ils étaient compris dans le droit de bourgeoisie , chap, IV, à n. 59. Graetschins est au pied de ce château.
*8 Nous ayons vu que Warla u appartint jusqu'en 14i4 à Werdenbei^, jusqu'en 1428 à Tokenbourg et dès-lors à Thierstein ; trois maisons seigneuriales pendant la durée d'une génération.
*^ Voj. un;;passagc excellent de Sehlosser dans les Archives patrioticpies du baron de M oser , trésor de sagesse et de vertu politique, XI, 503 et sniv.
d'impôt, mais ils se plaignaient de ce qu'un tiers des contribuables s'était séparé d'eux : il fut prononcé à cet égard que le seigneur conserverait son impôt, mais qu'on ferait obtenir justice à ses sujets. Ils se plai* gnirent de corvées injustes ^^ : il fut déterminé que chaque ménage en ferait trois par an, et que, pendant que les seigneurs habiteraient le château , tout sujet qui possédait des bœufs charrierait encore annuellement une voiture de bois. Gomme de toute antiquité les terres étaient divisées en arrondissemens livrés chacun à un nombre déterminé de cultivateurs , qui fournissaient au seigneur un nombre fixe de boisseaux de blé , ils demandèrent que les cultivateurs du même arrondissement pussent trafiquer en liberté , mais seulement entr'eux, de la portion qu'ils tenaient en fief; cela fut accordé sans peine ^^ Gomme dans cette contrée aussi ^^ l'entretien des troupeaux paraissait offrir le plus d'avantages, ils demandèrent de pouvoir acquitter les deux tiers de l'impôt en caillebotte^^ et en fromages ; mais sur ce point on ne jugea pas à propos d'innover ; aussi bien les cultivateurs pouvaient-ils se tirer d'affaire. Qu'un seigneur ne pût pas chasser de sa métairie un paysan qui payait régulièrement ses intérêts, c'était là un vœu légitime dont il n'est fait aucune menticm dans la sentence , parce qu'on ne négocia pas avec des propriétaires , mais avec des seigneurs engagistes qui songeaient moins à l'avenir qu'à tirer le meilleur parti
>* Ch, dans Tichadi , datée du jeudi avant la Toussaint.
^ Cette demande est mentionnée dans la eh, ; il n'en est pins question là où l'on raconte la sentence.
^ P. e. 1. 1, p. 262 et suiv. Autrefois l'agriculture fiorissail aussi dans le canton d'Unterwalden.
2' Distinguée du fromage par le nom de fVerdkœse.