‹ Histoire de la Confédération suisse (volume 4)Chapitre 75 sur 157 · LIVRE m. SECT. 2*^. CHAP. VIU · texte numérisé non relu

LIVRE m. SECT. 2*^. CHAP. VIU

pour les inviter dans les termes les plus forts à ne pas avancer^ à ne pas en venir aux mains avec leurs confédérés, les Zuricois. Ayant reçu pour réponse « que » la guerre était inévitable^ » les troupes des deux cantons marchèrent avec Schwyz.

Le jour commençait à poindre , mais à une petite distance on ne distinguait pas encore une lance d'une autre. Quelques hommes s'approchant des avant-postes leur crièrenl « d'annoncer aux chefs que les Zuricois )) avaient disparu. » Les landammanns étonnés ordonnèrent à quelques soldats de descendre dans la plaine avec circonspection. Ceux-ci, se plaçant sur une colline avancée, cherchèrent en vain des yeux l'armée ennemie ; ils découvrirent sur le lac cinquante-deux barques qui paraissaient naviguer vers le rivage opposé. Les opinions se partagèrent; peu croyaient à une fuite; la plupart soupçonnaient que les Zuricois voulaient attirer leurs ennemis dans une embuscade ou débarquer dans un lieu où ils éviteraient le choc impétueux d'une armée descendant de la montagne et conod)attraient avec plus d'avantage. Cependant Tschudi et Réding résolurent de descendre à Pfeffikon à pas mesurés dans un ordre de bataille difficile à rompre. Bientôt des paysans des métairies environnantes et de Pfeffikon même vinrent supplier avec larmes qu'on épargnât leurs cabanes ^^. On apprit alors que, peu après minuit, il s'était élevé dans le camp des Zuricois un formidable tumulte ; que le bourgmestre et les autres chefs avaient été accablés des plus amers reproches et qu'enfin toute discipline avait disparu ®^ ; que l'armée entière , en quel-

*^ « Qu'on ne leur brûle pas leurs maisonnettes. • Tschudi,

** Le désordre était tel qu'on ne pouvait pas délibérer. BuUinger,

que sorte sans chef ^ était accourue dans le village et vers les barques; qu'avant ou après on avait secrètement emmené les coulevrinës; qu'ils avaient^ eux^ les habitans^ reçu pour toute réponse à leurs cris d'angoisse l'ordre de s'enfermer dans le château et de le défendre^ bien qu'ils n'eussent d'autre secours que deux capitaines de Zurich ^'^. Au point du jour les Zuricois virent les bannières qui venaient de la montagne; les Scfawyzois , les barques qui traversaient le lac en fuyant. Quelques instans seulement celles--ei s'étaient arrêtées non loin de Pfeffikon ; les braves avaient dû céder à la multitude.

De l'endroit des prairies où se trouvaient encore les palissades du camp des Zuricois , Réding envoya son fils ^^ pour sommer le château de se rendre. Le jeune Réding vit les paysans effrayés avec femmes ^ enfans et ce que chacun avait pu emporter de ses biens se presser sur le pont du château, les deux capitaines zuricois en fuite, et sous le portail le vénérable abbé d'Einsidlen , Rodolphe de Hohensax ^^. Réding fit une sommation ; du fond du château les cris de tout le peuple implorèrent sa clémence. Quoique relevant de l'abbaye d'EÎDsidlen, ces gens avaient préféré à sa cause celle des Zuricois avec lesquels ils étaient liés par une ancienne combourgeoisie ^^; ce jour là, dans leur angoisse, ils avaient en hâte prié l'abbé, qui se trouvait à Rapperschwyl , devenir auprès d'eux. Il intercéda, monta à cheval , accompagna Réding dans les prairies,

*7 BiUtinger et TtckatU, •s Têchachtlan.

s* Fils de Jean , et d'Anne de Werdenberg. Chronique (tEinsidUn, I , 4S2, d'après Albert de Bonstetten et d'autres, = Voy, n. 118. C. M. •<^ Depuis 1391 ; t. III, p. 335.

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