LIVRE m. SëCT. 2^. CHâP, H
d'Autriche dans les contrées helvétiques. A cette occasion y le comte de Tokenbourg prit possession , au nom de l'Empire^ de Feldkirch et de toute la contrée qui s'étend depuis le lac de Constance le long du Rhin et de la forêt de Brégenz jusqu'au Prettigau^ et r£ippe-<" reur lui en assura la jouissance à titre d'hypothèque. Dans tout cela il agissait de si bonne intelligence avec les Confédérés^ qu'ils lui fournirent des secours en argent et en armes ^^ ; dans le même temps il se faisait hypothéquer ces mêmes seigneuries par Ernest ^ frère du duc et son héritier présomptif ^^^ et ^ tandis qu'il s'en assurait ainsi doublement j il sut encore mériter la reconnaissance de l'Autriche pour ne les avoir pas laissées tomber entre les mains des Confédérés ^^
Autant Frédéric se montrait habile à saisir les oo*casions de s'agrandir^ autant il prit des mesures sages pour maintenir sa domination. La ConfédératM>n suisse^ qui depuis long-temps se fortifiait en silence j commese çait à s'agrandir ; le même enthousiasme de la liberté animait les App^izdlois ; les communes rhétiennes^ dont les unes s'étaient spontanément réfugiées dans les Alpes par amour de la liberté^^^ et les autres , attirées par ses charmes , avaient été engagées par les anciens anpereurs à s'établir dans le Rheinwald^^^ formèrent, dans
" T. IV, p. Î56.
2* Le fils du duc naquit seulement en i427.
'* T. IV, p. 255 , n. Î28.
» T. I, p. 65 et 68.
^ Consultez, sur cette colonie fondée par les emperears de la maison de Hohenstanfen dans les plus hautes vallées depuis Scbams jusqu'au V(^elberg, les excellens Fragmens de i'ki$toire politUfoe de ia FaUeline, par Ulysse de Sédis, 1. 1, p. 120 et suiv. Leurs franchises sont constatées par la charte du sire Walther de Vatz, samedi avant S. Gall , 1277, impriméf^ dans le t. IV, p» 54 du même ouvrage. Ce document important
Fintîérêt de leur conservation, une ligue qui, pour devenir redoutable , n'avait besoin que de se coaliser avec les ligues semblables des vassaux de l'évéché de Coîre ^*. La plupart des sujets de Tokenbourg jouissaiisnt aussi de beaucoup de franchises, et voyaient la puissance aux mains de leurs semblables , de leurs voi- ^ns, en partie fort disposés à secourir des opprimés.
Dans cette conjoncture , le comte avait deux voies à suivre : Tune, de former une forte coalition avec la haute noblesse pour comprimer l'essor du peuple; l'autre, de mettre le peuple dans ses intérêts et de suivre le torrent du siècle pour n'y être pas englouti. Sa connaissance des hommes , fondée sur l'expérience , le convainquit que le premier de ces desseins était inexécutable , et le second, un chef-d'œuvre de politique digne de lui.
Il vit deux moyens d'atteindre son but : rendre ses sujets plus heureux qu'ils ne pouvaient l'être sous une autre constitution , ou s'attacher les peuples libres, ses voisins, par des services, de manière que les mécontens n'en eussent à espérer aucun appui. Il se décida pour le second système; il entretint chez ses sujets des espérances qui ne devaient toutefois s'accomplir qu'après sa mort, vu qu'il était décidé à conserver durant sa vie une autorité illimitée.
(explique comment et à quelles conditions d'antres pajsans encore se sont si volontairement mis sous la protection des grands du voisinage. Ils n'usurpèrent point ces franchises pendant l'anarchie de l'Empire après Frédéric II, comme on l'a prétendu de Schwyz ; mais ib les possédaient Ainsi que d'autres encore de tout temps ; c'est ce que prouve toute la teneur de la charte , mais particulièrement ce passage : « Promitto eis » Tfaeotunicis , ista et alia statuta vel kartas et ipsornm litteras quaa haj> bent,renovari,„. 9 On conserve encore dans leRheinwald ce document en parchemin.
