LIVRE nt. SECT. a*. CHAI'. VIII
Les villes et les cantons envoyèrent à Schwyz vingtdeux de leurs hommes les plus considérés^^; la edm-* jodune de tous les citoyens libres âgés de plus de seize
ans se réunit le dimanche après le jour de Saint-Matthias q^ dans la grande église du bourg. Ringoltingen parla de nouveau. Tous les députés prirent la parole, chacun suivant l'inspiration de son cœur, pour toucher les âmes; ils parlèrent de l'amour fidèle qu'ils s'étaient réciproquement montré depuis le temps de leurs pères J de l'avenir lointain et indônnu, dont ils supporteraient ensemble les malheurs divers; de la reconnaissance des Confédérés pour la noble conduite suivie par Schwyz jusqu'à ce jour; de leur ptopre soin pour l'hdnneur et les droits de leur patrie ; de l'espérance d'obtenir une déclaration digne d'eux. Les Schwyzois ayant délibéré prièrent les députés « de tew nir conseil > de se mettre à leur place et de réfléchir /> au nom des sermens et de l'honneur , si l'honneur }) leur permettait d'obéir à la sommation. » Les députés se prononcèrent pour l'affirlnative : les habitans se soumirent et rédigèrent, en conséquence, une déclaration. Ceux-là rapportèrent avec joie aux villes et aux cantons que la guerre avait été prévenue. Le pâtre monta paisiblement sur sa montagne et le laboureur moissonna son champ; le fruit béni de la vigne fut presque partout recueilli en paix.
^* Rodolphe de RiogotUngen était alors aussi à la tête de la députation. Des autres nous nommerons Pélermann de W^abem et Jeai^i de Mnhlérein^ hommes marquana dans l'histoire de Berne, Antoine Rûss et Egloff Etterlin, pères ou oncles des historiens; Ulrich Schûchtzer, famille qui a bien mérité des lettres et de la patrie , et qui parait ici pour la première fois dans les affaires ( alors elle habitait Zong).
*^ La ch, est dans Tschudi,
-: Pendant ces événemens les sires de Rarogne continuèrent d'asseoir leur seigneurie dans le Tokenbourg sur une solide base. Âpres un court séjour à Toccasion du décès de leur mère ^^, ils reçurent de Lûtisbourg, de la vallée du Necker et de tout le bailliage inférieur y en échange de la confirmation et de l'octroi d'équitables franchises^ le serment d'hommage , prêté avec joie. Ils Tendirent au pays ^* une ancienne contribution annuelle ^^y originairement imposée par la violence ^^ (ainsi le pensaient les habitans). Ils leur accordèrent les droits qu'autrefois, de concert avec George de Razûns, ils avaient accordés aux habitans de la vallée de la Thour et de Wildenbourg ^''. Les cohéritiers de Tokenbourg *^, les cantons de Schwyz et de Glaris se portèrent garans ^^. Le même jour les barons de Rarogne firent avec les deux pays , pour tous leurs domaines héréditaires du Tokenbourg ^^^ une alliance qui
^^ Dans la franchise de la vallée de la Thour, Saint- Thomas* 14^9, elle est nommée comme vivant encore; le dimanche des Rameaux IdAO elle ne vit plus.
^ Pour Ip prix de 500 florins du Rhin; la contribution rapportait 36 livres , monnaie de Constance.
*^ Elle est appelée Rodsteuer, peut-être de cmroden^ défricher ; contribution pour le défrichement du pays. ,
^^ «Ils croyaient que c'était un impôt extorqué par la violence et non pas établi avec justice. •
*M1 n'est plus fait mention de lui à cette occasion; avait-il été salisfait au moyen des biens que la mère possédait en Rhétie?
'" Henri de Montfort , fils de Guillaume , frère de Rodolphe (qui laissa agir Henri dans toutes ces affaires concernant leurs domaines d'aa-deià du Rhin); Brandis; Arbourg.
^' Ch, mrordi avant le dimanche des Rameaux ihàO, Têchudi,
3^ Les seigneuries situées au-dessous du lac de Walensladt et qni avaient appartenu au comte de Tokenbouig. Le pays entier n'est pas encore compris sous an nom unique; chaque contrée avait même sa constitution particulière.
