LIVRE m. 8ECT. 2*". CHAP. VIII
puis^ au nom de la dévotion de la chrétienté entière pour la mère de toute grâce ^ patronne de son abbaye, il demanda merci pour des hommes égarés et repentans. Les habitans de ces métairies ^^ le suivirent, jurèrent de lui obéir et de remplir envers Schwyz , canton protecteur de son monastère, toutes les obligations contractées envers Zurich. Us obtinrent leur pardon : on n'exigea pas même (ju'ils fournissent des vivres ; personne n'entra dans leur village excepté le capitaine Réding ^^ avec une garnison suffisante pour la défense du château. Deux cents hommes de Schwyz et de la Marche occupèrent la langue de terre de Hurden qui , vis-à-vis de Rapperschwyl, sépare les deux parties du lac.
Les troupes traversèrent les métairies et se rendirent au superbe bourg de Richterschwyl , situé sur une pente de la rive , et compris dans la combour- ^eoisie de Zurich et de la maison des chevaliers de Saint-Jean à Wsedenschwyl , dont il relevait. Elles y restèrent jusqu'au troisième jour; les habitans de Wollerau, qui, sur l'ordre du bourgmestre, avaient occupé la montagne voisine, et, au moment de sa fuite, s'étaient dispersés pleins d'effroi, se rassemblèrent de nouveau et jurèrent fidélité à Einsidlen et à Schwyz. Bien des misères accablaient ce pays: les troupes schwyzoises vivaient de pillage sur le territoire «ennemi ; celles d'Uri et d'Unterwalden , qui vinrent à la suite, n'épargnèrent pas Ffeffikon ; les soldats campés à Hurden
^^ Nom de toat le district dans lequel Pfefiikon , Wollerau et d'auprès villages considérables se sont insensiblement formés d'anciennes ^l4laîries données à Einsidlen. -,
'^ Nommé Réding du Sattel, sans doute parce qu'il possédait un domaine sur le mont Sattel , comme le landammann à Biberek.
avaient des bateaux à Taide desquels ils emiïienérent tout le vin et les meubles que les habitans des rives du lac avaient mis en sûreté dans Rapperschwyl. Dans ce temps-là ni le gouvernement ni le chef des troupes ne s<Higeaient à un approvisionnement ; chaque soldat emportait avec lui des vivres qui devaient suffire en attendant qu'il subsistât aux dépens du pays ennemi ^^.
Le bourgmestre ayant débarqqé ses troupes à Urikon y plusieurs hommes de cœur représentèrent de la manière la plus vive la honte dont une armée supérieure en nombre et en ressources s'était couverte par une fuite qu'aucun hasard, aucune circonstance n'excusait. Le tumulte de la discorde naissante fut apaisé par le déjeûner. Au lieu de se relever avec une ardeur ranimée t après le repas tous coururent en désordre aux barques j non pour chasser les ennemis de Richtersehwyl , mais pour retourner à Zurich. Les Schwyzoïs les regardaient avec surprise du rivage opposé®* : « Dieu> » dirent-ils, »< leur a ôté le courage. »
Le lendemain douze cents Lucernois, après avoir fait leurs dévotions à Einsidlen, joignirent, pleins d'ardeur, l'armée de Schwyz. Les Zuricois reçurent leur déclaration de guerre peu d'heures avant celle des Bernois. Les habitans de Zoug mandèrent à ceux de Schwyz (( qu'ayant abjuré , eux aussi , l'alliance de » Zurich, leur ppinion serait d'occuper, en se met-
** Louis Edlibaeh dit qu'il tient ce fait de ses parens ; il ajoute qu'on ]eur avait aussi amené des provisions, mais pas en suffisance. On faisait alors la guerre sans ce train considérable que les anciens appelaient avec raison « impedimenta ; » aussi pouvait-on tout exiger du soldat pour qui la guerre était une affaire nationale qu'il avait lui-même résolue.
** Car • ils savàieiit que les Zuricois et leurs pères avaient été braves » de tout temps ; ils s'étaient souvent trouvés ensemble dans des guerres. ■ TackudL