?* T. IV, p. 449-400.
UVRE III. SBCT. 2^. CHAP. H. i'S
Au commencement et pendant bien des années j il mit son principal espoir dans la ville de Znrîdi ^^ , dont les guerres contre la noblesse et l'Autriche avaient été plutôt accidentelles et passagères que Teffet d'une haine héréditaire. Les relations extérieures si diverses de cette ville l'avaient forcée à coordonner ses principes politiques en un système sur lequel on pût bâtir ; elle-même avait aussi des sujets; mais son territoire ne confinait nulle part à celui du comte. Les démocraties plus rapprochées de lui paraissaient suivre une marche plus impétueuse; elles étaient beaucoup plus entre-prenantes 9 plus redoutables par leur liberté et leur égaUté, surtout à un seigneur que son peuple n'aimait pas; de tout temps l'orgueil de la noblesse leur inspirait une haine profonde pour les seigneurs. Mais comme elles observaient religieusement leurs perpétuelles aUiances confédérales^ le meilleur préservatif contre leurs entreprises menaçantes était de devenir le combourgeois et l'ami de leurs confédérés.
Frédéric s'en était fort bien trouvé dans la guerre d'AppenzelP^; à l'époque du concile il lui parut de même avantageux de consolider cette union ^''^ et dans le temps où il devint bourgeois de Zurich pour le reste de ses jours ^ de tenter d'obtenir la combourgeoisie de Schwyz pour dix ans^*, d'un côté, parce qu'il s'assurerait bien mieux par ce moyen le secoiui» des Confédérés pour les entreprises qu'il méditait, de l'autre, parce qu'il acquérait plus d'indépendance que s'il eût fondé sa sûreté sur une alliance unique.
>' Droit de bourgeoisie, 1400 et 1405, t. IV, p. 73, et 505.
^ Placé entre Appenzell , Claris et Schwyz , il n'en eut rien à souffrir»
" 1416 , t IV, p. 504 et sniv.
" 1417,t. IV, p. 505.
14 HtSTOiRB DE LA SUISSE.
Cette précaution pouvait lui paraître d autant plus nécessaire qUe ^ dans le cas de la décadence de l'Âu-^ triche^ l'Empereur reprendrait , au nom de l'Empire , la propriété des seigneuries hypothéquées par la maison d'Autriche au comte, et que Zurich obtiendrait fa-* cilement de ce monarque le droit de les racheter ^^. Schwyz et Claris , qui convoitaient le Gaster et Sargans y devaient souhaiter autant que lui que cela n'arrivât pas.
Une expérience de dix années prouva la justesse des principes que le comte avait adoptés pour sa conduite politique. A peine sa combourgeoisie de Schwyz fut-elle expirée, qu'un mouvement, qui pouvait devenir dangereux , se manifesta dans son pays^^. Un grand nombre de ses sujets cherchèrent et trouvèrent chez les Appenzellois et les Glaronnais une protection que son gouvernement semblait rendre de plus en plus nécessaire , à mesure que lui-même vieillissait. Aussitôt il recourut à la maxime qu'il avait suivie avec succès , et chercha parmi des étrangers la sûreté qu'un prince bon et sage trouve dans les cœurs de son peuple ^^; mais comme ces étrangers ne pouvaient guère avoir pour lui d'affection personnelle , il se les attacha par l'intérêt. Il renouvela son alliance avec Schwyz pour toute la durée de sa bourgeoisie de Zurich, c'est-à-dire pour le reste de ses jours, et en faveur de ses héritiers pour le terme de cinq ans après sa mort ^^. S'il s'était autrefois
M Gomme il arriva plus tard ( t IV, p. 9S7, n. 9A) ; mais il peut l'avoir appréhendé plus tôt ** Voy. cela plus en détail ci-dessus , U III, section i'*, cb. ii. ** Lorsqu'on ne le séduit pas et qu'il n'est pas d'un caractère turbulent. '* 1428, second traité d'alliance avec Scbwyz, t. IV, p. 511.