LIVRB III. SBCT, a^. CHAP. YIII. 1T7
ayait la priorité sur toute autre ^^ On stipula dans le traité la liberté du commerce ^^; celui-ci se faisait avec Schwyz et Glaris^^ par le Rhin et le lac de Constance ^ par le territoire autrichien ^* et les seigneuries du Tokenbourg, sans toucher le sol Zuricois, voie peu commode ^^, mais à la rigueur praticable. Ce traité fut conclu mardi avant les Rameaux» Le dimanche tous les habitans du comté inférieur âgés de plus de quatorze ans se réunirent en assemblée générale non loin du château de Tokenbourg^ dans le village de Ganterschwyl, pour renouveler l'alliance que le défunt comte leur avait permis de contracter avec Schwyz et Claris ^^, et dans laquelle ils voyaient une indispensable garantie de leur bonheur^''* Aussi convinrent-ils qu'elle serait renouvelée tous les cinq ou tous les dix ans ^^^ mais qu'elle subsisterait à perpétuité ^^.
Quand vint la saison où les bergers descendirent des montagnes , n'ayant pas trouvé dans les bourgs et les
'^ U n'est pajt fait mention de la comboargeoisié des Zuricois, qui aurait dû subsister encore plus d'une année.
^2 La vente et toute espèce d'achat; aucune des deux parties ne doit refuser cela ^ l'autre » sous quelque prétexte que ce soit.
^ Ch, même date que ci-dessus. TschudL
** La Thurgovie.
2^ Surtout faute de bonnes routes qui eussent pu remplacer les avmtages du lac de Zurich.
^* Ils reviennent sur cette circonstance , comme sur la Ibase de la légalité.
*' « Depuis qu'il a quitté cette terre, il nous semble à nous-mêmes que nous avons besoin de l'appui du temps. »
*' « Afin que jeunes et vieux la connaissent mieux. » Ces renouvellemens périodiques étaient sagement institués ift>ur la conservation de l'ancien esprit.
>^ Ch, {Tschudi) datée du dimanche des Rameaux et scellée du sceau de YiyX , « attendu que notre commune n'a poiiit de sceau. »
villages des provisions suffisantes de blé ^ ils allèrent au marché de Rapperschwyl, et apprirent que les Zuricois permettaient d'exporter pour cette ville ^^ les denrées nécessaires , mais sous serment qu'il n'en serait rien vendu aux habitans de Schwyz et de Glaris ; qu'on était forcé de faire des détours pour porter du poisson à Einsidlen les jours de maigre. Leurs magistrats leur racontèrent ensuite combien on avait correspondu à ce sujet depuis la Pentecôte ; comment^ en défendant par représailles l'exportation du bois, du foin, des choux et de la paille ^^, on avait inutilement tenté de vaincre le mauvais vouloir des Zuricois ; de combien peu avaient servi la diminution de la cherté ^^, l'offre réitérée de recourir à la justice, l'intercession des Confédérés ; combien était grave encore la querelle entre leur concitoyen le comte de Sargans et son peuple turbulent ; combien la patrie était menacée par la disette et le déshonneur. Déjà s'enflammaient les esprits lorsqu'on apprit par une lettre de Glaris que les jeunes Netstaler , fils du riche et pieux landammann , après avoir vendangé leurs vignes sur les bords du lac de Zurich ^^ , avaient reçu la défense d'exporter et de vendre leur propre vin. 11 vint d'Einsidlen des délégués du prince-abbé , de Schennis ceux de là noble et digne dame ^*, et presque en même temps d'Uznach une lettre de l'administrateur de l'hôpital de Saint-
" Pour Rapperschwjl comme aussi pour Winterthur.
** On cultivait sans doute du blé dans la Marche, à Uznach et an Gaster , mais pas en quantité suffisante.
** En comparaison des précédentes années.
S' Leurs biens étaient situés à Meila et près de Schûpfen.
•* Elisabeth de Greifenséc , probablement fille ou sœur de Pierre qui était puissant à la cour de TokenbArg.